OL: «Un grand vide»... Les questions majeures entourant les adieux d'Alexandre Lacazette

FOOTBALL Le meilleur joueur lyonnais a sans doute disputé son dernier match au Parc OL, samedi contre Nice (3-3)...

Jérémy Laugier

— 

Alexandre Lacazette a été pris par l'émotion samedi, pour ce qui restera très certainement son dernier match sous le maillot de l'OL. PHILIPPE DESMAZES
Alexandre Lacazette a été pris par l'émotion samedi, pour ce qui restera très certainement son dernier match sous le maillot de l'OL. PHILIPPE DESMAZES — AFP
  • Comme dans un rêve, Alexandre Lacazette s’est débrouillé pour inscrire un doublé synonyme de 100 buts atteints en Ligue 1 avec son club formateur
  • Son départ programmé cet été vers l’Atlético Madrid va entraîner un immense chantier à l’OL

Grâce à lui, même un OL-Nice (3-3) dénué de tout enjeu sportif était animé d’une forme de dramaturgie samedi. Au bout d’une saison laborieuse sur le plan collectif (4e en championnat avec 13 défaites), Alexandre Lacazette est parvenu à inscrire ce fameux doublé lui permettant d’atteindre la barre des 100 buts en Ligue 1 avec son club formateur. Une performance colossale pour un joueur qui fêtera ses 26 ans dans une semaine, et qui n’a pu s’exprimer dans une position axiale que depuis l’été 2013. L’impact de cet ultime match « inoubliable » avant son départ programmé vers l’Atlético Madrid implique quatre questions majeures.

A-t-il soigné sa (plus que probable) dernière sortie sous le maillot lyonnais ?

Et comment ! Pour un peu, on se serait cru revenu en mai 2009, lorsque tout Gerland croisait les doigts en rêvant d’assister au 100e but (toutes compétitions confondues) de Juninho pour ses adieux contre Caen (3-1, dont un penalty de « Juni »). Le passage du scénario rêvé à la (froide) réalité n’est jamais évident, entre la gestion de la dimension émotionnelle et le risque d’être obsédé par la carte personnelle. Alexandre Lacazette avait besoin d’un doublé pour atteindre son objectif.

Il y est parvenu de la plus belle des manières, sans même permettre à ses détracteurs d’y aller de leur 32.795 troll « Penalzette ». Au menu du dernier festin : un contrôle d’anthologie pour mystifier Sarr et Cardinale (2-1, 48e) puis un amour de ballon piqué devant le gardien niçois (3-2, 78e). Le tout sans négliger les clins d’œil. « Cette passe de Coco [Tolisso] sur mon 100e but, c’est un beau symbole, sourit le héros du soir. Ça montre les liens qu’on a créés sur et en dehors du terrain. Et puis ces deux derniers buts ont eu lieu face au grand kop lyonnais et devant ma famille [côté nord]. » Vous avez dit comme dans un film ?

Pourquoi n’a-t-il pas eu droit à un hommage plus dingue du Parc OL ?

Sur ce point, la dernière soirée d’Alexandre Lacazette sous le maillot lyonnais a semblé un peu tristoune, surtout si on a la compare avec les multiples hommages, chants et banderoles dédiés à Juninho en 2009. Mais il y a plusieurs explications à cette fête légèrement gâchée.

  • Les supporters de l’OL étaient avant tout très remontés au moment de faire le bilan d’une nouvelle saison sans titre, avec 21 défaites au total, un derby galvaudé et une irrégularité agaçante. Les deux virages ont préféré livrer leurs coups de gueule en banderoles que de saluer leur joueur vedette.

>> A lire aussi: Pourquoi les supporters ont eu tort de s’en prendre à Alexandre Lacazette, «détruit par les sifflets»

  • Plus globalement, le caractère profondément pudique et réservé d’Alexandre Lacazette n’a jamais fait de lui une icône absolue dans les virages. Côté nord, il s’est surtout fait reprocher cette saison sa sortie médiatique pour évoquer ses envies de départ à l’étranger juste avant le derby. Le Guadeloupéen n’a pas non plus voulu trop en faire en fin de match, planquant parfois son visage pour masquer ses émotions. « J’ai mis le maillot sur ma tête car je n’aime pas montrer cette facette. Je veux laisser l’image d’un Alex souriant, reconnaît-il. Mais le vrai supporter lyonnais sait à quel point je suis attaché au club. »
  • Son départ à l’Atlético Madrid est tout sauf acté, comme l’a rappelé Jean-Michel Aulas après le match. Difficile dans ces conditions pour le club de multiplier les hommages pour un joueur encore sous contrat jusqu’en 2019, et qu’accessoirement l’OL aimerait vraiment garder. De plus, son annonce de départ dans L’Equipe ne datait que de la veille, ce qui n’aide pas pour l’organisation d’un hommage.

Quelle place occupe-t-il dans l’histoire de l’OL ?

On sait qu’il est toujours difficile de comparer les joueurs selon les postes, les époques, le nombre de saisons passées au club… Pour Bruno Genesio, l’un de ses fidèles soutiens de longue date (ce qui est réciproque), « Alex fait partie des plus grands joueurs de l’histoire de l’OL ».

>> A lire aussi : Ils ont vu Alexandre Lacazette « se transformer en boss »

« C’est un joueur sur lequel on n’avait pas forcément misé au départ, rappelle l’entraîneur lyonnais. Il s’est toujours construit dans la difficulté. Il a par exemple signé son premier contrat pro après les autres, et il a donc d’autant plus de mérite. » Lyonnais le plus prolifique de l’histoire sur une saison de Ligue 1 (27 buts en 2014-2015 puis 28 buts cette saison), auteur d’un triplé lors du dernier derby à Gerland et premier buteur au Parc OL, Alexandre Lacazette a à coup sûr laissé une trace indélébile de ses 14 saisons dans son club formateur.

Comment remplacer un tel buteur ?

Voici forcément la question qui fâche. Dans une saison à environ 25 inconnues collectives et individuelles, l’OL a pu s’en remettre à de nombreuses reprises aux coups d’éclat de sa seule véritable valeur sûre. Au sommet de son art cette année, l’attaquant international présente un impact effrayant sur le jeu offensif lyonnais depuis son éclosion définitive en 2014 (après le départ de Bafétimbi Gomis). Accrochez-vous bien, avec 76 buts et 11 passes décisives à son actif, Alexandre Lacazette est impliqué sur quasiment 50 % des buts inscrits en Ligue 1 par l’OL (87 sur 177) lorsqu’il est sur le terrain. « Je les vois bien quand même », a poliment répondu l’intéressé lorsqu’on lui a demandé ce qu’allaient devenir ses coéquipiers sans lui la saison prochaine.

Certains attaquants prometteurs du centre de formation pourraient certes se montrer (Gouiri, Maolida, Dzabana), mais le gouffre existant entre Lacazette et ses remplaçants présumés Maxwel Cornet et Jean-Philippe Mateta en dit long. « Bien sûr, c’est toujours très compliqué de remplacer un très grand joueur », reconnaît Jean-Michel Aulas. « S’il part, ça laissera un grand vide, admet même Bruno Genesio. Mais je crois que le club a déjà montré qu’il arrivait toujours à remplacer des grands joueurs comme Juninho, Karim [Benzema] et Sonny [Anderson]. Il faudra bien travailler cet été. » Mieux qu’au moment de pallier l'an passé le trou béant en défense lié au départ de Samuel Umtiti ?