Le recteur « kärcherisé » réplique

F. C. - ©2008 20 minutes

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« J'ai été congédié comme un domestique après quatorze années comme recteur au service de l'Etat. On m'a fait taire. Je rétablis ma vérité ». Révoqué en mars 2007 pour s'être opposé à l'ouverture du lycée musulman Al-Kindi, l'ancien recteur de l'académie de Lyon, Alain Morvan, publie aujourd'hui L'Honneur et les honneurs (Grasset), dans lequel il livre ses « souvenirs d'un recteur kärcherisé ». Ou comment cet ancien professeur d'anglais a réussi en quelques mois à se mettre à dos la droite locale, le préfet, ses ministres de tutelle, puis Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, « en ne faisant que son travail ».

Arrivé à Lyon en juillet 2002, ce recteur « de droite » se retrouve en 2004 confronté au cas de l'université Lyon-III, qui tarde à condamner les propos sur les chambres à gaz du professeur Bruno Gollnisch (FN). Le recteur affiche alors une fermeté inhabituelle vis-à-vis de l'université, déjà empêtrée dans des affaires de négationnisme et de gouvernance. Premier coup de semonce du ministère de l'Education, qui lui demande de lever le pied sur ce dossier à la demande d'élus locaux de droite. Alain Morvan se montre ensuite réticent à l'ouverture d'un collège-lycée musulman à Décines, d'abord pour des raisons techniques de sécurité. « Mais Nicolas Sarkozy, ministre et candidat à la présidence, voulait cet établissement. On m'a fait comprendre que je ne pouvais pas m'y opposer », raconte Alain Morvan, qui fut convoqué au ministère de l'Intérieur et pense avoir été placé sur écoute. « Ce livre montre le rôle que peut jouer la peur dans la fonction publique. La crainte que Nicolas Sarkozy inspire est le grand ressort du régime actuel », estime-t-il. Pur produit de la méritocratie républicaine, Alain Morvan continue aujourd'hui de justifier son opposition à un établissement musulman. « L'école est faite pour mettre dans un même creuset des enfants d'horizon différents. Pas pour servir de support identitaire », dit-il. « Le discours de Nicolas Sarkozy à Rome, qui place la foi comme garant de la morale, est ahurissant. Je crois que le chef de l'Etat n'a pas les références culturelles pour accomplir sa mission. »