#20MINUIT. Comment Lyon l'endormie est devenue une ville de noctambules

VIE NOCTURNE La Capitale des Gaules a été élue en 2015, LA « ville nocturne de l’année », adoubée par les professionnels du secteur…

Caroline Girardon
Laurent Garnier est venu douze fois aux Nuits Sonores de Lyon.
Laurent Garnier est venu douze fois aux Nuits Sonores de Lyon. — Brice Robert
  • Longtemps considérée comme une ville frileuse, Lyon a changé d’image pour devenir en quinze ans une cité incontournable des noctambules.
  • Elle a été élue par les professionnels du secteur, la première « ville nocturne » de France en 2015.

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation liés à la nuit.

Lyon est-elle une ville de noctambules ? « Assurément » si l’on en croit Thierry Fontaine, le président de l’Umih-Nuit à Lyon, l’union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie. Et de trancher : « Il faut arrêter de dire qu’il n’y a rien à faire. C’est faux. »

La capitale des Gaules qui jouissait d’une réputation de « ville endormie » ou de cité bourgeoise frileuse a su progressivement casser son image pour devenir une métropole tendance où il fait bon sortir. La preuve : elle a déroché en 2015 le titre de LA « ville nocturne » en France, selon un classement établi par les professionnels du secteur.

Une révolution qui s’est faite en quinze ans

Recensant 276 établissements de nuit, 40 discothèques et 231 pubs, Lyon a totalement changé de visage en l’espace de quinze ans. Non pas que le nombre de lieux où sortir ait réellement pullulé. Il s’agit plutôt d’une évolution de la qualité et de la diversité de l’offre proposée.

« Auparavant, la vie nocturne n’était pas assez dynamique. Elle était très cachée, très communautaire. On était dans le schéma classique des boîtes de nuit traditionnelles où il fallait payer son entrée donnant lieu à une boisson gratuite », se remémore Pierre-Marie Oullion, le directeur artistique d’Arty-Farty, association qui gère le développement et la promotion des cultures indépendantes.

Nuits Sonores, l’élément déclencheur

« Depuis, il y a eu une véritable explosion. L’arrivée de nombreux étudiants étrangers, qui avaient des habitudes différentes, a changé la donne et crée une ouverture de la demande », ajoute-t-il. Mais pas seulement. « L’élément déclencheur est la création du festival de musiques électroniques Nuits Sonores en 2003. Ensuite, les gens sont venus de partout pour y assister. La ville en a mesuré les bienfaits », complète Thierry Fontaine.

« Il y a quinze ans, Lyon n’existait pas. Elle se résumait au tunnel de Fourvière, aux quais Perrache qui ne donnaient pas envie d’y passer du temps. Le festival a permis de lui donner l’image d’une ville jeune et festive », précise-t-il. En résumé, il fallait simplement oser proposer quelque chose de différent.

«Nuits sonores, c’était au début un laboratoire, une expérience qui devait être unique dans l’année. C’était l’occasion de transformer la ville pendant une semaine. Finalement, l’événement a donné confiance à de jeunes collectifs qui se sont lancés à leur tour. Ils ont pris conscience de l’attente du public », poursuit Pierre-Marie Oullion.

Casser les codes

Les « open air » (soirée ou événements en plein air), « inimaginables il y a 15 ans », ont commencé à germer dans toute la ville. Les « afterwork » sont devenus légions. Les « vieux codes » du clubbing, « très clivants pour les communautés », ont été cassés. Finis les costumes de soirée, les lieux fermés, les entrées payantes. Les jeans, les baskets et les tee-shirts ont pris le pas. La cool attitude a supplanté le chic.

« Au Sucre, il n’y a pas de sélection à l’entrée. On peut venir en tongs ou baskets et la programmation est de qualité », constate Pierre-Marie Oullion. Les musiques underground, électro ou indé se sont démocratisées, totalement décomplexées.

Une ville décomplexée

Mais cette transformation spectaculaire de la Capitale des Gaules ne peut pas être dissociée de sa dimension européenne, selon les observateurs. « Lyon ne se présente plus comme une ville de province. Elle joue la carte Europe à fond même si elle n’a pas le même rayonnement que Barcelone ou que certaines capitales. Elle n’hésite pas. Résultat, elle est devenue une place reconnue pour les artistes, notamment ceux qui viennent de l’électro », constate Pierre-Marie Oullion. Quant aux professionnels de la vie nocturne, ils ont bien compris l’intérêt de s’unir et de communiquer conjointement pour véhiculer l’image d’une ville qui bouge. Ce qui lui réussit.

Car le succès grandissant de la ville est aussi dû à ses « nuits propres ». « Tout le monde prend exemple sur Berlin ou Barcelone mais ils ne savent plus gérer leurs nuits. C’est devenu un cauchemar pour les élus », explique Thierry Fontaine. « Ils ont dévissé. Ils n’ont pas su ce qui leur arrivait et depuis, ils ont été complètement dépassés. Ils en sont revenus des fêtards ».

Du changement sous l’ère Collomb

Contrairement à ces deux villes où l’activité nocturne, totalement débridée, est devenue invivable pour les habitants, Lyon a réussi à trouver un équilibre entre les riverains et les professionnels de la nuit. « L’administration de Gérard Collomb a été efficace », admet Thierry Fontaine.

Une charte pour la qualité de la nuit a été ainsi été édictée sous l’égide de la ville et de la préfecture du Rhône. En 2016, 145 établissements l’avaient signé où ils s’engageaient à respecter le voisinage, à limiter les nuisances ou encore à lutter contre la consommation excessive d’alcool ou de drogue. « Face à l’alcoolisation massive des jeunes et à la consommation de drogues, le monde de la nuit n’est pas suffisamment armé », déplore Pierre-Marie Oullion, demandant plus de moyens.

Une cellule de veille a également été mise en place pour étudier les doléances des riverains, traitant ainsi chaque dossier. « Un vrai boulot de titan mais on ne peut pas développer une nuit de qualité sans respecter les voisins », conclut Thierry Fontaine.