Lyon : « Caprice » ou injustice ? L’épineuse situation des deux familles qui ne peuvent pas amarrer dans la darse de la Confluence

BRAS DE FER Deux familles, qui vivent sur des bateaux de plaisance, se sont vues refuser l’autorisation de stationner cet hiver dans la darse nautique de Lyon. Une première depuis l'ouverture des lieux

Caroline Girardon

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La darse nautique du quartier de la Confluence à Lyon.
La darse nautique du quartier de la Confluence à Lyon. — C. Girardon / 20 Minutes
  • La situation des deux familles, vivant sur des bateaux de plaisance s’enlise.
  • Cette année, la nouvelle équipe à la tête de la métropole de Lyon a refusé de leur délivrer une autorisation d’occupation temporaire. Les deux familles ont été priées d’aller s’installer loin de la métropole, qui ne possède aucun port.
  • « Je ne vois pas pourquoi les Grands Lyonnais paieraient pour le caprice de deux familles de bobo, argumente l’élu écologiste très remonté. C’est comme si vous décidiez d’installer votre camping-car place Bellecour et que vous demandiez à la ville de payer tous les aménagements nécessaires. »

Statu quo depuis un mois. A Lyon, la situation des deux familles, vivant sur des bateaux de plaisance s’enlise. A l’approche de l’automne, les propriétaires de la Fiancée du Pirate et du Porto Mare comptaient amarrer leurs habitations dans la darse nautique du quartier de la Confluence pour y passer l’hiver. Comme ils le font désormais depuis cinq ans et six ans. Problème : cette année, la métropole de Lyon, dont l’exécutif a changé au mois de juillet, a refusé de leur délivrer une autorisation d’occupation temporaire (que les propriétaires bateaux doivent payer à hauteur de 1.800 euros). Et les deux familles ont été priées d’aller s’installer ailleurs. Loin de la métropole qui ne possède aucun port.

« Ils le vivent assez mal d’autant que l’un des couples travaille à Lyon et que leur fille est scolarisée dans une école du 2e arrondissement », révèle Geneviève Brichet, porte-parole du collectif Péniche de Lyon qui a pris fait et cause pour eux. En attendant qu’une solution se dessine, la batelière a choisi d’accueillir l’une des familles sur son bateau. L’autre est allée s’amarrer « à la sauvage » à l’entrée de la darse et stationne sur la Saône reliée par câble à une péniche.

« Danger imminent »

« De fait, ils n’ont quasiment pas de chauffage. Ils sont désespérés et ne comprennent pas », poursuit Geneviève Brisset qui pointe le risque d’un danger imminent. « Jusqu’à présent, il a fait beau. Mais nous ne sommes pas à l’abri de crues. On sait très bien qu’un petit bateau d’à peine 13 mètres peut chavirer, explique-t-elle. Ils balancent dangereusement, les amarres peuvent craquer. Dans la darse, ils ont la possibilité de s’attacher à des ducs-d’Albe [pilotis] et s’appuyer dessus ».

Depuis, le collectif a engagé un véritable bras de fer avec la métropole de Lyon, qui campe sur ses positions. « Leur silence est pesant, ils doivent sûrement se dire qu’on va se fatiguer », poursuit Geneviève Brisset. Selon elle, dans le règlement, « il n’est mentionné nulle part qu’il est interdit de stationner l’hiver ». « S’il y avait une raison, on comprendrait. Mais là, il n’y en a pas », s’agace-t-elle, soulignant que les précédentes années, l’élu en charge du dossier s’était montré plus compréhensif en autorisant les familles à s’amarrer jusqu’à fin avril contre la contribution de 1.800 euros.

« Caprice de bobos »

A la métropole, Pierre Athanaze, vice-président en charge de l’environnement et de la prévention des risques, a récupéré la patate chaude. Un dossier « mal ficelé ». « Cette darse a été un caprice à une époque, estime-t-il. Elle est vide, elle n’a pas vraiment un usage défini et les installations électriques sont sous-dimensionnées. Elles ne permettent de chauffer plusieurs bateaux l’hiver ». Pas question dès lors d’engager des travaux « qui coûteraient une fortune », assure-t-il.

« Je ne vois pas pourquoi les Grands Lyonnais paieraient pour le caprice de deux familles de bobos. Ils ont fait le choix de vivre sur des petits bateaux. La collectivité n’a pas à résoudre ce problème à leur place, argumente l’élu écologiste très remonté. C’est comme si vous décidiez d’installer votre camping-car place Bellecour et que vous demandiez à la ville de payer tous les aménagements nécessaires ». Refusant d’accorder « un énième passe-droit » aux principaux concernés, le vice-président martèle qu’il ne changera pas d’avis.

« Ils ne sont pas dans le besoin comme ils voudraient le faire croire. Il y a des familles en situation bien plus précaire qu’il nous faut aider en priorité. Et si on dit oui cette année, ils vont revenir chaque année ? », s’interroge Pierre Athanaze, précisant qu’un port doit prochainement ouvrir à Anse dans le Beaujolais. De là à y voir une solution pour les familles… L’une d’entre elle, qui a demandé une place, ne pourra pas s’y amarrer avant 2022.