Pédophilie dans l'Eglise: Comment le cardinal Barbarin va finalement se retrouver devant la justice

JUSTICE L’archevêque de Lyon et six autres personnes sont cités à comparaître devant le tribunal correctionnel, par les victimes du père Preynat, pour non-dénonciation…

Caroline Girardon

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Le cardinal Barbarin, achevêque de Lyon, est soupçonné d'avoir couvert des actes pédophiles.
Le cardinal Barbarin, achevêque de Lyon, est soupçonné d'avoir couvert des actes pédophiles. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • Les victimes du père Preynat ont cité le cardinal de Lyon et six autres personnes à comparaître devant le tribunal correctionnel pour non-dénonciation.
  • Elles souhaitent relancer, à travers cette procédure, le débat sur la prescription des faits et l'obligation d'informer les autorités policières ou judiciaires.

Le parquet avait décidé de classer l’affaire sans suite il y a dix mois. C’était mal connaître leur détermination. Difficile pour eux d’apprendre que le cardinal Barbarin ne serait pas poursuivi alors qu’ils lui reprochaient d’avoir protégé pendant des années le père Preynat en ne le dénonçant ni à la justice, ni à la police.

Dix des victimes du prêtre, conseillées par leurs avocats respectifs, ont décidé de rouvrir l’affaire en citant sept personnes à comparaître le 19 septembre devant le tribunal correctionnel de Lyon pour avoir tu les agressions pédophiles au sein du diocèse.

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Le cardinal Barbarin en tête avec six autres de ses proches. « Ce n’est pas l’affaire d’un homme mais d’une institution », précise Nadia Debbache, l’avocate de deux victimes.

Maurice Gardès, ancien archevêque du Roannais, et l’évêque de Nevers Thierry Brac de la Perrière, qui ont exercé dans le diocèse par le passé, ainsi que Luis Ladaria Ferrer, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican, qui avait été consulté sur le cas Preynat, comparaîtront aux côtés de l’archevêque de Lyon.

Tout comme le directeur de cabinet du cardinal, Pierre Durieux, actuellement sur le départ ; Régine Maire, chargée de la cellule d’écoute des victimes de prêtres dans le diocèse ; et le vicaire épiscopal Xavier Grillon, qui fut le supérieur hiérarchique direct du père Preynat.

« Une vraie philosophie du silence »

« Il y a une vraie philosophie du silence. Elle n’est pas propre à l’Eglise, mais elle perdure au sein de nombreuses institutions. L’objectif est de mettre fin à cette mentalité », annonce Emmanuelle Haziza, avocate du barreau de Lyon.

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« Si on remballe le mouvement, qui le fera à notre place ? » s’interroge François Devaux, l’un des fondateurs de La Parole libérée, se défendant de tout acharnement. Dans les rangs des victimes, on ne comprend toujours pas les arguments du procureur de la République, qui a estimé que les faits de non-dénonciation étaient prescrits et qui a écarté la notion de péril imminent puisque les derniers abus imputables au prêtre remonteraient à plus de 25 ans.

« Celui qui sait a le devoir de le dire »

« En résumé, il a considéré que le père Preynat ne représentait plus aucun danger », souffle l’un des défenseurs des victimes. « Si vous laissez un pédophile au contact d’enfants, il continuera d’avoir des pulsions », s’insurge François Devaux pointant l'« irresponsabilité du diocèse de Lyon ». « Celui qui sait a le devoir de le dire. Plus personne ne doit être à l’abri pénalement. »

« Il faut faire en sorte que l’obligation d’informer les autorités s’impose à tous. Plus elle sera forte, plus elle empêchera les auteurs de récidiver », enchaîne Nadia Debbache. « Il est temps de mettre fin à l’impunité des prédateurs sexuels, car il y a aujourd’hui une protection accrue de ces infractions envers des mineurs en situation de faiblesse », appuie Emmanuelle Haziza.

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Le combat n’est pas gagné d’avance. Ils le savent. « Cette citation directe à comparaître doit permettre au tribunal de statuer sur l’obligation d’informer les services juridiques et administratifs », insiste Jean Boudot, avocat du barreau de Marseille. Et de s’interroger sur le point de départ de la prescription : trois ans à partir de la connaissance des faits ? Ou bien trois ans à partir du moment où la justice est informée par un autre biais (dépôt de la première plainte par exemple) ? « Si l’on revoit le délai de prescription, on passe de cinq à soixante victimes », conclut François Devaux.