Photo prise en 2008 de l'entrée de l'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève où était interné le déséquilibré qui a tué un étudiant à Grenoble
Photo prise en 2008 de l'entrée de l'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève où était interné le déséquilibré qui a tué un étudiant à Grenoble — Philippe Merle AFP

JUSTICE

Grenoble: Jugés pour avoir laissé échapper un patient schizophrène ayant tué un étudiant

L'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève et un ancien médecin de l'établissement sont poursuivis pour homicide involontaire...

Comment un patient schizophrène, dangereux, connu pour avoir déjà agressé plusieurs personnes à l’arme blanche a-t-il pu s’échapper sans difficultés du centre où il était interné ? La question sera soulevée ce mardi devant le tribunal correctionnel de Grenoble.

L’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève en Isère et le Dr Lekhraj Gujadhur, ancien médecin de l’établissement seront jugés pour homicide involontaire. Une première en France.

Le 12 novembre 2008, l’un des patients, autorisé à bénéficier de sorties non surveillées dans le parc de l’hôpital, a quitté les lieux sans difficultés avant de se rendre dans le centre de Grenoble et de poignarder mortellement un étudiant de 26 ans.

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Hospitalisé depuis la fin des années 1970, sujet à des hallucinations et des pulsions morbides, cet homme de 56 ans lors des faits a été déclaré pénalement irresponsable en 2011 et placé en unité pour malades difficiles.

« Une famille seule contre tous »

« Ce procès est l’aboutissement d’un combat mené par la famille Meunier, seule contre tous », a déclaré lundi à la presse Me Hervé Gerbi, rappelant que son dossier avait « pâti d’une récupération politique et de la bronca des psychiatres » à la réforme de leur métier voulue par Nicolas Sarkozy, alors président de la République, qui comportait des dispositions sur les malades dangereux.

« Ce ne sera pas seulement une audience de vérité mais il faudra que ce soit aussi une audience de courage » de la part des juges, a ajouté l’avocat, entouré de la famille. La peine maximale encourue est de 5 ans d’emprisonnement, « mais ça n’ira pas au-delà du sursis », a-t-il pronostiqué.

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« On n’a pas de haine ; on ne souhaite de la prison à personne mais on se bat pour que ça ne recommence plus », a déclaré Sylvaine, la sœur de la victime, très émue à l’idée de l’absence de leur père Jean-Pierre, décédé il y a presque un an, à ce procès pour lequel il s’était battu.

« Marquer au fer rouge »

« Je n’ai pas de vengeance, Luc ne reviendra plus », a lâché dans un sanglot Marie-Odile, la mère très affectée par les zones d’ombre du dossier. « Ce n’est pas un métier facile, psychiatre, mais leur travail est de s’occuper de gens dangereux et de le faire bien », a ajouté son fils Lionel.

De son côté, Me Jean-Yves Balestas, avocat du psychiatre poursuivi, a estimé que la famille voulait « marquer au fer rouge un médecin », qui a cessé d’exercer depuis le drame.

« Je compatis à leur douleur, évidemment, mais la réparation ne peut venir que d’un juge administratif » qui doit être saisi en cas d’accident médical. Ce procès « est un dévoiement du système judiciaire que je n’accepte pas », a-t-il dit.

« Pour les médecins psychiatres, c’est une première qui devrait ne jamais avoir eu lieu et ils sont très inquiets parce que, face à ce genre de malades, si on les accuse de prendre un risque, il faut trouver des cellules fermées et ça n’existe pas en France ! », a-t-il conclu