Le beaujolais ne veut plus trinquer

Elisa Frisullo - ©2008 20 minutes

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Le millésime 2008 sera-t-il symbole de renouveau dans le Beaujolais ? A un mois de la sortie du primeur, le 20 novembre, tout le vignoble, asphyxié depuis sept ans par une crise de surproduction et la concurrence des vins étrangers, veut y croire. Même si la récolte qui s'achève dans les 2 800 exploitations, en baisse de 25 % par rapport à 2007, s'annonce la plus faible depuis vingt-cinq ans.

La filière veut défendre

la qualité de son terroir

« C'est une année de bon vigneron , lance Gérard Large, président d'une cave coopérative à Saint-Etienne-des-Oullières. Le temps frais et ensoleillé que nous avons eu pendant les vendanges a asséché le raisin, ce qui est un gage de grande qualité », poursuit-il, convaincu que le ciel va finir par s'éclaircir. Un sentiment partagé, à 10 km de là, par Dominique Piron, viticulteurs de père en fils depuis quatorze générations et spécialistes de l'appellation Morgon. « Nous ne sommes pas sortis de la crise mais nous arrivons à un stade où les choses vont commencer à s'arranger », note le producteur, soucieux de redorer l'image des 12 appellations et 10 crus du vignoble, trop souvent associés au seul beaujolais nouveau. Pour y parvenir, ce vigneron s'engagera dès cet automne, aux côtés de quinze autres domaines réunis sous la bannière « Expressions d'origine », dans une opération de lobbying destinée à valoriser auprès des professionnels du monde entier la diversité et la qualité du terroir.

Un Fleurie parmi

les meilleurs vins du monde

Dans cette quête de reconnaissance, le beaujolais vient de remporter une belle victoire. Pour la première fois, l'un de ses nectars a atteint le cercle prisé des meilleurs vins du monde dans le classement 2008 de l'International Wine challenge. Tout un symbole, dont se ravissent modestement les Despres père et fils, heureux producteurs de ce Fleurie 2005 vieilles vignes. Enracinés sur leur domaine de la Madone, Jean-Marc et Arnaud font partie de ceux qui ont su anticiper la crise, en exportant dès les années 1990 les trois quarts de leur production. « Nous avons beaucoup travaillé sur la qualité de nos produits et fait un gros travail de commercialisation. Aujourd'hui, nous vendons surtout dans le nord de l'Europe et bientôt en Chine », note Arnaud, 26 ans, dont la famille écoule chaque année 100 000 bouteilles, dont 30 % en Angleterre.

Une restructuration

longue et difficile

Mais dans le vignoble, tous n'ont pas cette réussite et bon nombre de vignerons risquent de ne pas sortir indemnes de cette récolte. Les cours du beaujolais ont augmenté. « Mais cela ne suffira pas à rattraper la baisse du chiffre d'affaire, engendrée par la faible récolte », indique Gérard Large, qui estime que sur les 180 exploitants de sa cave, « 100 s'en sortiront ». Pour les autres, la fin de l'année sera décisive. « La sélection va continuer, ceux qui n'ont plus le choix vont abandonner », lâche un vigneron membre de la coopérative. Depuis 2006, 2 000 hectares ont ainsi été arrachés dans le cadre du plan de restructuration du vignoble soutenu par le conseil général du Rhône à hauteur de 5,5 millions d'euros. Plus de 1 180 demandes d'arrachages ont été enregistrées, dont celle de Pierre Magnaud, un producteur de 56 ans qui n'a conservé que ses parcelles « de qualité ». Depuis, il se lève chaque jour à 3 h du matin pour livrer des journaux et entame dès 9 h 30 sa « deuxième journée », encore consacrée à la vigne. « Je ne pouvais pas abandonner, je crois que le beaujolais a de l'avenir », note ce viticulteur. D'ici là, le vignoble devra encore faire face aux départs massifs à la retraite, qui concerneront bientôt un tiers des exploitations. Un défi puisque les jeunes ne veulent plus reprendre le flambeau. « Travailler 60 heures par semaine pour gagner le smic, ce n'est pas vendeur. Il n'y a que l'amour du terroir qui peut nous pousser », conclut Hervé Nicot, vigneron à Saint-Etienne.