Lyon : Un bilan contrasté pour l’expérimentation piétonne en centre-ville ?

BILAN La restitution finale des expériences menées à l’automne a été faite mardi

Caroline Girardon

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Aucune décision n'a été encore prise sur la suite de l'expérience de la piétonnisation du centre-ville de Lyon.
Aucune décision n'a été encore prise sur la suite de l'expérience de la piétonnisation du centre-ville de Lyon. — Konrad / Sipa
  • Les expériences piétonnes en presqu’île ont livré leurs premiers enseignements.
  • Si les promeneurs ont apprécié, les commerçants font grise mine.
  • Les problèmes de stationnement en centre-ville n’ont pas été réglés et l’expérience s’avère peu concluante en semaine.

Que retenir de l’expérience de la piétonnisation du centre-ville de Lyon ? Et quelles suites sont envisagées ? La restitution finale a été faite mardi. Avec déjà un premier enseignement : « L’expérience menée en semaine n’a pas été une réussite », reconnaît David Kimelfeld, président de la métropole de Lyon. Les samedis, en revanche, ont donné plus de satisfaction. De là à abandonner l’idée de piétonniser la presqu’île tous les jours de la semaine ? « Peut-être faudra-t-il se concentrer sur les samedis voire les week-ends complets », répond l’élu. Mais pour l’heure, aucune décision n’a été prise. Les orientations seront données, on peut l’imaginer, après les élections municipales.

Si l’expérience a été vécue de façon très positive par les habitants ou les visiteurs ayant massivement souligné la réduction des nuisances sonores, les différentes évaluations ont également montré quelques problèmes non négligeables à régler. « Les gens se sont rendu compte du bruit qui les entoure au quotidien. Ils ont retrouvé le plaisir de déambuler, de flâner et de redécouvrir leur patrimoine. Ils ont eu le sentiment de se réapproprier l’espace public. Toutefois, il s’agit d’une réappropriation de façade et on ne peut pas traiter le problème par le petit bout de la lorgnette », alerte Nathalie Perrin-Gilbert, la maire du 1er arrondissement de Lyon.

Les commerçants font grise mine

Denis Broliquier, le maire du 2e arrondissement, reconnaît que « cela valait le coup de faire cette expérience » mais émet également des réserves. « Cela a été lancé trop précipitamment. Il faut voir les conséquences pour les habitants et les commerçants qui ont souffert, relève-t-il. Si l’on veut pérenniser la piétonnisation du centre-ville, il faut co-construire le projet sans pénaliser les commerçants ». Car ce sont eux, qui ont été le plus touchés selon les différentes enquêtes menées par la CCI, la Fédération My Presqu’île et Carré Nord Presqu’île.

Globalement, les samedis d’expérimentation, la moitié des enseignes sondées ont vu leur chiffre d’affaires baisser contre seulement 20 % ayant constaté une augmentation de leurs ventes. Les statistiques sont encore criantes les mercredis et jeudis. 80 % des boutiques déplorent une baisse « forte » ou « modérée » de leurs chiffres d’affaires selon la CCI. « Cela a fait fuir les gens, qui viennent parfois de plus de 50 kilomètres et qui ont un pouvoir d’achat élevé. Eux ne se garent jamais en presqu’île mais dans les parkings. Ils ont eu peur qu’ils soient complets », précise Denis Broliquier.

Peu d’impact sur le trafic automobile à l’extérieur du périmètre

Autre enseignement à en tirer : Si le trafic automobile a chuté de 75 % les samedis d’expérimentation et de 62 % en semaine à l’intérieur du périmètre de piétonnisation, il n’a, en revanche, pas diminué à l’extérieur. « Il n’y a pas vraiment eu d’impact sur les voies périphériques », reconnaît Pierre Soulard, chef du service mobilité urbaine à la métropole, faisant état d’une baisse d’1 %. Car peu de gens viennent se garer en surface dans les rues de la Presqu’île les samedis. « Seulement 2 % de l’ensemble des visiteurs », précise Julien Casals de l’agence Nova 7, chargé d’effectuer des études sur la question. Les autres préfèrent stationner leurs véhicules à l’extérieur, dans les parkings, ou venir en transports en commun. Ou même à pied.

« Le problème est que le stationnement résidentiel n’a pas été traité pendant cette expérimentation. Or le stationnement résidentiel est réellement le seul et unique problème de stationnement en ville », déplore Bernard Colombaud, Président du CIL Centre Presqu’île, qui espère plus de concertation citoyenne en vue de la suite du projet. « On ne peut pas faire sans l’avis des habitants et des commerçants. Sinon, on va droit dans le mur… », prévient-il.

Quant à l’impact sur la pollution ? Les données enregistrées n’ont pas encore été publiées.