«Plan migrants»: Les mesures annoncées sont-elles suffisantes?

SOCIETE Le « plan migrants » a été présenté ce mercredi par le gouvernement…

Caroline Girardon
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Plus de 2.8000 migrants et réfugiés avaient trouvé refuge porte de la chapelle dans des abris de fortune.
Plus de 2.8000 migrants et réfugiés avaient trouvé refuge porte de la chapelle dans des abris de fortune. — Eric FEFERBERG/AFP
  • Le gouvernement a présenté mercredi le «Plan migrants»
  • Nous avons demandé à l'association Forum Réfugiés de juger les mesures annoncées

Un équilibre entre l’accueil des réfugiés et la fermeté migratoire. Voilà les ambitions affichées du « Plan migrants », qui a été dévoilé par le gouvernement ce mercredi. Première annonce : 12.500 places d’hébergements pour les demandeurs d’asile doivent être créées d’ici à 2019. A commencer par 4.000 dès l’année prochaine.

« Nous ne sommes pas à la hauteur de ce que doit être la France » dans la façon « dont nous mettons en place des moyens pour accueillir les demandeurs d’asile et des réfugiés », indique Edouard Philippe, le Premier ministre.



Y a-t-il assez de places prévues ? Pour l’association Forum Réfugiés qui « salue les efforts » entrepris, ce nombre reste néanmoins en deçà de ce qu’il faudrait réellement. « Aujourd’hui, on estime à 100.000 le nombre de personnes qui ont déposé une demande d’asile en France. On a 55.000 places d’hébergement », relève Jean-François Ploquin, directeur de l’association. Et d’ajouter : « Ce sont de bonnes mesures, il ne s’agit pas d’hébergement au rabais mais chacun sait que ces nouvelles places ne seront pas suffisantes ».

Autre point souligné par l’association qui plaide pour un système d’asile qui s’inscrive dans la durée : l’optimisation de l’utilisation du parc d’hébergement. Eviter par exemple que seulement 5 % des places soient vacantes ou que 10 % d’entre elles ne soient occupées par des personnes qui n’ont pas à en bénéficier.

Que faut-il changer ? « Il faut arrêter de tout penser depuis Paris », répond Jean-François Ploquin. Et de poursuivre : « A Lyon, il y a actuellement 3.000 demandeurs d’asile dont 800 pour lesquels il n’y a pas de solution d’hébergement faute de places disponibles ou suffisantes. 3.000, c’est autant de gens qui se trouvaient porte de la Chapelle. On ne peut pas faire comme si cela n’existait pas. On ne peut pas raisonner en en pensant qu’à Paris et en considérant qu’il y a un désert ailleurs en France ».

Quelles autres solutions ? Selon Forum Réfugiés, la création de centres d’accueil sur l’ensemble du territoire permettrait de répondre efficacement à la question migratoire. « Quand les demandeurs d’asile ou réfugiés arrivent en France, ils vont sur Paris avant qu’on leur indique de se rendre ensuite à Mulhouse ou Lyon. On a fini par créer une pompe aspirante à Paris. Il est absolument nécessaire de déconcentrer le système de Paris », note Jean-François Ploquin.

Y a-t-il davantage de réfugiés qui viennent en France ? Assurément oui. « C’est cyclique, on observe toujours des périodes de forte augmentation et d’autres plus creuses. Depuis 2007-2008, on avait déjà enregistré une forte augmentation du nombre de demandes d’asiles. L’augmentation était progressive mais là, avec les crises malienne est syrienne, les demandes explosent », affirme Jean-François Ploquin.

7.000 demandes (dont 1.400 pour des mineurs) ont été formulées en France pour le seul mois de mai. Et 35.000 lors des quatre premiers mois de l’année. Des chiffres comparables au dernier pic migratoire, enregistré au début des années 2000. « L’Afghanistan et la Syrie ont aujourd’hui les plus gros contingents de réfugiés, complète Jean-François Ploquin. Tant que les grands conflits ne cesseront pas, on restera sur les mêmes volumes ».