Vaulx-en-Velin : Pourquoi il n’y a toujours pas eu de rentrée scolaire au collège Henri-Barbusse ?

EDUCATION L'établissement fait partie des rares collèges qui sont en grève depuis lundi 

Caroline Girardon

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Des élèves prennent possession de leurs manuels scolaires, lors de la rentrée scolaire dans un collège
Des élèves prennent possession de leurs manuels scolaires, lors de la rentrée scolaire dans un collège — Jean-Philippe Ksiazek AFP
  • A Vaulx-en-Velin, les élèves du collège Henri-Barbusse n'ont toujours pas fait leur rentrée scolaire.
  • Les enseignants sont en grève depuis lundi pour protester contre la hausse des effectifs.
  • D'autres établissements leur ont emboité le pas dans l'agglomération lyonnaise. 

Pas de rentrée scolaire. Lundi, les portes du collège Henri-Barbusse à Vaulx-en-Velin (Rhône) sont restées closes. La plupart des élèves de l’établissement n’ont d’ailleurs toujours pas mis les pieds dans leurs salles de classe en raison d’un mouvement de grève lancé par le personnel enseignant. Une situation rare en France (le ministère de l’Education n’a pas été ne mesure de nous donner des chiffres) qui pourrait se prolonger.

La raison : des classes jugées surchargées par l’ensemble des professeurs. L’établissement, classé en zone REP + (réseau d'éducation prioritaire), accueille 590 adolescents, répartis dans 6 classes de 6e, autant de 5e et de 4e et 4 classes de 3e. Le seuil a été fixé à 24 élèves par classe.

Des élèves non compris dans les effectifs

« Le problème est le rectorat ne tient pas compte des élèves inscrits dans les filières UPE2A et Segpa », expose Thomas Vitte, professeur de mathématiques. Les premiers sont des élèves étrangers, récemment arrivés en France sans parler la langue de Molière. Des adolescents susceptibles d’intégrer l’établissement tout au long de l’année.

« L’an dernier, nous en avons reçu une vingtaine lors de la première période », continue l’enseignant. S’ils sont au départ regroupés au sein d’un programme spécial visant à leur inculquer les bases du Français, ils sont, au fil de leur progression, inclus dans les classes ordinaires. Même chose pour les élèves de Segpa, sections d’enseignement général et professionnel adapté, qui souffrent de graves difficultés d’apprentissage. Là encore, ils débutent l’année par des ateliers manuels avant d’intégrer par groupe de 4 des classes ordinaires.

« Au final, on se retrouve avec une trentaine d’élèves en plus. Autant de personnes que le rectorat ne compte pas dans ses effectifs. Mais si l’on inclut tout le monde, on se retrouve au-dessus des seuils car cela finit par faire des classes à 26 voire 28 », se désole Thomas Vitte. Et selon lui, le problème est double : « Certaines salles comme les laboratoires ne sont pas conçues pour accueillir autant élèves. Il n’y a parfois que 24 places assises, développe-t-il. Même chose pour les cours d’EPS. N’ayant pas de gymnase attitré, nous sommes obligés de nous rendre à l’extérieur et de nous déplacer en car. Il n’y a que 75 sièges dans un car. Nous ne pouvons dès lors pas emmener trois classes comme cela est prévu. Mais il y a des conséquences également dans le suivi des élèves et de leur travail. Ce sont des élèves qui ont des besoins plus précis et plus importants que les autres ».

« Il n’y a quasiment plus aucune différence avec les établissements ordinaires »

« Certains diront que deux ou trois personnes de plus par classe, ce n’est pas grand-chose et que cela ne changera rien. Mais si, insiste Thomas Vitte. Chaque année, on se retrouve à accueillir un ou deux élèves de plus. Mais une classe à 30 en REP + ce n’est pas tolérable. Il n’y a quasiment plus aucune différence avec les établissements ordinaires ».

Insatisfaits, les enseignants d’Henri Barbusse ont lancé une pétition auprès des parents d’élèves et sollicité un rendez-vous auprès du Rectorat. Une demande restée sans réponse. Les grévistes envisagent également d’écrire au ministre de l’Education nationale pour réclamer des solutions en urgence. Ils ont été rejoints jeudi par le personnel des collèges Elsa Triolet à Vénissieux et Daisy Georges Martin à Irigny qui ont débrayé le temps d’une journée pour porter les mêmes revendications.

Lors d’un point presse, le recteur d’académie a estimé que cette situation résultait d’une « démographie particulièrement dynamique » et d’une « augmentation du nombre d’élèves dans tout le département du Rhône ». « Oui, à l’avenir, nous construirons davantage d’écoles, de collèges et de lycées », a-t-il ajouté conscient d’un manque d’anticipation. Par ailleurs, il nous a indiqué qu’une réunion se tenait en ce moment même avec les enseignants d’Henri Barbusse afin de « dégager les solutions les plus adaptées ». « Concernant la question de comptabiliser les élèves scolarisés dans des dispositifs particuliers (SEGPA, etc.) le Recteur s’engage à ouvrir cette année la discussion avec les organisations syndicales », conclut-il.