Chocs toxiques liés aux règles: Risques, causes et prévention... Le point sur ce que nous apprend la nouvelle étude menée à Lyon

SANTE Le centre national de référence des staphylocoques a publié cette semaine les premiers résultats d’une étude menée sur les chocs toxiques liés aux règles. On refait le point…

Caroline Girardon

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Une femme souffrant de règles douloureuses.
Une femme souffrant de règles douloureuses. — Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA
  • Le centre national de référence des staphylocoques a publié cette semaine les premiers résultats d’une étude menée sur les chocs toxiques liés aux règles.
  • On n’en sait guère plus sur la cause de cette infection, les tampons hygiéniques ne semblant pas être finalement incriminés par les chercheurs

Le centre national de références des staphylocoques, basé à Lyon, a publié cette semaine, les premiers résultats d’une étude sur les chocs toxiques liés aux règles. Elle a collecté pour cela plus de 700 tampons hygiéniques usagés afin de savoir s’il existe un lien avec cette infection. Le point en quelques questions-réponses.

Qui est touché par cette infection ? Si 30 % de la population est porteuse d’un staphylocoque doré, sans même le savoir et sans que cela ait d’incidence sur la santé, 4 % des femmes en ont dans la flore vaginale. Pour quelles raisons ? Les scientifiques n’ont pas de réponse là-dessus. En tout cas, la présence de ce staphylocoque n’est pas liée à un manque d’hygiène.

« La plupart de ces femmes-là sont en parfaite santé malgré tout et n’auront jamais de chocs toxiques. 90 % d’entre elles ont des anticorps qui permettent de lutter contre les mauvaises toxines produites par le staphylocoque présent dans leur vagin », détaille le professeur Gérard Lina. Les autres, c’est-à-dire moins d’1 % (toutes femmes confondues) n’ont pas cette chance. Ce qui représente entre 1 femme sur 100.000 et 1 femme sur 1 million selon les médecins.

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La maladie est-elle en recrudescence ? Le nombre de cas recensés en France a fortement augmenté dans les années 2000, passant de 5 en 2004 à 19, sept ans plus tard et à 22 en 2014. Depuis, il s’est stabilisé autour de 20 cas chaque année. Des chiffres à analyser avec prudence.

« Cette hausse s’explique par la notoriété grandissante du centre et non par une réelle recrudescence de cas », précise le professeur François Vandenesch. En résumé, l’infection est de mieux en mieux diagnostiquée chez les patientes. La maladie n’est « pas en pleine croissance exponentielle » et ne « constitue pas de fait une menace sanitaire ».

Les tampons provoquent-ils les chocs toxiques ? S’il a été prouvé que les tampons Rely, retirés du marché dans les années 80, simulaient la production de mauvaises toxines déclenchant le choc toxique, cela ne serait plus le cas aujourd’hui. Les chercheurs du centre lyonnais, qui ont testé les marques les plus utilisées et tenté de reproduire les conditions de culture se rapprochant le plus de l’intérieur du vagin (avec peu d’oxygène), sont formels sur ce point.

« Aucune des protections testées ne favorise la croissance et la production de toxines. Certains tampons ont même un effet protecteur », affirme Gérard Lina. Les graphiques de l’étude soulignent en revanche les risques liés aux coupes menstruelles. Elles permettent une arrivée d’air plus importante, donc d’oxygène, « ce qui favorise davantage la croissance du staphylocoque et la production de toxines ».

« Cela ne veut pas dire non plus qu’elles sont dangereuses. Pas plus que les tampons en réalité », rectifie le professeur Lina, conscient de l’ambiguïté des graphiques. Le choc toxique résulterait donc d’un « défaut d’information des utilisatrices », selon les deux chercheurs.

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Quelles mesures à prendre ? Bien que les chercheurs n’expliquent pas l’infection par un manque d’hygiène, ils recommandent de changer de tampons ou de coupes toutes les quatre à six heures maximum et de les enlever la nuit. « Quand on les utilise correctement, le risque est moindre, mais pas de zéro », souligne néanmoins Gérard Lina.

Par qui est financée cette étude ? Si les théories du complot ont rapidement fleuri sur le Web, le centre a tenu à préciser que l’étude était financée par l’Ecofect, laboratoire de l’université Lyon1 qui travaille sur les dynamiques éco-évolutives des maladies infectieuses, qui a apporté 60.000 euros en trois ans, et par la fondation Finovi qui a injecté 80.000 euros sur deux ans. « Il s’agit d’argent public. En aucun cas l’étude n’a été financée par des fabriquants ou vendeurs de tampons ou de coupes », tranche Gérard Lina.