Lyon : Métro E, télécabines, tramways… A quoi faut-il s’attendre après l’élection de Bruno Bernard au Sytral ?

TRANSPORTS EN COMMUN Bruno Bernard, président EELV de la métropole de Lyon, a été élu ce lundi à la tête du Sytral pour les six prochaines années

Caroline Girardon

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La ligne de tramway T6 à Lyon permettre de relier les villes de Bron et Vénissieux en 21 minutes.
La ligne de tramway T6 à Lyon permettre de relier les villes de Bron et Vénissieux en 21 minutes. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Bruno Bernard, le président EELV de la métropole de Lyon a été élu lundi à la tête du Sytral, syndicat qui gère les transports en commun.
  • L’élu ambitionne d’investir ces six prochaines années entre 2,5 et 3 milliards dans le développement du réseau lyonnais.
  • Mais le métro n’est clairement pas sa priorité.

Sans surprise, Bruno Bernard a été élu ce lundi après-midi à la tête du Sytral, syndicat mixte qui gère les transports en commun de Lyon. Le président EELV de la métropole va donc concentrer tous les pouvoirs pour accomplir l’une missions lui tenant le plus à cœur : faire baisser la pollution dans l’agglomération en proposant « une alternative crédible, solide et efficace à la voiture individuelle ». Ce qui passera par le développement des transports en commun.

L’élu a déjà annoncé qu’il ambitionnait d’investir « 2,5 à 3 milliards d’euros » ces six prochaines années contre 1,1 milliard lors du mandat précédent. Quels projets ont toutes les chances d’émerger ? Quels autres, jugés trop coûteux, pourraient passer à la trappe ? 20 Minutes fait le point.

Le tramway 7, le projet phare des Verts

Si Bruno Bernard ambitionne d’augmenter de 20 % l’offre de bus, comme il s’y était engagé pendant la campagne pour les municipales, la priorité des six prochaines années sera incontestablement le tramway. A commencer par la future ligne T7, qui devrait partir de la place Antonin Poncet pour longer les quais du Rhône en circulant aux pieds du Grand Hôtel-Dieu et rejoindre le tracé du T1 jusqu’à la gare de la Part-Dieu, puis Vaulx-en-Velin à terme.

« Il manque une liaison rapide entre Bellecour et la Part-Dieu », assure Bruno Bernard. Un argument dont on peut douter puisque la ligne C3, qui se prend à un arrêt de métro de la place Bellecour (station Cordeliers), permet de rejoindre les Cordeliers au centre commercial en sept minutes. Tout comme, on pourrait s’interroger sur la pertinence d’ajouter une ligne de tramway dans la presqu’île lyonnaise déjà hyperconnectée et dont le tracé au début serait parallèle à celui du métro A.

Mais le projet, défendu par les Verts, marquera surtout les esprits car il modifierait profondément l’aménagement urbain. Construire une ligne de tramway sur les quais, c’est enlever deux voies de circulation dans chaque sens aux 80.000 voitures qui empruntent quotidiennement le quai Gailleton. C’est aussi assurer une liaison directe (chiffrée à 30 millions d’euros) entre Bellecour et la gare de la Part-Dieu tout en soulageant le C3, qui transporte déjà 60.000 voyageurs par jour.

Le T8 pour connecter l’Est au Sud de l’agglomération

Cette ligne de tramway, imaginée par les Verts, permettrait de mailler l’agglomération lyonnaise en empruntant le même itinéraire que le boulevard périphérique. Et donc en reliant par les rails les villes de l’est lyonnais (Vaulx-en-Velin, Décines et Bron) à celles du sud (Vénissieux, Saint-Fons). Enfin, elle se terminerait à Gerland, ce qui permettrait aux voyageurs de rejoindre le métro B ou les lignes de tramway desservant déjà le quartier. En attendant la réalisation de ce projet, le Sytral pourrait, sous l’impulsion de Bruno Bernard, mettre en circulation des navettes express sur le « périph ».

Des télécabines comme marque de fabrique

L’élu écologiste, qui souhaite marquer la métropole de son empreinte et rendre son action visible, plébiscite la réalisation d’une à quatre télécabines. « Ce moyen de déplacement peut nous permettre de répondre aux caractéristiques de certains territoires et être efficient sur les collines ou pour franchir la Saône et le Rhône », estime-t-il. D’ici la fin du mandat, le président du Sytral projette de relier par les airs Francheville-Sainte-Foy-Confluence voire Debourg. Des études seront également menées pour mesurer la faisabilité des trois autres lignes : Vaise-Duchère-Ecully/Techlid, Givors-Chasse-sur-Rhône et Tassin-Lyon 5e-Perrache.

« Il faut avoir à l’esprit que la réalisation de télécabines implique de survoler des densités d’habitation. Il faudra sûrement exproprier, ce qui peut prendre du temps », prévient Fouziya Bouzerda, ancienne présidente du Sytral peu convaincue par la pertinence de certaines lignes.

Le métro E définitivement enterré ?

Le métro n’est clairement pas la priorité du nouveau président du Sytral. Il faudra donc attendre au moins 2025 pour voir le lancement d’études concernant le prolongement de la ligne B jusqu’à Rillieux-la-Pape et de la ligne D jusqu’au quartier industriel de Vaise.

Quid de la ligne E, projet phare de Gérard Collomb qui permettrait de desservir l’Ouest lyonnais ? « Je ne souhaite pas de ligne politique qui serait décidée pour faire plaisir à un élu ou répondre à une promesse électorale faite à la va-vite », répond Bruno Bernard. D’après les études menées par le Sytral ces derniers mois, la réalisation du projet coûterait entre 1,1 et 1,3 milliard d’euros, selon que le tracé ira jusqu’à Bellecour ou la Part-Dieu. Bien trop cher pour le président écologiste.

« Pour moi, c’est une ligne à faire, rétorque Fouziya Bouzerda. L’enquête, réalisée auprès des habitants, a montré que cette ligne était déjà plébiscitée et qu’elle suscitait une réelle attente ». Et d’enfoncer le clou poliment : « un plan de mandat au Sytral, ce sont avant tout des choix politiques. Si personne n’avait fait le choix du métro à Lyon, il y a 50 ans, on n’aurait certainement pas le réseau actuel. Et aujourd’hui, le métro concentre 50 % des déplacements sur le réseau ».

Bruno Bernard n’a toutefois pas enterré le projet. « Je souhaite qu’un débat public ait lieu pour qu’en toute transparence, on puisse choisir ensemble quelle est la ligne la plus utile », indique-t-il, précisant réfléchir à l’idée de prolonger les lignes existantes pour desservir l’Ouest lyonnais, très peu fourni en offre de transports en commun. Sans parler du Val de Saône… pour lequel il n’est toujours rien proposé.