Les festivals de ciné LGBT ne semblent pas en odeur de sainteté auprès de Wauquiez

CULTURE Trois associations de Lyon, Grenoble et Saint-Etienne se sont vues refuser leurs subventions pour l’année 2017…

Elisa Frisullo

— 

Laurent Wauquiez a supprimé les subventions de certains festival de cinéma LGBT.
Laurent Wauquiez a supprimé les subventions de certains festival de cinéma LGBT. —

Certains de ses détracteurs évoquent une décision motivée par « ses postures idéologiques ». Son cabinet parle de choix budgétaires et de dossiers mal ficelés. Depuis quelques jours, l’inquiétude grandit au sein du milieu Lesbiennes, gays, bi et trans d’Auvergne Rhône-Alpes, où trois festivals de cinéma LGBT se sont vus refuser des subventions versées depuis plusieurs années par le Conseil Régional, présidé par Laurent Wauquiez (LR).

En septembre, les organisateurs du festival de Saint-Etienne Face à Face se sont ainsi fait sucrer leurs 5 000 euros d’aides. Selon Hétéroclite , si cela n’a pas remis en cause l’édition 2016 organisée en novembre et en partie financée par les subventions de la région votée par le précédent exécutif, la perte de ces aides pourrait peser plus lourdement sur le festival 2017.

>> A lire aussi : Pour Laurent Wauquiez, la région Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas «un tiroir-caisse»

« La Région dit au public LGBT qu’il n’est pas légitime »

A Grenoble, le festival International du Film Gay et Lesbien Vues d’en face s’est également vu refuser par la Région son habituelle subvention de 3 000 euros, tout comme le festival du film Queer à Lyon Ecrans Mixtes, prévu du 8 au 14 mars prochain. Une nouvelle peu surprenante pour le patron du festival Ivan Mitifiot qui avait sollicité il y a quelques mois une rencontre à la Région pour faire connaissance avec la nouvelle équipe.

« On ne nous a jamais répondu. On trouvait que cela ne sentait pas très bon et puis fin novembre, nous avons appris que notre subvention était supprimée », indique le directeur du festival. « Par cette décision, la Région dit au public LGBT qu’il n’est pas légitime et nous enlève de la légitimité en tant qu’association de lutte contre les discriminations et en tant que festival culturel », ajoute le directeur du festival, qui a attiré 6000 personnes en 2016..

Des demandes de subvention incomplètes ?

En quelques années, cet événement annuel grand public, soutenu par la Ville de Lyon et plusieurs institutions culturelles lyonnaises s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui souhaitent évoquer les problématiques liées à la transphobie et à l’homophobie, par le biais du 7e art.

« Nous montons en puissance chaque année, nous avons une vraie reconnaissance du public et des institutions. Nous comprenons d’autant donc moins la décision de la région », ajoute Yvan Mitifiot qui voit là un choix « politique et idéologique » fait par Laurent Wauquiez, soutien affiché aux militants de la Manif pour tous.

Un procès d’intention, selon le cabinet de Laurent Wauquiez

« C’est un véritable procès d’intention qui lui est fait », indique-t-on au cabinet de Laurent Wauquiez. La suppression de ces subventions relève de trois situations différentes. Pour Ecrans mixtes, « la Région a pris la décision de ne pas la renouveler. A Grenoble, le festival n’a pas donné toutes les pièces nécessaires lors de sa demande de subvention. Et le festival de Saint-Etienne était aidé dans le cadre d’une procédure spécifique qui n’existe plus. Mais les organisateurs ne s’en sont pas souciés », affirme-t-on au cabinet du président LR, balayant fermement toute accusation de discrimination. Pour preuve ? « Toutes les subventions des associations de lutte contre le sida ont été renouvelées à 100 % », assure le conseil régional.

>> A lire aussi : Wauquiez se fait huer au festival Lumière, Collomb tire les marrons du feu

Les organisateurs des festivals de Grenoble et Saint-Etienne pourront déposer une nouvelle demande qui sera réexaminée. Chez Ecrans mixtes, l’heure est à la détermination. « Laurent Wauquiez voulait nous rendre invisibles. Au final, tous les médias parlent de nous. Un véritable élan de solidarité s’est mis en place pour nous soutenir et nous pensons nous mutualiser avec les autres festivals pour réduire les coûts sur les droits des films ou les sous-titrages. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », affirme Ivan Mitifiot.