Choc toxique lié aux règles : Origine, symptômes et séquelles d’une maladie méconnue et virulente

SANTÉ Le Centre national de référence des staphylocoques, basé à Lyon, lance une vaste collecte de tampons hygiéniques pour faire avancer la recherche sur cette maladie…

Elisa Frisullo

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Illustration d'un tampon hygiénique.
Illustration d'un tampon hygiénique. — RS

Lorsque les premiers symptômes sont apparus, Justine a pensé à une gastro. Puis, au fil des heures, voyant son état de santé se dégrader, cette jeune fille de 26 ans a songé à une vraie bonne gastro-entérite carabinée. Jusqu’au lendemain soir, où, hospitalisée en urgences en soins intensifs, elle a fini par comprendre que quelque chose de bien plus grave était en train d’attaquer son corps. Trois ans plus tard, cette psychanalyste originaire du nord de l'Isère est sur pied, mais encore marquée par cette maladie peu connue et ultra-virulente : le syndrome du choc toxique lié aux règles (SCT).

Cette maladie aiguë, qui avait disparu, a fait son retour dans les années 2000, ne cessant depuis de croître. De cinq cas recensés en 2004, la France est passée à 22 cas connus en 2014 sans que les scientifiques ne puissent réellement expliquer cette progression. 20 Minutes vous explique ce que l’on sait sur cette infection et comment la reconnaître.

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De quoi s’agit-il ?

Ces toxines viennent du staphylocoque doré, une bactérie sans danger présente chez 30 % de la population. Environ 4 % des femmes en ont dans la flore vaginale et 1 % est porteuse d’une souche particulière de staphylocoque qui peut produire la mauvaise toxine. Chez certaines d’entre elles, « au moment des règles, le fluide menstruel va être au contact de ce staphylocoque dans le vagin. Si la jeune femme a mis un tampon, le fluide va rester bloqué et les règles vont devenir un milieu de culture pour les bactéries », explique le professeur Gérard Lina, du Centre national de référence des staphylocoques basé à Lyon.

Les bactéries vont alors se multiplier très rapidement pour finir par produire cette « méchante toxine » qui va ensuite passer dans la circulation sanguine. Dès lors, l’infection va se propager dans le corps, donnant lieu à des symptômes proches de ceux d’une gastro-entérite.

Comment reconnaître le syndrome du choc toxique ?

Ce syndrome touche les jeunes filles ou jeunes femmes, âgées de 13 ans à 36 ans, selon les cas recensés en France ces dernières années. L’âge moyen des malades est de 17-18 ans. Au départ, « la personne ne se sent pas bien, fait des malaises, a des maux de tête, des vomissements, une forte fièvre et une faible tension. Très rapidement, son état va se dégrader », précise le professeur lyonnais, qui travaille depuis vingt ans sur cette maladie. Autre symptôme marquant, « tout le corps devient rouge, comme si l’on avait pris un énorme coup de soleil », se souvient Justine.

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Comment le traiter et quelles sont les séquelles ?

Dès l’apparition de ces signes de malaise au moment des règles, il convient de retirer immédiatement sa protection périodique. Mais si le syndrome n’est pas diagnostiqué à temps et traité rapidement par des antibiotiques, les séquelles peuvent être lourdes. « C’est sévère. Au départ, on a une femme en parfaite santé et, dans 80 % des cas, ces patientes terminent en soins intensifs », explique Gérard Lina. Il y a quelques années, le syndrome du choc toxique a fait la une de l’actualité aux Etats-Unis après qu’un jeune mannequin californien a dû être amputé après avoir contracté cette infection.

En France, depuis 2004, l’une des patientes atteinte de ce syndrome est décédée. Un scénario dramatique extrêmement rare. « Les séquelles peuvent être des défaillances d’organes, des amputations partielles des doigts de la main ou des pieds, des problèmes aux reins ou au foie », ajoute le médecin.

Lyon, le 19 octobre. Le professeur Gérard Lina travaille sur le syndrome du choc toxique depuis des années. A ses côtés, Justine a été victime de cette infection rare mais grave il y a quelques années.
Lyon, le 19 octobre. Le professeur Gérard Lina travaille sur le syndrome du choc toxique depuis des années. A ses côtés, Justine a été victime de cette infection rare mais grave il y a quelques années. - E. Frisullo / 20 Minutes

Comment prévenir cette infection ?

C’est toute la difficulté aujourd’hui, car les chercheurs ne savent pas précisément ce qui favorise le développement de cette toxine. Dans le milieu médical, cette maladie est d’ailleurs encore très méconnue, ce qui retarde, dans de nombreux cas, le diagnostic et le traitement des patientes. Seule certitude, ce syndrome touche, au moment de leurs règles, les femmes qui portent des tampons ou, dans de rares cas, des coupes menstruelles.

Cela pourrait être lié à certains composants des tampons, à la durée pendant laquelle la jeune femme a porté celui-ci ou à l’évolution de la flore vaginale. « Est-ce qu’il y a un effet âge ou est-ce que c’est lié au moyen de contraception ? Aujourd’hui, ce que nous savons est trop léger pour élaborer un plan de bataille contre le SCT », ajoute Gérard Lina. L’hygiène n’est pas en cause. Il est toutefois conseillé aux femmes de bien se laver les mains avant et après avoir appliqué leur protection périodique, et de ne pas porter un tampon plus de quatre bonnes heures. Cela n’empêche pas toutefois de pouvoir quand même contracter l’infection.

Comment faire progresser la recherche ?

Pour comprendre ce qui a favorisé la réapparition et le développement de cette maladie, le Centre national de référence des staphylocoques a besoin d’analyser de grandes quantités d’échantillons bactériens. Il lance donc une vaste collecte de tampons hygiéniques à destination de toutes les Françaises en âge d’avoir leurs règles. Pour aider les scientifiques, participer à la collecte et recevoir un kit de prélèvement, les volontaires sont invitées à prendre contact avec le professeur à l’adresse mail gerard.lina@univ-lyon1.fr.

Le center national de référence des staphylocoques, basé à Lyon, lance une vaste campagne de prélèvements de tampons hygiéniques pour faire avancer la recherche sur le syndrome de choc toxique lié aux règles.
Le center national de référence des staphylocoques, basé à Lyon, lance une vaste campagne de prélèvements de tampons hygiéniques pour faire avancer la recherche sur le syndrome de choc toxique lié aux règles. - E. Frisullo / 20 Minutes