Lyon: Pas de programme, pas de vrais cours... à l'école démocratique, les élèves apprennent à leur rythme

ECOLE L’école démocratique Nikola-Tesla, ouverte depuis 2016 à Lyon, connaît un franc succès…

Dylan Munoz

— 

A l'école démocratique Nikola Tesla à Lyon. crédit photo: Nikola Tesla
A l'école démocratique Nikola Tesla à Lyon. crédit photo: Nikola Tesla — Ecole Nikola Tesla
  • L’école démocratique de Lyon Nikola-Tesla a ouvert en 2016.
  • Un établissement hors contrat qui accueille des enfants de 5 à 18 ans.
  • L’établissement ne suit pas de programme, n’a aucun cours spécifique et veut s’adapter au rythme de chaque enfant pour les laisser maîtres de leurs apprentissages.

L’école démocratique Nikola Tesla, située rue du Dauphiné à Lyon, accueille depuis deux ans une vingtaine d’enfants de 5 à 18 ans. Le fer de lance de cet établissement privé hors contrat est de « rendre les jeunes autonomes », expliquent de concert Nadia Berthet, cofondatrice de l’école, et Viktor Selendic, membre du staff.

Ici, pas de programme, pas de cours ni de profs classiques, pas de classes de 20 ou 30 élèves sur des chaises, mais des jeunes « libres de choisir ce qu’ils veulent faire de leur journée ». Une méthode de travail récente en France mais largement « développée aux Etats-Unis depuis 50 ans », continue Nadia.

Les élèves vont à leur rythme

« Ici, nous ne sommes pas dans l’attente », commence Viktor, ingénieur de formation, formé à l’INSA de Lyon. « On ne veut pas forcer l’élève à faire quelque chose qu’il n’aime pas. Quand il est prêt, il vient de lui-même et on l’accompagne, on le soutient dans son projet. » Comme l’envie de « passer le bac en candidat libre ou le brevet des collèges. S’il faut deux ans pour le passer, il prendra deux ans. S’il le rate, ce n’est pas grave, il faut apprendre de ses échecs ».

Les salles du petit l’établissement sont équipées d’ordinateurs, d’une cuisine, d’un espace de jeux pour les plus petits, d’un coin détente avec canapés et livres… « Tout pour développer leur esprit critique et leur autonomie », poursuit-il.

Une vie de groupe et des règles

L’école, qui dispose de deux bénévoles et trois professionnels, ouvre régulièrement « des conseils », où se retrouvent les élèves et les encadrants. Des idées d’activités sont proposées avec « la liberté pour chacun d’y participer ou non. On exprime nos envies, ce qu’on voudrait mettre en place pour la vie du groupe par exemple », précise Viktor.

Lors de notre visite, une atmosphère paisible règne dans l’école alternative. Mais ce n’est pas toujours le cas. Lorsque les règles ne sont pas respectées, chacun peut « déposer une plainte et un conseil de justice s’ouvre pour en discuter tous ensemble ». Si le problème est grave, comme des violences, « il peut y avoir une exclusion ».

Partie d'échec
Partie d'échec - Ecole Nikola Tesla

Selon l’équipe, les membres des écoles démocratiques aux Etats-Unis sont en aucun cas moins bons que les étudiants de collèges ou de lycées classiques. Nadia cite en exemple de jeunes élèves français qui suivent un cursus classique et qui « ne savent toujours pas lire à leur arrivée au collège. Des études le démontrent. Si l’enfant n’est pas prêt, il n’est pas prêt ». Mais dès lors que l’enfant aura envie d’apprendre de lui-même, l’apprentissage sera de meilleure qualité et « pas seulement à l’instant T du contrôle et puis oublié ensuite », estime-t-elle, consciente toutefois que le modèle de travail de l’école peut surprendre.

Jour de Conseil
Jour de Conseil - Ecole Nikola Tesla

« Au début, on accueillait surtout des jeunes en phobie scolaire ou qui ne supportaient pas de rester assis sur une chaise », raconte Nadia. Une des toutes dernières arrivées à l’école explique se sentir « mieux ici » après avoir « changé deux fois d’école » par le passé.

Plusieurs familles sur liste d’attente

Marion, ancienne professeure de maths dans un collège traditionnel, a décidé de quitter l’enseignement classique il y a un an et demi pour rejoindre l’école Nikola-Tesla. « Dans les établissements classiques où je travaillais, j’avais remarqué que quand je laissais plus de liberté aux élèves sur les exercices à faire, chacun pouvait avancer à son rythme et faire ce qui lui plaisait. »

Sa direction et ses anciens collègues étaient très ouverts à ses nouvelles méthodes. Mais sa pédagogie ne faisait pas l’unanimité. « Ils me disaient que des élèves étaient en retard dans le programme. Et je ne voulais pas mettre les autres professeurs en difficulté », regrette la jeune femme, qui a dû quitter le système classique pour être en phase avec sa manière d’enseigner. « Je suis bénévole à l’école démocratique. Pour l’instant, je vis sur mes économies mais je ne regrette pas du tout mon choix. » Pour elle, il est évident qu’un « enfant qui s’épanouit trouvera plus sa place dans la société ».

Pour les familles, le coût de l’école varie selon les revenus. « Les prix vont de 200 à 600 euros avec une moyenne à 350 euros par mois sur 10 mois », ajoute l’équipe de l’établissement, qui fait face à de multiples demandes d’inscriptions de parents. Pour pouvoir accueillir davantage d’élèves et réduire la liste d’attente, l’école prévoit de déménager dans des locaux plus grands dans le quartier de la Guillotière.