Lyon: Un pasteur nigérian soupçonné d'être à la tête d'un vaste réseau de prostitution

PROSTITUTION Dix-huit personnes, toutes d’origine nigérianes, ont été interpellées mardi en France, en Italie et au Portugal...

Caroline Politi
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Une prostituée discute avec un client dans son van (illustration)
Une prostituée discute avec un client dans son van (illustration) — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • 18 Nigérains, principalement des femmes, ont été interpellées.
  • Selon les enquêteurs, une cinquantaine de femmes ont été forcées de se prostituer.
  • Le réseau rapportait entre 100.000 et 150.000 euros par mois.

Quinze mois d’enquête auront été nécessaires pour démanteler un vaste réseau de prostitution à Lyon. Mardi, seize personnes ont été interpellées dans le bassin lyonnais mais également à Nîmes et au Havre. Une vague d’arrestations complétée par deux autres en Italie et au Portugal. Tout comme les victimes, les suspects – qui sont, pour une large majorité, des femmes – sont exclusivement nigérians. « Il s’agit d’un réseau intracommunautaire particulièrement actif », résume Jean-Marc Droguet, directeur de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains. Les investigations, menées avec la PJ de Lyon et coordonnées par la Jirs de Lyon, ont permis d’établir qu’il rapportait chaque mois entre 100.000 et 150.000 euros.

Unecinquantaine de femmes « au moins » ont été prises entre les mailles du filet. « Il ne semble pas qu’il y ait des mineurs parmi elles, même si cela nécessite encore quelques vérifications », assure le commissaire. Originaires du Nigeria, les jeunes femmes arrivaient via des réseaux de passeurs jusqu’en Italie où elles étaient vendues à des filières d’exploitation implantées en Europe. Une fois à Lyon, elles passaient sous la coupe de « Madames », des maquerelles nigériannes chargées de les surveiller. Les jeunes femmes étaient alors contraintes de se prostituer dans des camionnettes principalement dans le quartier de Gerland, à Lyon.

Une dette de 30.000 euros

« C’était un réseau particulièrement organisé, poursuit le commissaire. Les prostituées étaient prises en charge, logées, on leur trouvait une camionnette. Evidemment, tout cela était facturé. » Comme souvent dans les réseaux nigérians, les victimes devaient s’acquitter d’une « dette », ici près de 30.000 euros, pour recouvrer leur liberté. « La dette est un peu moins élevée que dans d’autres réseaux mais compte tenu des prix des passes et des frais qui leur étaient décomptés, elles étaient soumises à des cadences dramatiques. »

Un pasteur d’une trentaine d’années, inconnu des services de police, est soupçonné d’être à la tête de ce réseau. Côté pile : le suspect suivait une formation pour devenir juriste, prêchait dans différentes salles à Lyon et dans le sud de la France. Côté face : les enquêteurs le soupçonnent d’avoir pris un rôle particulièrement actif dans le réseau. « Il coordonnait les maquerelles, recrutait les jeunes femmes, se déplaçait parfois jusqu’en Italie pour aller récupérer ses “recrues” », précise le commissaire.

Pour l’heure, cinq gardés à vue ont été mis en examen et placés en détention provisoire. Les autres devraient être présentés dans la soirée et vendredi à un juge d’instruction.