Coronavirus en Auvergne Rhône-Alpes : La pollution liée au trafic auto est en chute libre, et après ?

ENVIRONNEMENT Depuis le début du confinement, qui limite le trafic routier, les concentrations d’oxydes d’azote ont fortement diminué. Mais déjà se pose la question du déconfinement et des mesures à envisager pour empêcher le retour de la pollution

Elisa Frisullo

— 

Illustration de confinement dans les rues de Lyon.
Illustration de confinement dans les rues de Lyon. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Depuis le début du confinement, qui limite le trafic routier, la pollution de l’air due au trafic routier, a fortement baissé dans les principales grandes villes de la région.
  • Mais déjà se pose la question du déconfinement et des mesures à envisager pour empêcher le retour de la pollution.
  • Des préconisations sont faites par Atmo Auvergne Rhône-Alpes et par des associations de promotion du vélo de la métropole de Lyon, où des aménagements pour faciliter la pratique des modes doux sont à l’étude.

Des rues, grands axes et autoroutes désertés, des véhicules stationnés recouverts de poussières et pollens faute d’avoir circulé. Depuis le début du confinementen Auvergne Rhône-Alpes, la circulation automobile a très fortement diminué. Conséquence directe, la qualité de l’air s’est nettement améliorée, avec une diminution des polluants observée sur l’ensemble du territoire.

« Les principales villes de la région connaissent des diminutions importantes des concentrations d’oxydes d’azote, de l’ordre de -54 % à -72 %. Les villes de Grenoble, Clermont-Ferrand et Annecy sont celles qui connaissent les plus fortes baisses », indique ce mardi Atmo Auvergne Rhône-Alpes. Pour analyser l’évolution de la pollution depuis le 1er mars, l’observatoire régional s’est concentré sur l’analyse des NOx ou oxydes d’azote, regroupant le monoxyde d’azote (NO) et le dioxyde d’azote (NO2), émis pour les deux tiers par le trafic routier. Dans le détail, ces émissions ont diminué de 72 % à Grenoble, de 66 % à Annecy, de 63 % à Lyon et de 54 % à Chambéry.

Des efforts « nécessaires » au-delà du confinement

Mais après ? Qu’en sera-t-il après le déconfinement progressif annoncé dès le 11 mai ? Chez Atmo Auvergne Rhône-Alpes, la question préoccupe pleinement. « Tout laisse à penser qu’une reprise de l’activité économique et par conséquent du trafic routier, viendrait annihiler les améliorations de la qualité de l’air observées ces dernières semaines. Ainsi, de nouveaux efforts collectifs et individuels seront donc nécessaires, à chaque échelle, afin de préserver la qualité de l’air et la santé de tous », souligne Atmo. Pour y parvenir, l’observatoire préconise de privilégier les modes de déplacements doux (marche, vélos, trottinettes) ou « encore de favoriser le télétravail lorsque celui-ci est possible lors de cette période de déconfinement ».

A Grenoble, l’après confinement est à l’étude à la mairie dirigée par le maire écologiste Eric Piolle. Dans sa ville, où le réseau cyclable est déjà dense, l’édile a annoncé réfléchir à des « adaptations » pour compléter les voies cyclables existantes. A la métropole de Lyon, les déplacements font l’objet d’une réflexion depuis la semaine passée pour être en mesure de proposer dès le 11 mai de nouveaux aménagements dédiés aux cyclistes, trottinettes et aux piétons. Une alternative aux TCL et à la voiture individuelle.

Les associations, forces de propositions

« Ces aménagements auront pour objectifs d’offrir des usages alternatifs, sur des axes directs, plus confortables et sécurisés, tout en préservant la distanciation sociale suffisante pour contrer une éventuelle contagion », ont indiqué le 16 avril les services de David Kimelfeld, qui mobilise sur ce sujet les maires des communes de l’agglo. Concrètement, il s’agit de déployer dans les prochaines semaines de l’urbanisme tactique, autrement dit des aménagements provisoires faciles à installer et peu coûteux.

Des mesures jugées indispensables par les associations La Maison du Vélo Lyon et La Ville à Vélo qui ont dévoilé ce mardi matin une liste de propositions concrètes en faveur des modes doux. Elles suggèrent notamment de réduire le nombre de voies motorisées sur les axes les plus larges pour réserver une voie aux cyclistes ou créer une voie de bus partagée avec les cyclistes. Sur les quais Gailleton, Jules-Courmont ou encore sur le pont Lafayette à Lyon.

L'un des aménagements provisoires imaginés à Tassin près de Lyon pour le déconfinement par la Ville à Vélo et la Maison du Vélo.
L'un des aménagements provisoires imaginés à Tassin près de Lyon pour le déconfinement par la Ville à Vélo et la Maison du Vélo. - Ville à Vélo/ Maison du Vélo

Les associations prônent aussi l’ouverture des voies de bus aux cyclistes, sur le cours Lafayette à Lyon ou le cours Tolstoi, ou encore la transformation des rues en voie verte ou en zone de rencontre, en Presqu’île notamment. Des aménagements qui doivent s’accompagner d’une limitation de vitesse à 30 km/h sur les axes réaménagés, selon les associations, dont les propositions s’adressent aux élus de l’agglomération et au Sytral (TCL).

« Nous les appelons à mobiliser les moyens nécessaires pour permettre à chacun, dans le Grand Lyon, de se déplacer à pied, à vélo ou en trottinette dans de bonnes conditions sanitaires à l’issue du confinement », soulignent-elles. Une requête sur laquelle les autorités concernées auront à se prononcer dans les prochaines semaines.