Pédophilie dans l'Eglise : Pourquoi le cardinal Barbarin se retrouve devant la justice ce mardi?

PEDOPHILIE Il s'agit d'une audience formelle, le procès sera renvoyé à une date ultérieure...

Caroline Girardon

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Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 15 août 2016. Le cardinal de Lyon, Philippe Barbarin.
Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 15 août 2016. Le cardinal de Lyon, Philippe Barbarin. — PASCAL PAVANI / AFP
  • Le cardinal Barbarin et six autres personnes sont cités à comparaître ce mardi après-midi devant la justice.
  • Il s’agira d’une audience formelle avant qu’une date ne soit fixée pour juger le fond de l’affaire.
  • Ils sont soupçonnés d’avoir couvert les agissements d’un prêtre pédophilie et de ne pas l’avoir dénoncé à la justice.

L’affaire avait été classée sans suite mais les victimes l’ont rouverte. Le cardinal Barbarin est cité à comparaître devant la justice pour ne pas avoir dénoncé les agressions pédophiles du père Preynat. La première étape a lieu ce mardi devant le tribunal correctionnel de Lyon. L’occasion de faire le point sur l’affaire et sur l’audience du jour.

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Qu’est-il reproché au cardinal Barbarin ? La Parole libérée, association regroupant les victimes du père Preynat, estime que l’archevêque de Lyon a « protégé » le curé en ne dénonçant pas ses agissements auprès de la justice. Elle a l’intime conviction que le primat des Gaules savait, mais qu’il a délibérément gardé le silence. Peur du scandale ? Ou volonté manifeste de le couvrir ? La justice devra trancher sur ce point.

Les victimes reprochent également au cardinal d’avoir laissé le loup dans la bergerie, c’est-à-dire d’avoir maintenu le père Preynat dans ses fonctions, et donc au contact d’enfants pour lesquels il constituait un danger. En 2013, le curé obtient même une promotion en étant nommé doyen de Roanne et de Charlieu (Loire). Il se retrouve en charge de six paroisses. Or, à cette époque, le cardinal savait déjà, selon ses contradicteurs.

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Quand le cardinal Barbarin aurait-il été mis au courant ? Les agressions du père Preynat, pour lesquelles il est poursuivi, ont été perpétrées dans les années 1980 et au début des années 1990. Monseigneur Barbarin n’était pas encore en poste à Lyon. Il aurait appris la vérité lors de l’été 2014 lorsqu’une des victimes du curé vient le trouver. C’est du moins ce qu’il a dit dans un premier temps, avant de reconnaître qu’il avait été informé des soupçons pesant sur Bernard Preynat en 2007-2008 lorsqu'« une personne qui a grandi à Sainte-Foy-les-Lyon [lui] a parlé des comportements » du curé avant 1991.

L’archevêque aurait alors convoqué le prêtre pour lui demander « si depuis 1991, il s’était passé la moindre chose ». L’homme d’Église assure que non, mais reconnaît les agressions passées. Sauf que cette version des faits est fortement contestée par Isabelle de Gaulmyn. Journaliste à La Croix (aujourd'hui rédactrice en chef), c’est elle qui serait allée trouver le cardinal. Mais pas en 2007, comme l’affirme le primat des Gaules. La conversation a eu lieu en 2004-2005. « Il savait bien avant », assure-t-elle, affirmant que le cardinal avait été mis au courant en 2002, juste après son arrivée à Lyon.

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Le cardinal Barbarin est-il le seul responsable ? « Ce n’est pas l’affaire d’un homme mais d’une institution », précise Nadia Debbache, l’avocate de deux victimes du père Preynat. Six autres proches de monseigneur Barbarin ont été cités à comparaître devant la justice. Il s’agit de Maurice Gardès, ancien archevêque du Roannais, et de Thierry Brac de la Perrière, l’évêque de Nevers, qui ont exercé dans le diocèse par le passé, ainsi que Luis Ladaria Ferrer, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican.

Tout comme l’ancien directeur de cabinet du cardinal, Pierre Durieux, Régine Maire, chargée de la cellule d’écoute des victimes de prêtres dans le diocèse ; et le vicaire épiscopal Xavier Grillon, qui fut le supérieur hiérarchique direct du père Preynat.

Qu’attendre de l’audience de mardi ? Il s’agit d’une première étape. L’audience qui se déroulera ce mardi après-midi est purement formelle. Elle oblige les parties civiles (les victimes) à verser une consignation afin de garantir d’éventuels frais de procédure. En résumé, il s’agira de déterminer le montant de la somme que les plaignants pourraient verser s’ils sont condamnés à une amende, dans le cas où la justice estimerait que leur démarche est abusive. Le procès sera renvoyé à une date ultérieure, qui devrait être également choisie lors de l’audience. Et cette fois, le fond de l’affaire sera abordé.