Braquage record en Suisse: Les coulisses d'une arrestation exceptionnelle menée par la PJ de Lyon

ENQUÊTE Sept individus ont été interpellés quatre heures après les faits. Les enquêteurs les surveillaient depuis presque un an...

Caroline Girardon

— 

La PJ de Lyon a mis la main sur 40 millions de francs suisses, volés la semaine dernière en Suisse. Lancer le diaporama
La PJ de Lyon a mis la main sur 40 millions de francs suisses, volés la semaine dernière en Suisse. — PJ de Lyon
  • Sept hommes, âgés de 32 à 50 ans, ont été arrêtés la semaine dernière en Haute-Savoie après avoir braqué un fourgon en Suisse, contenant près de 35 millions d'euros
  • La police lyonnaise les surveillait depuis le mois d'août

C’est l’histoire d’un braquage record en Suisse. Un hold-up quasi parfait. Un casse qui aurait pu être exceptionnel si la PJ lyonnaise n’était pas parvenue à arrêter ses auteurs en moins de quatre heures, c’est-à-dire avant même qu’ils ne puissent palper les billets dérobés.

Le 24 mai, les agents de la BRI de Lyon ont interpellé au petit matin sur la commune de Chavanod, en Haute-Savoie, sept hommes, soupçonnés d’avoir braqué sur une autoroute en Suisse, un fourgon blindé de la société Loomis contenant l’équivalent de 35 millions d’euros. Un coup minutieusement préparé et exécuté en à peine 20 minutes. Un coup qui aurait pu faire date mais qui a finalement fait pschitt. Retour sur une arrestation tout aussi exceptionnelle en matière de banditisme.

Surveillés depuis neuf mois

L’histoire remonte au mois d’août 2016. A cette époque, la police lyonnaise s’intéresse de près à deux trentenaires, originaires de la région. Deux lascars au casier judiciaire déjà bien chargé, condamnés dans le passé à des peines de quatre et sept ans de prison pour des vols à main armée en Suisse, notamment des braquages de distributeurs de billets. Les enquêteurs décident alors de surveiller leurs faits et gestes.

En avril dernier, ils passent à la vitesse supérieure et ouvrent une information afin de poursuivre leurs investigations. Ce qui leur permet de repérer les véhicules volés ou faussement immatriculés que les malfrats utilisent et d’identifier les lieux où ils se rendent régulièrement.

« Je ne compte plus le nombre de fois où mes gars ont dû se lever la nuit pour faire la route de nuit entre Lyon et Annecy, souffle Francis Choukroune, le directeur de la PJ de Lyon. Pour rien au final ». Le duo ne passe pas à l’action. Il s’entraîne. Et les équipes, qui flairent le gros coup, reviennent bredouilles. Jusqu’au 23 mai. Le soir où tout bascule. Les deux voitures, géolocalisées dans un box à Annecy, sortent de leur repère vers minuit et prennent la direction de Chavanod, en Haute-Savoie, où elles rejoignent un coquet pavillon.

Une attaque éclair

«  On ne sait pas ce qu’ils ont dans la tête mais on se doute qu’ils vont taper quelque part », raconte Marc Cimamonti, procureur de la République de Lyon. Où précisément ? Les enquêteurs ne le savent pas. Ils constatent juste que les compères se dirigent vers la frontière suisse. Il est presque 3h. Une demi-heure plus tard, les voitures repassent dans l’autre sens après s’être rapidement arrêtées à Divonne-les-Bains.

Pendant ce laps de temps, les braqueurs, munis de gyrophare et faux brassards de policiers, stoppent un fourgon sur l’autoroute A1. Armés de kalachnikov et de fusils-mitrailleurs, ils contraignent les deux convoyeurs de fonds à leur remettre le butin avant de les ligoter et de les enfermer dans les coffres de leurs voitures volées. Ils s’arrêteront à Divonne pour brûler le fourgon et laisser en route leurs otages, toujours attachés. Les policiers lyonnais, eux, ne se doutent encore de rien.

Un véritable commando

«  Quand on alerte nos collègues suisses, on commence à faire le lien. A ce moment-là, ils nous disent qu’un fourgon vient d’être braqué ». La BRI, dans sa quasi-totalité, se rend en urgence à Chavanod. « Si les équipes n’avaient pas été réactives et professionnelles, on n’y serait pas arrivé car il faut comprendre que l’intervention était loin d’être évidente », commente Marc Cimamonti. En face, un véritable commando, armé jusqu’aux dents.

La maison est composée de trois étages. Difficile de donner l’assaut. A 7h, deux hommes sortent de la maison pour transférer des sacs d’un véhicule à l’autre. Les policiers les interpellent sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré. Ils pénètrent à l’intérieur du pavillon et découvrent dans l’une des pièces au garage, cinq autres hommes, âgés de 32 à 50 ans. Tous déjà connus des services de police. Et surtout des monticules de liasses de billets entreposés dans les voitures.

>> A lire aussi : Sept braqueurs écroués après avoir dérobé 40 millions en Suisse

« En 30 ans de carrière, je n’avais jamais vu autant d’argent saisi », souffle Francis Choukroune, avouant ne pas « avoir pu tout compter ». « Il y avait 25 sacs remplis de billets mais aussi quatre lingots d’or de dix kilos chacun et quelques diamants », ajoute-t-il. « C’est vrai qu’on a joué de chance mais il y a eu un gros travail en amont », appuie le procureur de la République.

Les sept braqueurs présumés ont été placés en détention provisoire après 96 heures de garde à vue. Tous ont invoqué le droit au silence, niant leur participation aux faits.