Lyon: 30 ans après... comment le procès Barbie a marqué la France

HISTOIRE Ce jeudi marque le début des commémorations de cet événement historique...

Vincent Vantighem

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Klaus Barbie, en 1987, lors de son procès à Lyon.
Klaus Barbie, en 1987, lors de son procès à Lyon. — AFP
  • Du 11 mai au 21 novembre, la Ville de Lyon organise des tables rondes, conférences et différents échanges autour de ce procès historique
  • Pour 20 Minutes, les protagonistes Serge Klarsfeld, Alain Jakubowicz et Jean-Olivier Viout se souviennent

Le 11 mai 1987 s’ouvrait le procès de Klaus Barbie. Pendant huit semaines, le chef de la police de sûreté allemande, surnommé le « boucher de Lyon », a dû répondre de ses actes durant la Seconde Guerre mondiale. Le 4 juillet 1987, il était reconnu coupable de « crime contre l’Humanité » et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

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  • Pourquoi ce procès était historique

« C’est la première fois qu’avait lieu, en France, un procès pour crime contre l’humanité, se souvient Alain Jakubowicz, alors jeune avocat représentant la communauté juive. Cela a marqué la ville de Lyon et toute notre histoire ». A l’issue des débats, Klaus Barbie a été jugé responsable de la rafle de la rue Sainte-Catherine, du convoi du 11 août 1944 et de la déportation des enfants de la maison d’Izieu. « C’est rarissime qu’un criminel nazi puisse être jugé sur les lieux de ses crimes », ajoute Serge Klarsfeld, avocat des parties civiles et dont l’épouse, Beate, a permis de retrouver Klaus Barbie. C’était un criminel emblématique qui a aussi torturé Jean Moulin. »

Plus de 40 ans après la guerre, la France (re) découvrait une page importante de son histoire. « Les victimes ont pu témoigner, se souvient Jean-Emmanuel Viout, ancien avocat qui préside ces commémorations. Et, pour la première fois, un tel procès était filmé. » « Cela nous a permis d’avoir une plus grande connaissance de la vérité sur la déportation et sur les camps, ajoute Alain Jakubowicz. C’était une réponse directe aux négationnistes de l’époque. »

  • Ce qui marqué les audiences

Les longs débats ont donné lieu à des moments forts entre l’attitude de Klaus Barbie - qui a décidé de ne plus assister au procès - et les témoignages des victimes. « Ces dernières ont en effet raconté tout ce qu’elles ont vécu, se souvient Serge Klarsfeld. Et la présence de Beate rendait ce moment encore plus fort car il avait, face à lui, celle qui l’avait retrouvé. »

La confrontation avec Klaus Barbie était aussi un moment fort. « Son regard me glaçait le sang, souffle Alain Jakubowicz. Je comprends comment les victimes pouvaient être formelles quand elles disaient le reconnaître : on n’oublie pas un tel regard. »

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  • Que reste-il 30 ans après ?

Il y a, d’abord, les considérations historiques. « Jusqu’à ce procès, on parlait peu et mal de cette période, estime Alain Jakubowicz. Et on a pu voir comment un système peut ramener à l’état animal. » « Ce procès a été un choc et le point de départ de la mémoire de la Résistance dans la région, ajoute Serge Klarsfeld. La capitale de la Résistance est devenue celle de la mémoire. »

Le procès, qui s’est déroulé devant une juridiction pénale, a aussi grandi la justice. « Les audiences devaient être équilibrées, elles l’ont été », se réjouit Serge Klarsfeld. « On a tenu à donner à Klaus Barbie tous les droits possibles pour un procès équitable », renchérit Jean-Olivier Viout. « C’était un acte fondateur, conclut Alain Jakubowicz, il y a eu un avant et un après qui, ensuite, ont permis de mener les procès Touvier et Papon. »