Lyon: «A la nature mais en ville»… Découvrez la drôle de vie des «pénichards»

DECOUVERTE Une centaine de Lyonnais apprécient particulièrement leur quotidien sur l’eau…  

Jérémy Laugier

— 

Geneviève Brichet vit depuis 33 ans sur le Rhône à bord du Balthazar.
Geneviève Brichet vit depuis 33 ans sur le Rhône à bord du Balthazar. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • De nombreux Lyonnais ont opté depuis de longues années pour cet étonnant « habitat alternatif », sur le Rhône ou sur la Saône
  • Le tarif d’une péniche rénovée dans le centre-ville lyonnais peut désormais atteindre entre 400.000 et 500.000 euros

En 1984, Geneviève Brichet était la toute première Lyonnaise à vivre à bord de sa péniche avec son mari et sa fille, sur cette portion du Rhône devenue prisée, en plein centre-ville. Trente-trois ans plus tard, cette responsable d’une agence de communication désormais à la retraite ne s’est jamais lassée de ce choix de vie si décalé. « Notre habitat alternatif nous permet de vivre à la nature mais en ville, apprécie-t-elle. Le fleuve est un vrai élément de calme. On ne pense pas à demain, on vit un peu comme des canards. » Balthazar présente tout de même plus de 150 m2 habitables totalement aménagés, avec l’électricité, une connexion Internet, et une terrasse assez idyllique.

« Quand nous avons acheté cette péniche de transport sur un coup de cœur, la plupart de nos amis nous ont pris pour des cinglés, jusqu’à ce qu’ils viennent passer une soirée chez nous », sourit celle qui a impulsé ce mois-ci le Collectif les Péniches de Lyon. Celui-ci lutte notamment contre l’explosion de la taxe d’amarrage cette année à Lyon (de 3.400 à 5.000 euros pour Geneviève Brichet).

Geneviève Brichet dispose d'une surface de plus de 150 m2 dans sa péniche du Balthazar.
Geneviève Brichet dispose d'une surface de plus de 150 m2 dans sa péniche du Balthazar. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Il faut soit être bien riche, soit être débrouillard pour s’en sortir »

« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’y a pas que des bobos dans la centaine de péniches situées en ville entre le Rhône et la Saône. On est un grand village, une vraie communauté dans laquelle il y a aussi bien un prothésiste dentaire qu’un gardien de nuit. », précise la propriétaire de Balthazar, qu’elle avait acheté… 60.000 francs [soit 9.000 euros, avant de mettre 75.000 euros dans les travaux] en 1980. Jeff Barras n’a rejoint le monde des « pénichards » qu’en 2003 en réhabilitant le Héry à Confluence.

« Il faut soit être bien riche, soit être débrouillard pour s’en sortir », explique ce professeur de collège de 58 ans. Une équation que confirme l’agent immobilier Laurent Darnis, qui s’est spécialisé en 2014 dans un marché des péniches « en pleine mutation ». Et ce, grâce à l’apparition des berges et du quartier new-look de la Confluence, en plus de la hausse significative des prix de l’immobilier « classique ».

Au moment d’acheter, « les gens redescendent souvent sur terre »

Si les emplacements libres deviennent rares sur le Rhône comme sur la Saône, Laurent Darnis participe à la vente d’environ cinq embarcations par an. Et les tarifs peuvent s’envoler entre 400.000 et 500.000 euros pour des péniches de 150 à 250 m2 déjà rénovées. « Le cadre de vie atypique et les belles surfaces font rêver beaucoup de monde, constate-t-il. Mais il n’y en a pas tellement qui arrivent à franchir le pas. En réalisant par exemple qu’ils n’y connaissent rien en amarres, les gens redescendent souvent sur terre. »

A contrario, ceux qui se lancent pleinement dans l’aventure en retapant une péniche font rarement machine arrière. « C’est là où je veux être, résume Geneviève Brichet. Le seul bémol, c’est d’accepter ce principe de convention d’occupation temporaire [COT] : on peut potentiellement se faire virer à tout moment de notre emplacement. » « J’aurai du mal à vivre de nouveau sur terre et nos enfants adorent cette vie aussi, confirme Jeff Barras. C’est quand même agréable de prendre son petit-déjeuner en regardant les cormorans et les cygnes. » Comment oser en douter ?