Lyon : Un coiffeur en herbe arpente les rues pour offrir des coupes de cheveux ou de barbe aux sans-abri

SOLIDARITE Un dimanche par mois, un coiffeur en herbe et son acolyte, photographe, proposent des coupes de cheveux ou de barbes gratuites aux sans-abri

Caroline Girardon

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John Bar-Veill a lancé le mouvement Coiff in the street à Lyon. Un dimanche par mois, il propose de coiffer gratuitement des sans-abris.
John Bar-Veill a lancé le mouvement Coiff in the street à Lyon. Un dimanche par mois, il propose de coiffer gratuitement des sans-abris. — Florian Détrée
  • John Bar-Veill, jeune coiffeur, a décidé de relayer le mouvement « Coiff in the Street » à Lyon.
  • Un dimanche par mois, il se rend avec un ami dans les rues de la ville pour aller à la rencontre des sans-abri et leur couper les cheveux ou tailler la barbe.

Dans le sac à dos : un thermos d’eau chaude, une boîte renfermant des doses de café en poudre, des sachets de thé, du sucre. Mais aussi des gobelets en carton. Rien n’a été oublié. Pas même les touillettes en bois. Un dimanche par mois, Florian Détrée et John Bar-Veill arpentent les rues de Lyon pour aller à la rencontre des sans-abri. Avec pour mission de leur couper les cheveux et leur tailler la barbe.

« Offrir le café, c’est la première étape pour nouer le contact, sourit Florian. Cela permet de se présenter et de leur demander s’ils ont besoin de quelque chose ». Une fois la conversation engagée, John propose ses services. C’est lui, qui eu l’idée, après avoir rencontré Kevin Ortega, « le coiffeur des sans-abri », de relayer le mouvement « Coiff In the Street » à Lyon. Le jeune homme n’en est pas à son coup d’essai. L’an dernier, il avait monté sa propre association Clandest’Hair pour récupérer des dons de cheveux afin d’aider à la fabrication de perruques destinées aux malades du cancer.

« Le don de soi est bien plus réel »

« J’avais envie d’aller plus loin », confesse-t-il. En septembre, il a commencé un CAP coiffure pour apprendre les rudiments du métier et ainsi exercer dans la rue. Sa rencontre avec Martial, un SDF de la Croix-Rousse, l’a convaincu de s’engager davantage. L’homme est décédé, il y a quelques mois. « Je passais souvent devant lui, on échangeait des poignées de main, raconte-t-il. C’est bien de donner une pièce de temps en temps mais je voulais apporter autre chose. Le don de soi est bien plus réel ».

« Des tas d’associations récupèrent de l’argent. Certes, de l’argent il en faut mais s’engager humainement et physiquement, c’est différent. Et c’est à la portée de tous. Il suffit parfois de sortir de chez soi », complète Florian, éducateur dans un foyer d’accueil pour personnes handicapées. Appareil en main, ce passionné de photo immortalise les rencontres du jour avec l’accord des intéressés.

« Avoir une image positive de soi permet de regagner confiance. Quelques fois, ça passe par une coupe de cheveux », poursuit John, qui amène de la laque, du gel, des démêlants. Histoire de procureur aux sans-abri « un peu de plaisir ».

Nouer un partenariat avec des commerçants

La barrière de la langue pose parfois problème. Alors Florian, muni d’une application sur son téléphone, joue les traducteurs. Le duo rencontre justement un SDF, accroupi à l’entrée d’un fast-food de la Croix-Rousse. Un père de famille roumain, venu récolter quelques pièces dans un gobelet. L’homme accepte volontiers le café. Et la coupe de cheveux. Le temps que John déplie son tabouret, déploie la bâche au sol pour ne pas souiller le trottoir, et dégaine ses outils, il se ravise, soulevant maladroitement son bonnet pour montrer sa boule à zéro. « Je n’avais pas compris », dit-il gêné. Pas de souci. « Cela arrive, sourit l’apprenti coiffeur. Au moins, on lui a offert une boisson chaude ».

Quelques mètres plus loin, Jean-Michel accepte lui aussi le café proposé. Lors de la précédente maraude, il s’était muré dans le silence. Cette fois, il parle plus volontiers du froid, du soleil qui lui réchauffe le visage et du sac de couchage donné la veille. Pour la coupe, il faudra repasser le mois prochain. « Ils ne sont pas assez longs », montre-t-il en se passant la main dans les cheveux. Poignées de main avant de partir, l’homme sourit et remercie. « A bientôt », lance-t-il, tapi contre le mur. Le rendez-vous est pris.

« D’une fois à l’autre, on ne se rend pas forcément aux mêmes endroits », précise John, qui encourage les coiffeurs à « marauder » dans les différents quartiers de la ville. « On va également chercher à établir des partenariats avec les commerçants pour obtenir un peu d’aide, comme un litre de café, des gobelets ou des produits hygiéniques pour nettoyer les outils… Des petites choses, en résumé ». Des petites choses, que le duo finance pour l’instant sur ses propres deniers.