Procès Barbarin: La procureure ne requiert pas de condamnation, «contre quiconque»

PROCES Le ministère public estime que l’infraction de mise en péril n’est pas caractérisée et que les faits de non-dénonciation sont prescrits…

Caroline Girardon

— 

Le cardinal Philippe Barbarin au Palais de justice de Lyon.
Le cardinal Philippe Barbarin au Palais de justice de Lyon. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • Le ministère public n’a requis aucune condamnation à l’encontre du cardinal Barbarin et de cinq de ses collaborateurs.
  • Ils étaient jugés pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs commises par un prêtre ».
  • Les parties civiles ont plaidé pendant six heures et demie pour démontrer méthodiquement que les prévenus avaient connaissance des faits depuis longtemps.
  • La procureure a estimé que l’infraction de mise en péril n’était pas caractérisée et que les faits de non-dénonciation étaient prescrits.

Une « lueur d’espoir » bien vite éteinte. L’émotion, dans laquelle le tribunal correctionnel de Lyon a été plongé mardi soir à la suite du témoignage des victimes, n’aura pas suffi à convaincre le ministère public.

Mercredi après-midi, la procureure adjointe Charlotte Trabut n’a requis aucune condamnation au procès du cardinal Philippe Barbarin et de cinq anciens membres du diocèse de Lyon pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs commises par un prêtre ».

Aucun élément tangible

Elle estime que l’infraction de mise en péril n’est pas caractérisée et que les faits de non-dénonciation sont prescrits. « Il n’y a pas d’éléments tangibles pour affirmer que ce risque est actuel », argumente-t-elle.

Cette prise de position intervient dans la logique du classement sans suite de l’affaire, décidé par le parquet à l’été 2016 après une enquête préliminaire sur les mêmes faits. Depuis, les plaignants avaient lancé une procédure de citation directe afin d’obtenir un procès, organisé cette semaine à Lyon.

« On aura fait ce que notre conscience nous imposait de faire »

« C’est désormais à la justice de décider. On acceptera ce qu’elle dira. Nous, on aura fait ce que notre conscience nous imposait de faire », lâche François Devaux, l’un des fondateurs de la Parole libérée et victime du père Preynat. « Je ne suis pas vraiment déçu car je m’y attendais », confie Didier Burdet, abusé lui aussi par l’abbé dans son enfance. « Avant d’évoluer sur la question, l’Eglise mettra encore probablement des dizaines d’années », ajoute-t-il, se félicitant toutefois d'« avoir pu faire avancer les choses » : « Mon combat est déjà gagné. C’était celui de pouvoir parler librement sans plus me cacher. »

Yves Sauvayre, l’un des avocats des parties civiles, garde néanmoins l’espoir d’une condamnation. « On est confiant car ce que l’on raconte n’est pas une histoire. C’est basé sur des raisonnements juridiques précis », martèle-t-il, précisant avoir été « choqué » par « l’analyse rapide de l’absence d’intention », livrée par la procureure.

« Monseigneur Barbarin, vous êtes un menteur »

Pendant six heures et demie, les avocats des parties civiles se sont attachés à démontrer minutieusement et méthodiquement comment le cardinal et ses collaborateurs avaient connaissance « depuis le début » des agissements de l’abbé Preynat. Une argumentation implacable étayée par les échanges de mails, les courriers officiels et les déclarations du prêtre versés au dossier.

« Je vous suspecte d’avoir voulu que la justice ne soit pas saisie pour éviter un scandale public », tonne Jean Boudot. Avant d’enfoncer le clou : « Monsieur Barbarin, vous êtes un menteur quand vous dites avoir appris toute l’étendue de l’affaire en 2014. Quand le cardinal a l’invraisemblable audace de soutenir que grâce à lui, l’action contre le père Preynat est partie, je vous dis qu’il ment encore. »

« Vous avez nié la justice »

« Son abstention (de prévenir les autorités judiciaires) est volontaire et assumée, l’accable à son tour Me Emmanuelle Haziza. Il s’est substitué aux autorités judiciaires de notre pays pour se référer au profit d’autorités judiciaires extérieures, celles de Rome ». Et d’apostropher directement le primat des Gaules : « Vous vous êtes tournés vers la hiérarchie religieuse faisant fi de tout ce que vous saviez. Vous n’avez pas entravé la justice. Vous l’avez niée ! »

Nadia Debbache a longuement argumenté pour prouver que l’archevêque de Lyon avait tardé avant de se saisir du problème, prenant ainsi exemple sur l’évêque d’Orléans. « En 2011, monseigneur Blaquart a mis six jours entre le moment où il a reçu la lettre d’une victime et le moment où il a informé le procureur. Il n’a pas eu besoin de se poser d’autres questions, n’a pas eu besoin de consulter Rome », insiste-t-elle.

Le jugement sera mis en délibéré

De son côté, la défense, qui a commencé à plaider mercredi en fin d’après-midi, a évoqué un « procès spectacle », mettant en avant « l’injustice totale » ayant frappé les six prévenus.

« Cette affaire a fait l’objet d’une campagne de presse d’une rare violence. Les prévenus ont été piétinés, la présomption d’innocence aussi. On a assisté à une véritable chasse à l’homme », estime maître Vahramian. Et de conclure à l’adresse des victimes : « Ces hommes ont été trahis par le prêtre, bien sûr, mais ils ont aussi été trahis par d’autres adultes : ce sont leurs parents. » Les plaidoiries de la défense se poursuivront jeudi matin. Le jugement sera ensuite mis en délibéré.