Coronavirus à Lyon : Pourquoi les bars n'ont pas fait l'objet de fermeture anticipée

EPIDEMIE Le préfet du Rhône, département classé rouge, a présenté de nouvelles mesures sanitaires dont sont exclus les bars

Caroline Girardon

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A Lyon, les bars sont toujours autorisés à ouvrir aux mêmes horaires malgré un durcissement des mesures sanitaires.
A Lyon, les bars sont toujours autorisés à ouvrir aux mêmes horaires malgré un durcissement des mesures sanitaires. — FRANCOIS NASCIMBENI
  • Le préfet du Rhône a présenté les nouvelles mesures de restriction pour enrayer l’épidémie de coronavirus.
  • Les bars et restaurants de Lyon échappent au dispositif.
  • Pression du monde économique ? Situation sanitaire mois grave ? 20 minutes fait le point.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le coronavirus continue de se propager rapidement dans le département du Rhône, classé en zone rouge depuis la fin du mois d’août. Et encore plus dans ses deux villes principales, Lyon et Villeurbanne. L’ARS, agence régionale de la santé l’a rappelé lundi : le taux d’incidence, à savoir le nombre de cas pour 100.000 habitants (213 à Lyon et 242 à Villeurbanne), a doublé depuis trois semaines.

Des mesures encore plus restrictives étaient attendues. Mais à la surprise générale, les bars échappent à la règle. Pas de fermeture anticipée en soirée, que ce soit en semaine ou durant le week-end. Lyon, pourtant dans le viseur du gouvernement, ferait-elle figure d’exception ? 20 Minutes fait le point.

Une situation sanitaire moins mauvaise qu’ailleurs ?

Comment interpréter la différence des mesures appliquées dans les grandes villes de France ? « La progression est moins forte ici que dans d’autres régions », argumente Pascal Mailhos, préfet du Rhône. Il est vrai qu’à Marseille, où les bars doivent désormais fermer à minuit et demi, le taux d’incidence est de 315 cas/100.000 habitants. Mais ce n’est pas le cas à Toulouse et Nice (225 et 200) où les bars baissent le rideau à 1h et 0h30.

La métropole de Rennes, non plus, n’a pas échappé à la règle. Il a été demandé aux cafetiers de cesser toute activité dès 23h or le taux d’incidence n’y est « que » de 142.
Bordeaux ne fait pas l’objet de mesures aussi restrictives mais le taux d’incidence (159) est de fait plus faible qu’entre Rhône et Saône.

« Les professionnels connaissent les règles. Nous avons fait le pari avec eux mais aussi avec les élus qu’ils pourront encadrer leurs activités », poursuit le préfet du Rhône. Et d’en ajouter : « Mon objectif n’est pas de taper mais de faire comprendre. Nous renforcerons toutefois les contrôles et nous n’hésiterons pas à fermer les établissements si les règles ne sont pas respectées ».

La pression du monde économique ?

Pascal Mailhos ne s’en cache pas : il veut « préserver le tissu économique » et éviter d’aggraver la crise actuelle. De là à imaginer une forte pression des décideurs et des professionnels ? « Il n’y a pas de pression plus particulière à Lyon que dans les autres villes », répond-il, persuadé que la fermeture anticipée des établissements ne résoudrait pas le problème.

« Fermer les bars plus tôt, cela veut dire davantage de consommateurs dehors. C’est prendre un risque de voir plus de gens ne pas respecter les gestes barrières sur la voie publique. Ce qui n’est pas aisé à contrôler », poursuit Pascal Mailhos. En témoigne le rassemblement improvisé en fin de semaine dernière sur les berges du Rhône où des centaines de jeunes se sont regroupés pour danser, faisant fi de la distanciation sociale et du port du masque.

« Fermer les berges du Rhône n’est pas non plus la solution, ajoute-t-il. Cette décision relève de la métropole. Et il faudrait déployer des moyens considérables sur cinq kilomètres. Ce qui n’empêcherait pas les gens de se reporter sur d’autres lieux ».

Les bars à l’origine des clusters ?

Si les rassemblements de personnes dans un cadre privé ou public, ainsi que les retours en entreprise après les vacances, étaient en partie à l’origine d’apparition de clusters au début du mois de septembre, la situation a, depuis évolué. Selon les chiffres transmis par l’ARS, sept clusters dans le Rhône sont apparus la semaine dernière dans les milieux scolaires et universitaires. Six dans les maisons de retraite et trois dans les établissements de santé. De quoi accréditer la thèse que le virus ne se propage pas uniquement lors de soirées dans les bars ou les restaurants.