Lyon: «Il reste toujours plus difficile pour une fille de faire ses preuves dans la BD»

CULTURE L’univers de la bande dessinée reste majoritairement masculin même si les mentalités ont évolué progressivement…

Floriane Riquelme

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Marie Avril, dessinatrice et illustratrice lyonnaise
Marie Avril, dessinatrice et illustratrice lyonnaise — Haaku photographie
  • En France, les auteurs BD comptent seulement 12 % de femmes mais la situation évolue petit à petit
  • Regards croisés de trois auteures lyonnaises à l’occasion du festival de la bande dessinée de Lyon qui se déroule les 10 et 11 juin

Auteur, éditeur, scénariste : des postes occupées majoritairement par des hommes. L’univers de la bande dessinée, qui recense 88 % d’auteurs masculins, se féminise pourtant progressivement. A la veille du Lyon BD Festival, qui se déroule samedi et dimanche, 20 Minutes a rencontré Marie Avril, Marion Cluzel et Daphné Collignon, trois dessinatrices lyonnaises qui ont réussi à percer dans l’univers très masculin de la bande dessinée.

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« Vous êtes coloriste ? » « Illustratrice pour enfants ? » ou « Femme du dessinateur qui est à côté de vous ? ». Daphné Collignon et Marie Avril, sorties de l’écoleEmile Cohl en 1997 et 2009, ont toutes les deux, eu affaire à ce genre de questions lors de festivals consacrés à la bande dessinée. Pourtant, les deux Lyonnaises y tenaient le haut de l’affiche, invitées pour leurs albums.

Encore des clichés

Dans l’univers de la bande dessinée, les clichés persistent. Petites remarques flatteuses sur le physique, attitudes paternalistes des éditeurs ou de leurs collègues masculins, rien de bien méchant, selon elles. « La femme auteure est toujours perçue d’une certaine façon à cause de son physique, ce qui n’est pas le cas de son égal masculin », constate Marion Cluzel qui a intégré le milieu de la BD il y a 4 ans.

Dans les allées des salons, les deux dessinatrices ont parfois croisé des hommes étonnés de voir une femme avoir réalisé un album entier. « Je ne pense pas que ça soit vraiment sexiste. C’est simplement le manque d’habitude de voir des femmes dans le métier qui évolue », réagit Daphné, prenant ces genres de réflexions avec humour.

Des désagréments mais pas d’inégalités 

Malgré ces désagréments les trois auteures assurent que finalement elles n’ont pas été victimes d’inégalités dans leur carrière. « Je n’ai ressenti aucune différence pour décrocher un contrat », raconte Marie Avril. « Je ne pense pas qu’être un homme aurait fait beaucoup de différence que ce soit au niveau du salaire ou de mon traitement. J’ai toujours fait en sorte de travailler avec des personnes bienveillantes », abonde Marion Cluzel.

« Etre une femme a été un avantage », admet Daphné Collignon qui travaille dans l’univers de la BD depuis 13 ans. « Je suis arrivée à l’époque où il y avait une réelle volonté de parité, ce qui m’a donné les bonnes conditions pour produire plusieurs bandes dessinées ».

« Les éditeurs n’ont plus d’a priori lorsqu’ils voient arriver une jeune auteure car il y a eu un travail de défrichage », poursuit-elle avant de nuancer : « Même si cela reste toujours plus difficile pour une fille de faire ses preuves ».

Ce « travail de défrichage », Marie Avril compte le poursuivre au quotidien. La jeune femme qui enseigne également à Bellecour école, entend « casser tous les clichés contre lesquels [elle] se bat » auprès des plus jeunes. « La tolérance qu’on attend passe avant tout par l’éducation », conclut-elle.