L'académie ne veut plus des classes à part

Elisa Frisullo - ©2008 20 minutes

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L'avenir s'assombrit pour les élèves de l'Ecole régionale d'enseignement adapté pour les déficients visuels (Ereadv) de Villeurbanne. Après plus de vingt-cinq ans d'existence, la section primaire de cet institut, qui accueille aussi 276 collégiens et lycéens, devrait fermer ses portes d'ici à la rentrée 2010, sur décision de l'inspection académique du Rhône.

« Nous mettons en application la loi de 2005 sur le handicap qui recommande d'intégrer le plus possible ces enfants dans un environnement normal », indique l'inspecteur académique du Rhône, Jacques Aubry. Dès la rentrée 2009, une partie des 37 écoliers aveugles ou mal-voyants de l'Ereadv devraient ainsi être « transférés » vers des Classes d'intégration scolaire (Clis), adaptées aux déficients visuels, dans des écoles ordinaires. « Ces solutions de repli constitueraient un recul pour bon nombre d'enfants, pour lesquels l'école villeurbannaise est une institution irremplaçable », estiment les parents d'élèves, qui ont récolté 10 000 signatures sur leur pétition pour le maintien de l'école.

« Cette section fournit à nos enfants un niveau d'enseignement adapté optimum, grâce à du personnel compétent. Rien de mieux n'existe ailleurs », explique Véronique de Montlivaux, mère d'un enfant de 10 ans, aveugle depuis quatre ans.

A l'Ereadv, il a appris le braille et bénéficié d'un encadrement qui, selon elle, n'aurait pas été possible « en milieu ordinaire ou en Clis ». Dans l'établissement, les enseignants aussi déplorent cette décision. « Les enfants sont dix par classe, ce qui nous permet d'adapter l'enseignement à chaque élève, dont certains ont, en plus du handicap visuel, des déficiences intellectuelles ou des troubles du comportement », indique Jean-Paul Chanel, professeur. « Ceux-là ne s'en sortiront pas en milieu ordinaire ou en Clis, où les enfants sont en classe entière », déplore une enseignante, écoeurée par la lecture de la loi de 2005 faite par l'inspection académique. « Elle la détourne. Ce texte laisse aux parents le choix entre l'école ordinaire et les instituts spécialisés. Là, ils ne l'auront plus ».