Sommet franco-italien: Comment Lyon est devenue une ville italienne?

HISTOIRE A l’occasion du sommet organisé mercredi à Lyon, « 20 Minutes » s’est penché sur les liens étroits qui existent depuis des siècles entre Lyon et l’Italie…

Elisa Frisullo
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Lyon, le 1er juin 2016. Illustration du musée Gadagne à Lyon, qui appartenait à la Renaissance à la famille Guadagni, des marchands italiens.
Lyon, le 1er juin 2016. Illustration du musée Gadagne à Lyon, qui appartenait à la Renaissance à la famille Guadagni, des marchands italiens. — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • Dès la Renaissance, Lyon, véritable carrefour économique européen, a attiré de nombreux marchands italiens.
  • La ville a accueilli pendant un siècle de nombreux immigrés italiens, ce qui a renforcé les liens entre Lyon et ce voisin transalpin.

 

 

Il suffit d’un passage dans le Vieux-Lyon pour mesurer à quel point Lyon a, au fil de son histoire, été influencée par la présence italienne. Des influences telles qu’elles ont valu à la Capitale des Gaules d’être fréquemment surnommée Lyon, l’Italienne. A l’occasion du sommet franco-italien, qui réunira ce mercredi à Lyon le président Emmanuel Macron et le président du Conseil des ministres italien Paolo Gentiloni, 20 Minutes s’est penché sur les relations étroites qui lient depuis des siècles Lyon à son voisin transalpin.

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  • Des marchands banquiers très puissants à Lyon à la Renaissance

Si leurs premiers liens remontent à l’Antiquité, c’est vraiment à la Renaissance que Lyon et l’Italie ont commencé à écrire une histoire commune. Au XVe et au XVIe siècles, Lyon est, grâce à ses quatre foires annuelles, l’un des principaux carrefours économiques européens. Des milliers de négociants et marchands étrangers y affluent, parmi lesquels de nombreux Italiens.

« Dès cette époque médiévale, les commerçants italiens ont trouvé une place forte à Lyon. Ils sont attirés par les foires. Ils mesurent à quel point la ville est un carrefour stratégique pour les échanges commerciaux », explique Mirco Iadarola, secrétaire général de la chambre de commerce italienne de Lyon. A l’époque, de grandes familles italiennes originaires de Florence, Milan, Gênes ou Lucques viennent s’installer entre Rhône et Saône pour y développer le commerce textile (soie), travailler comme libraires ou imprimeurs. De nombreux Italiens de Lyon (Capponi, Bonvisi, Médicis…) font fortune comme marchands banquiers. Au début du XVIe siècle, Lyon abrite une cinquantaine de grandes maisons de banque italiennes. De cette période « italienne », le Vieux-Lyon a conservé la trace dans plusieurs édifices du quartier. Les musées Gadagne, notamment, étaient à la Renaissance, un immense hôtel particulier qui appartenait aux Guadagni, une riche famille de marchands italiens.

  • Un siècle d’immigration italienne

Une immigration dont le visage a évolué en un siècle. Dès 1860 et jusque dans les années 1960, Lyon a accueilli de nombreux immigrés italiens. Des artisans et petits paysans des vallées alpines fuyant la misère débarquent ainsi à Lyon de manière saisonnière ou pérenne. Mais à la fin du XIXe siècle, la capitale des Gaules, alors en plein essor industriel, attire davantage des ouvriers, recrutés directement en Italie pour le compte d’usines lyonnaises. A la veille de la Première Guerre mondiale, les Italiens représentent les deux tiers de la population étrangère de l’agglomération, selon les archives municipales de Lyon qui ont présenté en 2014 l’exposition Lyon l’Italienneimaginée par Jean-Luc de Ochandiano, historien lyonnais.

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Ces migrants viennent de multiples régions italiennes. Dans les années 1880, ils sont issus pour la plupart des zones montagneuses du Piémont. Dans l’entre-deux-guerres, des Italiens de Frosinone, non loin de Rome, font leur arrivée à Lyon suivi, dès les années 1950 par des migrants originaires de Sicille, des Pouilles, de Sardaigne ou encore de Vénétie. A Lyon, la présence de cette communauté italienne est marquée dans certains secteurs, à l’instar de la rue Mercière ou de la rue Mazenod (place Guichard). Mais c’est dans la banlieue lyonnaise, à Croix-Luizet à Villeurbanne ou à la Poudrette à Vaulx-en-Velin que l’on retrouve bon nombre de familles d’ouvriers italiens.

  • Des échanges économiques toujours importants aujourd’hui

De ce passé commun, Lyon et l’Italie ont conservé des échanges économiques importants. L’Italie était en 2015, le premier pays client du département du Rhône, avec 1,4 milliard d’exportations, et le second pays fournisseur avec 1,9 milliard d’importations, selon les données de la direction générale des douanes.

« Ces échanges économiques sont favorisés par les liens forts qui existent au niveau local », ajoute Mirco Iadarola. « Lyon est jumelée avec Turin et Milan. Et la région Auvergne Rhône-Alpes et la Lombardie font partie des quatre moteurs de l’Europe », rappelle-t-il. Plusieurs grandes entreprises italiennes sont présentes dans la métropole lyonnaise, à l’instar d’Iveco/Motor Village (Fiat), le spécialiste des pâtes Garofalo, la société de sécurité GSA ou encore ENI, entreprise italienne privée d’hydrocarbure.

Parmi les groupes lyonnais implantés en Italie, Biomérieux a une filiale installée à Florence. Le fabricant de raquettes de tennis Babolat est implanté à Milan.