Lyon : «Derrière la modernisation des hospices civils, les équipes souffrent», dénoncent les salariés

SANTE Le deuxième CHU de France s'est félicité la semaine dernière d'avoir réalisé des économies drastiques pour revenir à l'équilibre. Mais à quel prix?...

Caroline Girardon

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Les infirmiers des Hospices civils de Lyon avaient déjà exprimé leur mal-être lors d'une grève en 2012 (archives). CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES
Les infirmiers des Hospices civils de Lyon avaient déjà exprimé leur mal-être lors d'une grève en 2012 (archives). CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Pour la première fois depuis 2008, les comptes des Hospices civils de Lyon, HCL, sont presque sortis du rouge. C’est ce qu’ont annoncé les dirigeants la semaine dernière, précisant que le déficit avait été ramené de 94 millions d’euros de perte à 3,4 millions. Mais à quel prix ? Les établissements ont été regroupés, les services ont fusionné, 1.100 emplois ont été supprimés. Aujourd’hui, les salariés dénoncent ces économies drastiques et déplorent une perte de la qualité des soins.

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Pauline, 26 ans, infirmière à l’hôpital de la Croix-Rousse a fini par jeter l’éponge l’an dernier, après trois années de service. « Je pensais que je tiendrais beaucoup plus longtemps mais ce n’était plus possible. Je suis partie au bord du burn-out », raconte la jeune femme qui s’est installée en libérale.

Seule pour vingt patients

Le service de chirurgie maxillo-faciale dans lequel elle travaillait a d’abord fusionné avec celui de cancérologie ORL avant d’être rattaché à la chirurgie plastique. « C’était l’enfer. La nuit j’étais seule pour m’occuper de 20 patients, des patients lourds qu’il fallait surveiller toutes les heures. Si la direction avait ouvert un lit de plus, nous aurions été deux infirmières. Mais elle n’a jamais accédé à notre requête », déplore-t-elle.

Résultat : la jeune femme a enchaîné les heures supplémentaires sans pouvoir s’occuper de tout le monde. « La journée, je prenais souvent mon service à 5h30 au lieu de 6h30 sinon la tâche était infaisable. Sans parler des jours de repos où j’étais régulièrement rappelée ».

« On nous demande de faire un 4 étoiles avec un routier de campagne »

Viviane, 46 ans qui travaille depuis 24 ans aux HCL, a décidé de ne pas donner son portable à ses supérieurs pour éviter ce genre de situation. Infirmière en réanimation à Edouard Herriot, elle a également vu la qualité des soins se dégrader depuis que les HCL ont instauré la tarification à l’acte. « On nous demande de faire un 4 étoiles avec un routier de campagne », ironise-t-elle.

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« Il y a de moins en moins de personnels et moins de moins de matériel, qu’il faut acheter le moins cher possible. Certains jours, nous n’avons même plus de linge pour les patients, ni serviette, ni chemise d’hôpital. Il y a encore quelques années, des panneaux étaient affichés dans les services pour demander aux médecins de ne pas prescrire de médicaments trop chers », dénonce-t-elle, ajoutant que les consignes ont été enlevées depuis.

Problème de reconnaissance

« Depuis le regroupement des établissements et des services, on est devenu des pions », regrette Audrey, infirmière en réanimation à la Croix-Rousse. Et d’ajouter : « On nous oblige d’aller toujours de plus en plus vite. cela se fait au détriment des patients. Avant, après une opération, un patient restait cinq jours à l’hôpital. Aujourd’hui, il est expédié. »

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Pour la jeune femme, « il y a un problème de reconnaissance ». Les primes de nuit, par exemple, ont été supprimées en 2009, car jugées illégales. « Cela a fait fuir un grand nombre de salariés. Les hospices recrutent désormais des jeunes sortant des écoles en leur proposant des contrats renouvelés tous les mois. Il y a un énorme turn-over car beaucoup se démobilisent », raconte Audrey.

« Qui voudrait travailler désormais pour une nuit de 12 heures payée dix euros ou sept euros, selon son statut, s’interroge Viviane. La modernisation de l’hôpital Edouard Herriot, c’est de la poudre aux yeux. Aujourd’hui, les équipes souffrent et les patients aussi. »