OL: Pourquoi ce n'est pas si insensé que ça de croire à un retour en grâce de Clément Grenier

FOOTBALL De nombreux supporters lyonnais considèrent Clément Grenier cramé depuis bien longtemps. Mais le milieu de terrain, qui revient d’un prêt à l’AS Roma, n’a que 26 ans…

Jérémy Laugier

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Souviens-toi l'été... 2013, lorsque Clément Grenier faisait partie des valeurs montantes de l'OL et même des Bleus. Ce n'était qu'il y a quatre ans, dans le fond...
Souviens-toi l'été... 2013, lorsque Clément Grenier faisait partie des valeurs montantes de l'OL et même des Bleus. Ce n'était qu'il y a quatre ans, dans le fond... — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Relégué au bout du banc de l’OL par Bruno Genesio la saison passée, Clément Grenier change forcément de statut après les départs de Corentin Tolisso et de Maxime Gonalons
  • « 20 Minutes » n’en mettrait certes pas sa main à couper, mais le milieu lyonnais de 26 ans a peut-être (enfin) la possibilité de nous surprendre pour sa dernière année de contrat dans son club formateur

Les plus récents supporters de l’OL, tombés sous le charme de la doublette Lacazette-Fekir lors de la belle année 2014-2015 du club (2e en L1), ignorent peut-être tout de la première vie sportive de Clément Grenier. C’est simple, le milieu lyonnais s’était montré bien plus décisif en 2013-2014 (7 buts et 8 passes décisives, comme en 2012-2013) que lors des trois saisons suivantes cumulées (3 buts et 6 passes décisives). Ses interminables pépins aux adducteurs (pubalgie, staphylocoque doré, rupture totale…) l’ont privé de la Coupe du monde en 2014 au Brésil (si si, il était bien dans la sélection de Didier Deschamps il y a trois ans) et surtout d’une véritable carrière au plus haut niveau.

Car après n’avoir disputé que l’équivalent de 18 matchs complets avec l’OL depuis l’été 2014, Clément Grenier est revenu cette semaine dans son club formateur par la (toute) petite porte. A savoir après un prêt quelconque de quatre mois à l’AS Roma (1 seule passe décisive en 7 apparitions), qui n’a pas souhaité lever une option d’achat de moins de 5 millions d’euros. A 26 ans et désormais à une année de la fin de son contrat à Lyon, pourquoi parviendrait-il à relancer une carrière en chute libre et à faire mentir des supporters de plus en plus sceptiques ?

Parce que l’OL a cette fois besoin de lui. Malgré les départs majeurs de Corentin Tolisso et Maxime Gonalons, Jean-Michel Aulas répète chaque semaine que l’OL n’a pas de besoins particuliers au milieu du terrain. Dès l’annonce du transfert colossal du premier au Bayern Munich, le club a souligné dans son communiqué qu’il serait « numériquement remplacé par l’international Clément Grenier ». Et s’il ne s’agissait pas que d’un troll de JMA ?

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N’ayant plus à l’instant T comme autres recours au milieu que Tousart, Darder, Ferri, voire les jeunes Kemen et Martins-Perreira, Bruno Genesio a lui aussi assuré qu’il comptait sur Clément Grenier : « Il n’y a aucun problème entre lui et moi. C’est un joueur talentueux, international [5 sélections] et qui a besoin de confiance ». L’entraîneur lyonnais a mis le doigt sur la principale fragilité de son joueur, qui s’est parfois plaint du « manque de soutien » de son club.

« Au centre de formation, Clément était déjà un écorché vif, se souvient Morgan Ancian, qui l’a côtoyé au sein de la génération 1991. Il a toujours eu besoin de se sentir aimé pour bien s’exprimer dans un groupe. Selon moi, l’OL n’a pas été hyper réglo la saison passée avant son prêt. Cette fois, il est dos au mur et il faudra vraiment que le club lui montre qu’il compte sur lui. »

Parce que son talent n’était quand même pas quelconque. Empruntez la DeLorean d’Emmett Brown et programmez-la donc au 19 avril 2013, vous ne le regretterez pas. A la Mosson, Clément Grenier signe ce soir-là le but de la victoire dans les arrêts de jeu grâce à une demi-volée sublime du gauche (1-2). Un mois plus tard, le milieu lyonnais remet ça avec des coups francs « juninhesques » lors de deux matchs tout aussi cruciaux dans la course à la Ligue des champions, à Nice (1-1) et contre Rennes (2-0). A seulement 22 ans, il porte officiellement l’OL de Rémi Garde sur ses épaules. ​

​« A ce moment-là, la presse et le monde du foot se sont vraiment enflammés en le comparant à Gourcuff ou Juninho, estime Sébastien Faure, défenseur ayant bien connu Clément Grenier durant toute sa formation à Lyon. On en a sans doute trop fait autour de lui et ça a pu lui porter préjudice. Mais si je dois par exemple comparer Tolisso et Grenier, il n’y a pour moi pas photo. En sept saisons à l’OL, je n’en ai pas vu beaucoup avec la vision de jeu et la technique de Clément. Et le talent ne peut pas disparaître. » Après une mystérieuse sieste d’environ trois ans, il est donc prêt à revenir hanter les gardiens de Ligue 1.

Parce que ce break était peut-être nécessaire. Le raisonnement peut surprendre concernant un joueur n’ayant connu que trois saisons professionnelles à plus de 30 matchs lorsque la lose l’a saisi, à seulement 23 ans. « Mais Clément a grandi tout seul en quittant le cocon familial [en Ardèche] dès l’âge de 11 ans pour rejoindre l’OL, précise Morgan Ancian, actuellement défenseur à Ain Sud (CFA 2). Comme il a vite été surclassé en étant extrêmement mature, il s’est entraîné huit à neuf fois par semaine et il faut y ajouter tous les matchs avec les sélections en plus du championnat. »

Autant de sacrifices durant toute son adolescence, comme beaucoup d’autres joueurs professionnels, qui peuvent expliquer une hygiène de vie si souvent remise en cause depuis trois ans. Morgan Ancian poursuit son explication : « Tout est arrivé très vite pour Clément dans le foot, bien plus que pour Alexandre Lacazette [lui aussi de la génération 91]. Donc quand il a rencontré ses premiers problèmes, il n’a pas dû trop comprendre ce qui lui arrivait. Et puis il a peut-être eu besoin de profiter davantage de la vie durant ses blessures pour rattraper le temps des sacrifices. »

Un « goût de la fête » que ne nie pas vraiment Sébastien Faure : « Il a peut-être fait quelques conneries mais Clément n’a jamais mis de côté le football ». Les conditions semblent réunies pour qu’il s’y replonge pleinement afin d’écrire son chapitre le plus improbable à l’OL.