Pourquoi les «super-héros» du catch fascinent toujours autant le public français

SPECTACLE Environ 10.000 fans vont assister au show de la WWE cette semaine à Lyon et à Strasbourg. Une nouvelle fois la preuve que le catch cher à Donald Trump a encore de beaux jours devant lui en France…

Jérémy Laugier

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Kofi Kingston et Cesaro font partie de la tournée française de la WWE cette semaine.
Kofi Kingston et Cesaro font partie de la tournée française de la WWE cette semaine. — Dan Humphreys

Plus de 15 ans après leurs premières apparitions à la télévision française, les superstars du catch vont encore attirer cette semaine environ 10.000 spectateurs en deux soirs (vendredi à Lyon et samedi à Strasbourg). Voici pourquoi ce show à l’américaine n’a jamais tourné « has-been » pour les passionnés de la bande à Seth Rollins.

Les « super-héros » sont immortels. Commentateur du catch américain sur RTL9 et AB1 depuis 1999, Christophe Agius (36 ans) se souvient avoir été marqué dès l’enfance par André le Géant. « J’ai toujours vu les catcheurs comme des super-héros », confie celui qui peut rassembler plus de 100.000 téléspectateurs en France la nuit lors des retransmissions de la WWE. À l’instar des personnages Marvel, le mythique Undertaker et ses complices ont chacun leur histoire et leurs propres coups spéciaux.

C’est une véritable série. Si les accros au catch sont capables d’en regarder plus de trois heures chaque semaine à la télévision, c’est surtout pour une raison. « Ne pas savoir ce qu’il va se passer dans les prochains combats procure la même sensation qu’à la fin d’un épisode d’une série vous tenant en haleine », décrypte Alexandre Gadeau (28 ans), grand amateur de la WWE. « La différence avec les séries, c’est qu’il n’y a jamais de pause. Le public ne décroche donc jamais et quand vous êtes fan, la défaite de votre personnage favori peut vous faire pleurer », complète Christophe Agius.

Les combats sont scénarisés, et alors ? Si vous voulez à coup sûr irriter un fan de la WWE, glissez-lui avec dédain que « de toute façon, les catcheurs font tous du chiqué ». Avec l’arrivée d’Internet notamment, les amateurs sont tous bien conscients qu’il s’agit avant tout « d’un divertissement sportif ». « Ça me surprend que dans le même temps, tout le monde n’a pas encore compris que les émissions de téléréalité étaient elles aussi scénarisées », réplique Christophe Agius.

« Ce n’est pas complètement vrai d’annoncer que le catch est truqué, insiste Alexandre Gadeau. Les matchs sont scénarisés à l’avance pour garder une logique dans les affrontements. Mais les prises ou les attaques que portent les superstars sur le ring sont bien réelles. Quand un catcheur saute d’une échelle, ce n’est pas évident de faire semblant. Des blessures les arrêtent parfois pendant plusieurs mois. » « Seul le résultat du vainqueur est arrangé, complète Gérald Lejeune, un Isérois de 24 ans qui sera à la Halle Tony-Garnier (Lyon) vendredi. C’est comme un ensemble de chorégraphies qui, mal exécutées, peuvent faire mal. »

On a affaire à une fidèle communauté. Détrompez-vous, les mordus de catch ne sont pas que des ados. Si l’énorme boom constaté en France entre 2006 et 2012 (des primes étaient alors diffusés sur NT1) s’est dégonflé, la communauté de suiveurs de la WWE reste impressionnante et elle traverse les générations. « Quand je vais voir un show à Lyon, je tombe à chaque fois sur beaucoup de gens venus de Lille, Marseille ou même de Corse, annonce Gérald Lejeune. Tous veulent partager leur passion avec d’autres fans car ce sport spectacle est très sévèrement critiqué par une bonne partie de l’opinion publique. » Le syndrome seuls contre tous, ça vous renforce toujours une foi.

Les amateurs du ring connaissent par cœur le chant et l’histoire de chaque catcheur, anticipant même souvent la prise qu’il va réaliser. Et pour peu qu’ils entendent Christophe Agius lancer un « Le coup de la corde à linge… », comptez sur eux pour compléter en hurlant comme si leur vie en dépendait «…Par-dessus la troisième corde ». « Si je rencontre un fan de catch dans la rue, il est certain que tout d’un coup, il n’existe plus rien autour de nous », se marre Mathieu Liblanc.

WrestleMania est « le Super Bowl » du catch. « WrestleMania est un peu le Super Bowl du catch », indique Alexandre Gadeau, 28 ans. Cet événement regroupant depuis 1985 les meilleurs catcheurs du monde rassemble chaque année, fin mars ou début avril, entre 70.000 et 100.000 spectateurs en moyenne dans d’immenses stades aux Etats-Unis.

Un temps fort incontournable que suivent religieusement des milliers de Français pendant toute une nuit… au cas où ils n’ont pas carrément fait le déplacement. Qualifiée de « mini-Jeux olympiques » par Christophe Agius, WrestleMania invite fréquemment des stars aussi diverses que Mike Tyson, Pamela Anderson, Snoop Dogg ou… le nouveau président américain Donald Trump, auteur d’un passage remarqué en 2007.

L’ambiance en live est une dinguerie. Si le public répond à ce point présent pour chacun des deux ou trois passages annuels en France de la WWE, malgré des tarifs corsés (des places entre 30 et 94 euros), il y a là aussi une explication. « J’assiste souvent à des matchs de football du PSG et de l’équipe de France, annonce Mathieu Liblanc. Mais là, c’est une autre ferveur, c’est électrique ! »

Christophe Agius évoque ainsi « un exutoire où le public est invité à hurler » grâce au WWE Live. « Ça peut sembler débile pour tous ceux qui ne sont pas fans de cette discipline mais mon premier show à Bercy en avril reste le meilleur souvenir de ma vie. Tous ces catcheurs ont bercé mon enfance », lance Mathieu Liblanc. Pour revivre ça à Lyon vendredi, il va parcourir en covoiturage plus de 700 km depuis Saint-Nazaire. Rien que ça.

Seth Rollins sera la superstar du catch la plus attendue vendredi à Lyon et samedi à Strasbourg.
Seth Rollins sera la superstar du catch la plus attendue vendredi à Lyon et samedi à Strasbourg. - Dan Humphreys