Lyon: Ecoutez, il n'y a rien à voir

CULTURE «20 Minutes» a assisté à un concert dans le noir complet, proposé par un collectif...

Pierre Cloix

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Après le concert, le collectif Nuits Noires proposait un repas pour le public
Après le concert, le collectif Nuits Noires proposait un repas pour le public — Pierre Cloix
  • Le collectif lyonnais Nuits noires propose des concerts dans l’obscurité la plus totale
  • Avant d’arriver sur place, personne ne connaît le genre de musique qui sera joué
  • 20 Minutes a testé le concept

Un concert sans la moindre lumière, sans savoir si vous aurez droit à du classique, de la folk ou de l’électro. Pas de téléphone ni aucun autre parasite. De la musique et seulement de la musique. Ce concept a été créé par le collectif lyonnais Nuits Noires. Leur slogan. « Ouvrez grand vos oreilles », n’a jamais été aussi adéquat car mis à part l’ouïe, tous les autres sens sont atrophiés.

20 Minutes s’est rendu à la quatrième édition de ces Nuits Noires à l’atelier de la Food Factory rue Rast-Maupas (Lyon 1er).

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Une immersion totale

Avant d’entrer dans la salle, le public de curieux s’interroge. Personne ne sait alors ce qu’il va découvrir pendant l’heure et demie à venir. Les spectateurs sont invités à rentrer par groupe de cinq, en se tenant la main et en fermant les yeux. Guidé par les organisateurs, chacun s’assoit par terre sur un petit coussin. Le silence se fait et on essaye de regarder autour de soi. Réflexe bien futile puisque l’obscurité est totale.

C’est alors que débute le concert. Dès les premières notes, la prise de conscience est totale. Il ne s’agira pas d’un spectacle comme les autres. Les voix des deux chanteuses de ForeveRose en première partie se prêtent parfaitement à l’atmosphère ambiante. Les chants doux-amers et les rythmes de la batterie offrent une expérience étrange, presque mystique. Quelque part entre la pop et l’électro, le duo prend le public par la main et l’emmène dans une ballade très personnelle.

Prouesse des artistes

Sans être égoïste, l’expérience proposée par Nuits Noires est pourtant extrêmement individuelle. Sans notion de proximité avec les autres spectateurs, sans repères visuels qui permettraient d’identifier d’où provient la musique, on se prend à imaginer, à laisser divaguer ses pensées. Si au départ les réflexes veulent que chacun tente de tourner vers la tête vers la « scène », très vite ce paramètre se révèle inutile puisqu’il n’y a rien à voir, mais tout à entendre.

Si l’expérience est nouvelle pour le public, elle l’est aussi pour les artistes. « C’est totalement différent de ce à quoi on peut être habitué. L’obscurité agrandit l’espace et c’est presque plus impressionnant qu’une salle pleine car on n’a pas la moindre idée du nombre de personnes en face de nous, on ne voit pas leurs expressions », explique la tête d’affiche, Seth XVI.

Et pourtant, c’est un nouveau lien qui se crée. « C’est vraiment la musique qui fait le liant, sans savoir le nombre, il y a une proximité inédite avec ceux qui écoutent ».

Et dans la musique de Seth XVI, il y en a des choses à écouter. Chanteur et guitariste, l’artiste utilise également un « looper » (outil qui permet de faire des boucles musicales) et des pads (touches sensitives qui lancent un son préenregistré). Si bien qu’on a l’impression qu’il construit le morceau juste pour le public, avec énormément de matériel à gérer et quelques gommettes phosphorescentes comme seule aide (invisibles pour l’audience). Une prouesse technique sublimée par l’absence de lumière. Rajoutez à cela des textes (en anglais) qui mélangent ruptures amoureuses, espoirs et mélancolies, et vous en avez pour près d’une heure d’introspection musicale.

« Transcendant »

Sortir de la salle et voir la lumière du jour une fois le concert terminé, c’est comme se réveiller d’un sommeil plein de rêves. Encore groggy, le public commence à discuter de ce qu’il vient de vivre. Tous semblent conquis par l’expérience. « L’absence de lumière développe les autres sens » déclare ainsi Brigitte, 60 ans. « Je me suis même lâchée et j’ai un peu dansé », ajoute-t-elle. Pour Sophie, 23 ans, c’est encore plus fort. « C’est une expérience hors du commun, on est vraiment immergé dans le moment. En plus il n’y a pas les téléphones qui viennent parasiter le concert. C’est tout pour la musique ». Léopold, 23 ans, résume sa pensée en une phrase. « Ça a quelque chose de transcendant ».

Après le concert, les organisateurs invitent le public à manger un morceau et à boire quelque chose. Elodie et Jérémie sont d’ailleurs ravis du succès de leur 4ème édition. Le pari de la musique électro a fonctionné. « Beaucoup de genres musicaux se prêtent à l’obscurité », explique la jeune femme. Par le passé, les participants avaient pu écouter de la folk ou encore un duo de classique. Cette fois, ils avaient misé sur des sonorités plus actuelles, ce qui représentait pour eux un autre genre de défi, plus technique. L’objectif reste toutefois toujours le même. « Proposer une immersion sonore », selon Elodie.

Logo de Nuits Noires
Logo de Nuits Noires - Pierre Cloix

Ce concept, ils comptent maintenant l’exporter. La prochaine « Nuit Noire » aura lieu en septembre à Lyon, avant de prendre la route de Paris, puis celle de Berlin.