Ludivine Chambet, l'«empoisonneuse de Chambéry» devant la justice

PROCES L’ancienne aide-soignante sera jugée devant les assises de Savoie pour avoir empoisonné treize résidants d’une maison de retraite de Chambéry…

Caroline Girardon
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Illustration justice.
Illustration justice. — M.LIBERT/20 MINUTES
  • Ludivine Chambet, 34 ans, comparait à partir de mardi devant les assises de Savoie pour avoir empoisonné treize résidants d’une maison de retraite de Chambéry
  • La jeune femme avait déclaré avoir décodé de la souffrance chez les pensionnaires, qui n’avaient exprimé aucune envie de mourir.

Aujourd’hui, elle se dit « honteuse », « rongée par les remords ». Ludivine Chambet, ancienne aide soignante va devoir s’expliquer devant la justice. La jeune femme de 34 ans comparaît à partir de mardi devant la cour d’Assises de Savoie pour avoir empoisonné treize résidents de la maison de retraite dans laquelle elle travaillait à Chambéry. Dix d’entre eux sont décédés, trois ont survécu.

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L’infirmière avait été embauchée en août 2012 au sein de l’Ehpad Le Ceralet. Un mois plus tard, le premier décès intervient. Mais à l’époque, personne ne se doute de rien. C’est le directeur de l’hôpital de Chambéry qui sera le premier à avoir des soupçons.

Des décès en série

Le 29 novembre 2013, il contacte le procureur de la République. Quatre pensionnaires de l’établissement, dont il a eu la charge, sont décédés après être subitement tombés dans le coma. Quatre en l’espace de deux semaines. Mais surtout les analyses pratiquées ont révélé la présence de psychotropes non prescrits par l’Ephad.

L’étau se resserre autour du personnel soignant, le seul à avoir accès aux médicaments. Les soupçons se portent sur Ludivine Chambet, toujours présente les jours de la malaise. Interpellée le 10 décembre et placée en garde à vue, elle avouera avoir empoisonné cinq personnes puis neuf, âgées de 80 à 95 ans, en l’espace de 14 mois.

Les enquêteurs en découvriront quatre autres. Il a fallu même exhumer certains corps afin de procéder à des nouvelles analyses démontrant que les victimes n’étaient pas mortes naturellement.

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Une souffrance « décodée » chez les patients

La jeune femme leur administrait une demi-pipette de produits, à savoir entre dix et quinze gouttes, mélangeant allégrement les psychotropes. Elle connaissait ces familles de médicaments mais assure qu’elles n’avaient aucune idée de leurs effets combinés, ni des effets secondaires. Pourquoi avoir agi de la sorte ? « Pour les soulager ». Car l’infirmière dit « avoir décodé de la souffrance chez eux ».

Un argument balayé par Daniel Cataldi, l’avocat de quatre familles. « A aucun moment les victimes n’ont exprimé leur envie de quitter ce monde », répond-il. Et d’insister : « Au contraire, elles avaient le goût de vivre et la joie de voir leurs enfants ou petits enfants à chacune de leurs visites ».

Relation fusionnelle mère-fille

L’accusée est dépeinte comme une fille solitaire ayant eu une relation fusionnelle avec sa mère. Cette dernière est décédée en juin 2013, neuf mois après avoir appris qu’elle avait une leucémie. Aurait-elle été traumatisée par la longue agonie de sa mère au point de calquer cette souffrance sur ses patients ? Ses avocats que nous avons contactés n’ont pas souhaité s’exprimer avant le début du procès.

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Le lien entre les deux femmes sera de toute évidence au cœur des débats. La personnalité de Ludivine Chambet aussi. Une femme qui ne s’aimait pas et profondément déprimée depuis l’âge de 18 ans.

« Au-delà du sentiment de culpabilité qu’elles ont de ne pas avoir mis leurs proches à l’abri, les familles veulent surtout comprendre ce qui s’est passé, explique Daniel Cataldi. Comment cela a-t-il pu arriver dans le milieu hospitalier, où le personnel est d’ordinaire extrêmement dévoué ? » conclut-il.