Jhon Rachid: «Je suis lucide, il n'y a pas un million de personnes qui me kiffent»

INTERVIEW Pur produit Lyonnais, Jhon Rachid, 32 ans, est le premier humoriste de la Cité des Gaules à atteindre un million d’abonnés sur Youtube. Ce grand fan de l’Olympique lyonnais a fêté l’événement au Parc OL lors du match contre Besiktas...

Pierre Comet

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L'humoriste lyonnais Jhon Rachid a franchi la barre du million d'abonnés sur Youtube.
L'humoriste lyonnais Jhon Rachid a franchi la barre du million d'abonnés sur Youtube. — Hélène Pambrum
  • John Rachid est de plus en plus suivi sur YouTube.
  • Ce grand fan de l'OL estime que Bruno Génésio n’est pas le coach pour son club préféré.

Si on lui avait dit, il y a dix ans, qu’un million de personnes regarderaient un jour ses vidéos tournées dans sa chambre, il aurait certainement éclaté de rire. Ou fait une syncope. Et pourtant, aujourd’hui, c’est le cas. Mohamed Ketfi, alias Jhon Rachid (en référence à J-R de Dallas), vient de franchir ce cap symbolique sur Youtube. Fan de l’OL, le Gone de 32 ans a fêté ça au Parc OL contre Besiktas.

Le millionième abonné pile poil le jour de Lyon - Besiktas, c’était un fake ?

Non, non. C’est vraiment arrivé. Mais on a un peu forcé le destin. Comme j’étais tout proche du million, des amis humoristes ont lancé un appel sur Twitter et ça a fonctionné. C’était un super clin d’œil pour mon club et ma ville. Car avant d’être Français, avant d’être Algérien, je suis Lyonnais. Je suis accro.

Comment jugez-vous la saison de l’OL ?

C’est mitigé. On est décevant en championnat mais le parcours en Ligue Europa sauve la saison. Perso, je suis contre Génésio. Ce n’est pas le coach qu’il nous faut.

Ça fait quoi d’avoir un million d’abonnés sur sa chaîne ?

C’est génial et à la fois improbable. Cependant, je suis lucide : il n’y a pas un million de personnes qui me kiffent. J’ai certes un noyau dur de fans mais il y a aussi beaucoup d’abonnés qui suivent mon travail sans l’apprécier.

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire des vidéos en ligne ?

Au début, c’était juste pour faire marrer mes potes. Il n’y avait aucun calcul. De toute façon, il ne pouvait pas y en avoir en 2006 car personne ne savait encore que l’on pouvait gagner sa vie avec des vidéos sur Internet. Youtube débutait à peine. Je faisais ça de façon totalement amateur sur des blogs et via des liens MSN. J’utilisais un appareil photo qui réalisait des films médiocres. C’était un passe-temps à côté de mon boulot.

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous consacrer pleinement à l’humour en ligne ?

Cela a été la conjonction de deux événements. Tout d’abord, quelques mois après mes débuts, j’ai fait une vidéo sur la danse tecktonik. Elle a fait 200.000 vues en quelques jours. C’était mon premier buzz même si je ne savais pas encore ce qu’était un buzz. J’ai alors découvert la puissance d’Internet. Puis, grâce à une copine qui regardait mes vidéos, j’ai été contacté pour jouer dans un téléfilm de France 2 (Le Troisième jour). J’ai kiffé. Je me suis dit que je voulais faire ça toute ma vie et que j’allais taffer pour devenir acteur.

Quel type de Youtubeur êtes-vous ?

Je n’aime pas cette expression de Youtubeur. Youtube, c’est juste mon support de diffusion. On y trouve de tout : des gamers, des gens qui racontent leur vie, des testeurs de produits. Moi, je suis humoriste. Chaque vidéo que je tourne est réfléchie, écrite et réalisée. Il y a un vrai travail de comédien.

Vous avez débuté presque en même temps que Norman ou Cyprien. Comment expliquez-vous qu’ils ont dix fois plus d’abonnés ?

Norman et Cyprien prennent très peu de positions engagées. Leurs vidéos sont susceptibles de plaire à tout le monde. Ce n’est pas une critique, c’est juste un constat car je suis un fan de leur travail. A l’inverse, je dis ce que je pense. Je parle souvent avec mes tripes. Et forcément, c’est plus clivant. D’autant que le public a parfois du mal à comprendre que je joue.

Mythe ou réalité le Youtubeur plein aux as ?

On peut gagner beaucoup d’argent sur Youtube quand on fait 5 ou 6 millions de vues par vidéo. Mais ce n’est pas mon cas. Mes vidéos tournent en moyenne à 600.000 vues. Ce qui représente 500 à 600 euros par mois avec la nouvelle charte du site. En revanche, des partenariats permettent de vivre de nos vidéos. J’ai par exemple été sponsorisé par Fanta pour réaliser « Ma meuf, la caillera ». Pour moi, c’était un placement produit réussi car la marque m’a laissé bosser comme je le voulais et la vidéo a très bien fonctionné.

Vous réalisez actuellement un court-métrage sur la guerre d’Algérie. De quoi s’agit-il ?

Ce court-métrage est dédié à la tragédie du 17 octobre 1961, quand des Algériens ont été jetés dans la Seine par la police. Ces événements, que j’ai découverts tardivement, sont méconnus en France. Cela me révolte et j’ai voulu en parler. Ce court de 15 min sera évidemment teinté d’humour. Plusieurs humoristes de Youtube vont jouer dedans (dont Norman) ainsi qu’un acteur français très connu.

Pour le financer, vous avez lancé et réussi une campagne de crowdfunding. Racontez-nous ?

20 000 euros étaient nécessaires pour réaliser ce court-métrage. J’en ai mis 10 000 de ma poche mais je ne savais pas où trouver le reste. Norman m’a conseillé de faire une opération de crowdfunding. Je n’y croyais pas du tout. Mais ça a été un truc de fou. En quatre jours, j’ai récolté 18 000 euros sur Kiss Kiss Bank Bank. C’est incroyable. Maintenant, je vise 20 000 pour que tout le monde puisse être rémunéré.