Lyon est-elle devenue la nouvelle capitale de la BD?

9EME ART La ville de Lyon redécouvre depuis quelques années la place de la bande dessinée dans son histoire et œuvre pour faire émerger les nouveaux talents…

Caroline Girardon

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La bande dessinée réalise désormais un chiffres d'affaires  compris entre 400 et 500 millions d'euros par an.
La bande dessinée réalise désormais un chiffres d'affaires compris entre 400 et 500 millions d'euros par an. — Mourad Allili/Sipa

Angoulême : LA référence en matière de bandes dessinées. Mais depuis quelques temps, Lyon se plaît à vouloir lui disputer cette place si prestigieuse. Car la ville a redécouvert la place de la BD dans son histoire et entend la vulgariser.

Jamais, elle n’aura autant œuvré pour le 9ème art. Cette année, trois institutions se mobilisent à travers différentes expositions qui lui sont consacrées : le musée de l’imprimerie, la bibliothèque de la Part-Dieu et les archives municipales.

Tintin, un passé lyonnais

« Beaucoup de gens ne le savent pas mais Tintin a un passé lyonnais », sourit Gilles Eboli, directeur de la bibliothèque municipale, qui retracera 77 ans de BD dans la région. « En 1940 lorsque la France était occupée, beaucoup d’éditeurs se sont repliés sur Lyon. Comme celui de Tintin. C’est de là qu’est née la tradition avant de se développer dans les années 50. »

Les éditions LUG, basées dans le centre-ville de Lyon, vont donner vie à des super-héros « made in France » comme Bleck le Roc, Zembla ou Mustang avant de faire connaître au grand public, presque 20 ans plus tard, les personnages de la Marvel Comics.

Un support d’information

« On caricature en disant que la bande dessinée est une lecture facile. Mais c’est surtout un support d’information énorme sur la société, les sciences, l’histoire, les techniques », poursuit Gilles Eboli. La preuve : les bibliothèques de Lyon acquièrent chaque année 2.000 BD, dont 800 pour le seul établissement de la Part-Dieu, qui en compte déjà 35.000 dans ses rayons.

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« C’est un style de lecture très couru, c’est celui qui a le taux de rotation le plus élevé » révèle le directeur de la « BM ». A savoir qu’une bande dessinée est empruntée en moyenne huit fois dans l’année, contre 1,5 ou deux fois pour les autres ouvrages. Rien de surprenant lorsque l’on sait qu’au niveau national, la BD est devenue le secteur le plus dynamique de l’édition.

« En France, elle réalise entre 400 et 500 millions de chiffre d’affaires. Plus de 4.000 nouveautés sortent chaque année, appuie Mathieu Diez, organisateur du Lyon BD Festival. Dans les années 70, considérées comme l’âge d’or de la BD, il y en avait que 700 par an ». Une machine infernale qui a fini par faire évoluer l’image d’Epinal qui lui était accolée.

Un art invisible

« La bande dessinée n’est considérée plus comme un sous-genre. Elle est une littérature à part entière », ajoute le jeune homme. Les musées, comme celui de l’imprimerie à Lyon, ont même décidé de s’en emparer. Plus question de l’inclure comme forme de support ou d’illustration dans une exposition. La BD est devenue désormais un sujet d’expo à elle seule.

« La question n’est plus de se savoir si elle est un art ou pas. C’en est un. C’est un art invisible », précise Joseph Belletante, le directeur du musée de l’imprimerie, désireux de rompre les clichés. « L’auteur de BD n’est pas assis toute la journée sur son canapé. Ce n’est plus un métier qui ne rapporte rien. Une page de Peyo [le papa des Schtroumpfs] sans texte se vend aujourd’hui 60.000 euros. Une planche originale de Tintin, 1,5 million d’euros ».

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Lyon dans tout ça ? La ville revendique aujourd’hui le titre de « capitale de la BD », rappelant que 200 auteurs vivent dans la région et qu’elle s’attache à faire émerger les nouveaux talents au travers différents rendez-vous culturels. « L’expertise lyonnaise s’exporte à travers le monde. Cette année, la France est invitée d’honneur de la Foire du livre de Francfort. L’équipe du Lyon BD Festival sera chargée du conseil artistique BD pour le pavillon français. C’est le signe d’une reconnaissance acquise », conclut Georges Képénékian, adjoint en charge de la culture.