Lyon: Les investigations pour résoudre un «cold case» de 35 ans échouent

ENQUÊTE Les recherches menées dans une cave n'ont pas permis de retrouver le corps de Nathalie, disparue en 1982...

Elisa Frisullo

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Les investigations menées jeudi par de techniciens de la police scientifique et des enquêteurs de la police judiciaire n'ont rien donné. Illustration.
Les investigations menées jeudi par de techniciens de la police scientifique et des enquêteurs de la police judiciaire n'ont rien donné. Illustration. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

C'était l'opération «de la dernière chance» pour résoudre un «cold case» de 35 ans. Mais jeudi, les investigations menées par deux experts de la gendarmerie dans une cave du Vieux Lyon n'ont pas permis de retrouver le corps de Nathalie Mazot, disparue en 1982 à l'âge de 14 ans.

«On n'a rien trouvé! Tout ce qui est raisonnable a été fait. On est vraiment en bout de course et on va clore le dossier», a déclaré, à sa sortie du lieu, le juge d'instruction Patrick Auduge, qui a repris l'affaire en 2016.

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Sonder les murs

C'est lui qui, deux ans après une décision de justice relançant l'enquête, a mandaté deux experts de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), pour sonder les murs d'une cave de ce qui fut jadis un bar louche, comme le réclamaient la mère de Nathalie et son ancienne avocate.

A 79 ans, Yolande Guyot était convaincue que sa cadette, alors placée dans un foyer de Bron (banlieue de Lyon), avait été «kidnappée, violée, martyrisée et enterrée» dans cette cave, murée depuis.

Elle en voulait pour preuve les confidences, à l'époque, d'un client du bar à l'une des soeurs de la disparue, mettant en cause le patron de l'établissement à la réputation sulfureuse, aujourd'hui retraité.

Le 30 juin 2015, la cour d'appel de Lyon avait infirmé le refus, six mois plus tôt, de la juge d'instruction d'alors de reprendre des recherches partiellement menées en 2009 dans cette cave. La cour a estimé qu'«il faut le faire par rapport à la détresse d'une mère. Il faut laisser une dernière chance», avait souligné le magistrat.

Pas d'anomalie dans le mur

A deux reprises en 2009, les enquêteurs de la police judiciaire étaient descendus dans la cave. Ils étaient tombés sur un tunnel de deux mètres fermé par un mur en moellons, qu'ils avaient percé de deux trous de 15x15 centimètres pour découvrir des gravats. Mais ils en étaient restés là.

Arrivés de Pontoise (Val-d'Oise) dès 14 heures, en compagnie du juge, de techniciens de la police scientifique et d'enquêteurs de la police judiciaire, ces deux experts équipés d'un géoradar GPR («ground penetrating radar») ont sondé pendant plus d'une heure 5 mètres carrés de caves sur deux niveaux, ainsi qu'un ancien puits et une dalle en béton, à la recherche «d'anomalies électromagnétiques dans l'épaisseur du béton» qui signeraient la présence d'un corps.

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Deux maçons, également mandatés, ont «un peu cassé un carré de béton au mur, mais sans succès», a détaillé M. Auduge. «On peut exclure qu'il y ait la moindre anomalie» et «on va clore le dossier» sitôt reçu le «rapport d'expertise», a-t-il conclu.

Jusqu'au bout, Yolande Guyot avait «gardé espoir» qu'on retrouve le corps de sa fille «grâce aux progrès de la science». Anxieuse dans l'attente de nouvelles, la septuagénaire au visage creusé par les chagrins a semblé abattue par cette annonce. «C'est fini pour moi. Je ne continuerai pas car je n'ai aucune piste», a-t-elle dit, des sanglots dans la voix. Elle a quand même tenu à remercier la justice d'avoir été jusqu'au bout.

L'enquête rouverte en 2008

Nathalie Mazot avait disparu le 6 novembre 1982 entre Bron et le quartier Saint-Paul de Lyon, où vivait sa soeur Évelyne, 19 ans, qu'elle adorait et chez qui elle devait passer le week-end. Employée brièvement comme hôtesse dans un bar de nuit, Évelyne se suicidait deux mois plus tard d'une balle dans la tête, laissant un mot demandant pardon. Mais aucune explication concernant Nathalie. L'affaire en restait là, jusqu'à la réouverture de l'enquête fin 2008.

Encouragée par l'Association des parents d'enfants victimes (Apev), Yolande Guyot a alors porté plainte pour «enlèvement et séquestration» avec constitution de partie civile, entraînant l'ouverture d'une information judiciaire. Mais entre-temps, le dossier avait été détruit.