Lyon: Le don de tissus, un procédé trop méconnu

SANTE L'hôpital Jean Mermoz de Lyon et la banque de tissus d'Auvergne entendent sensibiliser d'avantage sur ce procédé, essentiel dans le traitement des accidents de ski...

Caroline Girardon

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Un chirurgien pendant une opération (illustration).
Un chirurgien pendant une opération (illustration). — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

150.000. C’est le nombre d’accidents de ski survenant chaque année. Des accidents souvent spectaculaires, comme cela a été le cas pour Valentin Giraud Moine, skieur français qui a lourdement chuté le mois dernier sur les pistes de Garmisch-Partenkirchen.

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Le sportif s’en est sorti avec une luxation de deux genoux. Il a été opéré à l’hôpital Jean Mermoz de Lyon grâce à des greffons conservés à la banque de tissus de Clermont-Ferrand. Aujourd’hui, les deux établissements entendent sensibiliser sur l’importance du don de tissus, qui reste encore trop confidentiel en France.

« Retard considérable »

« Quand certains patients souffrent de lésions multiligamentaires, nous sommes obligés de prélever plusieurs de ses tendons pour reconstruire les ligaments rompus. Ce qui entraîne une rééducation beaucoup plus longue. La greffe de tissus permet de ne pas prélever ces tendons sur le patient », explique Bertrand Sonnery-Cottet, chirurgien orthopédique à l’hôpital Jean Mermoz. Mais le procédé n’a rien de nouveau. Bien au contraire.

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« Il est utilisé au quotidien dans le monde entier. Mais en France, nous avons un retard considérable. Ce qui nous rend fou », se désole le praticien. Aujourd’hui, la plupart des professionnels français font appel aux banques belges. « C’est un enfer administratif mais c’est aussi très coûteux », déplore le chirurgien lyonnais, précisant qu’il recense en « permanence quinze patients » en attente d’une greffe d’os, de ligaments, de ménisques ou de tendons.

Félix N’Zi, ancien basketteur de 31 ans, a dû patienter trois ans avant de pouvoir être greffé du ménisque. L’homme, opéré en 2011, a retrouvé le sourire. « Avant, je souffrais beaucoup. Je ne pouvais plus travailler et multipliais les arrêts maladie J’avais même pensé à mettre en invalidité et je n’y croyais plus du tout. J’avais perdu tout espoir », raconte-t-il. Depuis sa greffe, tout a changé.

Déficit d’information

« Je revis. Les douleurs ont disparu, j’ai retrouvé un CDI et même repris le sport », confie-t-il. Selon une étude menée par la société francophone d’arthroscopie, entre 500 et 1.000 patients auraient besoin d’une greffe de tissus chaque année en France. Or une soixantaine de prélèvements ont été effectués en 2015.

« Le problème : les familles et les patients ne sont pas informés. Les médecins coordinateurs n’ont pas toujours le réflexe de leur parler de la greffe de tissus alors qu’ils évoquent généralement la greffe d’organes. Or elle n’est pas négligeable. Certes, elle ne permet pas de sauver des vies mais elle permet à de nombreux patients de retrouver des mouvements importants et de mieux vivre au quotidien », conclut Bertrand Sonnery-Cottet.