Pédophilie dans l'Eglise: Le procès du cardinal Barbarin, une «procédure dispensable», selon ses avocats

JUSTICE Le Primat des Gaules ainsi que six autres responsables du diocèse de Lyon et du Vatican seront jugés du 4 au 6 avril pour non-dénonciation d'actes de pédophilie...

Caroline Girardon

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Jean-Felix Luciani, avocat du cardinal Barbarin, estime que son client n'a commis aucune infraction en ne dénonçant pas les agressions pédophiles du père Preynat, prêtre du diocèse de Lyon. JEFF PACHOUD / AFP
Jean-Felix Luciani, avocat du cardinal Barbarin, estime que son client n'a commis aucune infraction en ne dénonçant pas les agressions pédophiles du père Preynat, prêtre du diocèse de Lyon. JEFF PACHOUD / AFP — AFP
  • Le procès du cardinal Barbarin et de six autres personnes a été renvoyé au mois d'avril.
  • Ils seront poursuivis pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs, perpétrées par le père Preynat dans les années 80 et 90.
  • L'avocat du cardinal estime qu'il n'a commis aucune infraction.

Le procès aura bien lieu. Le cardinal Barbarin, ainsi que six autres responsables du diocèse de Lyon et du Vatican, seront jugés du 4 au 6 avril pour non-dénonciation d’actes pédophiles. La date a été fixée ce mardi par la 6ème chambre du tribunal correctionnel de Lyon.

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La Parole Libérée, association des victimes du père Preynat, les a assignés en justice, estimant qu’ils avaient délibérément couvert le prêtre en le maintenant dans ses fonctions jusqu’en 2014, et surtout en ne le dénonçant pas auprès de la justice.

« La justice avance », se félicite Pierre-Emmanuel Germain-Thill, l’une des victimes présumées du Père Preynat, à la sortie de l’audience de consignation de mardi. Pour le jeune homme, la tenue d’un procès peut « faire évoluer les mentalités et la loi ». « Là il ne s’agit pas du procès d’un agresseur, mais de sa hiérarchie. Le cardinal Barbarin a sa part de responsabilité car il était au courant », argumente-t-il.

Une procédure « difficile à vivre sur le plan humain »

Et d’ajouter : « Je n’ai pas l’impression que la question de la responsabilité ait évolué dans la tête des prélats. D’où l’intérêt de ce procès qui doit démontrer l’obligation de ne plus couvrir ce genre d’actes et ne plus rester dans le silence ».

Mais pour Jean-Félix Luciani, l’un des deux avocats du cardinal, cette « procédure est dispensable car il n’y a rien de nouveau ». Réfutant le terme d' « acharnement », il avoue néanmoins ne pas comprendre l’action des victimes. « Des efforts avaient été réalisés par le cardinal, notamment dans le dialogue. C’est une procédure difficile à vivre sur le plan humain pour quelqu’un qui fait l’objet d’accusations injustes. »

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« Lors du procès, on va expliquer le dossier et ce qui a déjà été dit. Une enquête préliminaire a été menée et le parquet a décidé de classer l’affaire sans suite », rappelle-t-il. Et de trancher : « A mon sens, il n’y a aucune infraction. On ne voit pas comment le tribunal pourrait déclarer l’inverse de ce qui a été dit il y a quelques mois. »

Ce qui n’est pas l’avis de Jean Boudot, avocat d’une des victimes présumées. « Le tribunal n’est pas le ministère public. On espère bien qu’il déjugera la décision du parquet », insiste-t-il. Dans ses conclusions, le procureur qui avait classé l’affaire sans suite, estimait que l’objectif du cardinal n’était pas d’entraver la justice.

L’omerta du silence

« Nous, on pense que lui et les autres se sont levés un jour en ayant conscience qu’ils auraient dû informer la justice de ces infractions perpétrées contre des mineurs », répond Jean Boudot. « Peu importent les raisons, qu’ils aient reçu des instructions, que ce soit dans la culture de l’Eglise ou par peur, ils avaient l’obligation de dénoncer ces faits immédiatement », ajoute-t-il.

Un argument partagé par Alexandre Hezez-Dussot, qui accuse le père Preynat de l'avoir  agressé sexuellement dès l’âge de 9 ans. Il est la première victime à avoir brisé le silence, en contactant le cardinal Barbarin pour lui en parler en 2014. « On voit bien le poids des institutions qui oblige à garder le silence jusqu’à la prescription des faits. Mais un cardinal ne peut se soustraire à l’obligation de dénoncer des pédo-criminels car il s’agit avant tout de protéger les enfants de demain », lâche-t-il.

« Cette histoire est un exemple dramatique pour la société. On n’a vu aucune capacité de révolte. Aucun de six ne s’est dit que ce qui s’était passé, n’était pas normal. Les personnes s’arrogent le droit de faire justice dans leur coin. Mais aujourd’hui, un enfant doit passer avant la miséricorde des prêtres », conclut-il.

Quant au père Preynat, il devrait être jugé ultrérieurement pour ses actes. La date de l'audience n'a pas encore été fixée.