Lyon : A la veille de nouveaux tests, les commerçants dressent un bilan mitigé de la piétonisation de la presqu’île

EXPERIMENTATION La Presqu’île sera en mode piéton mercredi et jeudi. Une expérimentation sur laquelle les commerçants de l’hypercentre dressent pour l’heure un bilan contrasté

Elisa Frisullo

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En octobre lors d'un samedi de piétonisation de la presqu'île lyonnaise.
En octobre lors d'un samedi de piétonisation de la presqu'île lyonnaise. — KONRAD K./SIPA
  • La presqu’île sera réservée aux piétons ces mercredis et jeudis.
  • Après trois samedis de test, la métropole veut tester cette mesure sur des journées ordinaires.
  • Pour l’heure, les commerçants dressent un bilan très contrasté de la piétonisation.

Mercredi et jeudi, la presqu’île lyonnaise sera une nouvelle fois réservée aux piétons dans le cadre de l'expérimentation menée par la métropolede Lyon depuis fin septembre. Après trois samedis de tests, la collectivité a décidé de reconduire l’expérience en pleine semaine pour évaluer la pertinence et l’impact de cette mesure lors de journées ordinaires.

Une fois cette seconde phase passée, l’heure sera au bilan pour les services de David Kimelfeld. Et après ? « Nous allons consolider les retours que nous avons eus lors de l’expérimentation menée le samedi sur le bruit, la qualité de l’air et évaluer les impacts positifs ou négatifs remontés par les habitants, les visiteurs et les commerçants », indique-t-on dans l’entourage du président de la métropole. « Le bilan sera ouvert à tous, chacun pourra se l’approprier. On devrait ensuite connaître les grandes lignes de ce que veut faire David Kimelfeld en fin d’année ou début 2020 », souligne-t-on à la métropole sans « présager de ce que décidera le président ».

Difficile toutefois d’imaginer David Kimelfeld faire marche arrière sur ce sujet, présenté comme une « nécessité » pour améliorer notamment l’attractivité de la presqu’île et répondre aux enjeux environnementaux. « On sent qu’un mouvement s’est lancé autour de la piétonnisation, avec de bons retours. Mais il y a des ajustements à travailler », précise la métropole.

Parmi eux, il faudra parvenir à convaincre les commerçants, mitigés sur ces expériences piétonnes. « Le bilan après ces samedis de tests est trop contrasté parmi les commerçants pour que nous nous prononcions pour ou contre la piétonnisation », indique Olivier Michel, président de la structure de management du centre-ville My Presqu’Ile. Selon les premiers résultats des enquêtes menées auprès des commerçants et communiqués par la métropole, un tiers d’entre eux est plutôt favorable à la piétonnisation, un tiers défavorable, le tiers restant estimant ne pas pouvoir se prononcer après seulement trois jours de test.

Si du côté des cafetiers et restaurateurs équipés d’une terrasse, ces samedis piétons ont laissé un sentiment positif avec une fréquentation renforcée, d’autres commerces gardent un goût plus amer. « J’ai perdu 25 % à 30 % de mon chiffre d’affaires lors des samedis piétons par rapport à un samedi normal, confie à 20 Minutes Grégory, commerçant en presqu’île. Il y avait du passage devant le magasin, mais des badauds qui n’étaient pas là pour acheter. Mes clients n’ont pas pris le risque de venir dans le centre-ville de peur de ne pas pouvoir stationner », se désole-t-il. Un impact négatif de la piétonnisation davantage ressenti par les commerces moyen et haut de gamme, selon les premières conclusions de la métropole.

Face à ces retours mitigés, « il y a urgence à ne pas se précipiter sur ce sujet, estime Olivier Michel. Nous attendons des décideurs qu’ils lancent une réflexion urbanistique sur ce que sera la presqu’île à l’horizon dix-quinze ans. Il faut déterminer une ligne directrice en concertation avec tous les acteurs du centre-ville ». « Après un an de manifestations des gilets jaunes et avec les multiples travaux en cours dans le centre, on a besoin que les gens reviennent en presqu’île. Il ne faut pas imposer un changement à marche forcée qui va faire fuir notre clientèle et pénalisera les commerces indépendants », ajoute Grégory, soucieux que la campagne des municipales et métropolitaines n’incite pas les décideurs à prendre des mesures hâtives et électoralistes.