Lyon: En masterclass avec Vincent Lindon, invité du Festival Lumière

CINEMA « 20 Minutes » a assisté à une discussion entre le célèbre acteur français et Thierry Frémaux, patron du Festival de Cannes et directeur du festival Lumière…

Elisa Frisullo
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Lyon, le 13 octobre 2016. Avec Thierry Frémaux lors d'une masterclass organisée dans le cadre du festival de cinéma Lumière.
Lyon, le 13 octobre 2016. Avec Thierry Frémaux lors d'une masterclass organisée dans le cadre du festival de cinéma Lumière. — E. Frisullo / 20 Minutes

Il est arrivé dans la salle en sortant avec Thierry Frémaux. Devant l’assistance, conquise dès son arrivée, il s’est présenté comme Monsieur Tout-le-monde, voulant sans doute continuer devant le public la conversation engagée un peu plus tôt avec le directeur du   autour d’un verre de vin blanc et de la cochonnaille. Comme au comptoir.

Mais sans le vouloir, avec son franc-parler et ses multiples anecdotes racontées comme des scènes de cinéma, il a réussi une performance digne d’un véritable one-man-show. La comparaison ne lui plaira pas. Bon nombre de choses ou d’expressions toutes faites, ne plaisent pas à Vincent Lindon. Et il ne s’en cache pas. Il l’affirme haut et fort, assume et argumente.

Son regard sur la société

Pendant plus de deux heures ce jeudi, le célèbre acteur français, lauréat du prix de la meilleure interprétation masculine à Cannes en 2015, a ainsi enchaîné les sujets avec Thierry Frémaux, à la Comédie Odeon, dans le centre de Lyon, où il était invité à animer une masterclass. Il déteste ce terme mais il se plie tout de même à l’exercice et évoque tout ce qui peut l’agacer aujourd’hui, sans pour autant endosser le costume du quinquagénaire nostalgique.



Il n’est pas rabat-joie non plus, car il tape juste, livrant avec passion et humour son regard sur la société et les petites choses du quotidien. Il étrille ainsi cette manie qui nous anime de poster sur les réseaux sociaux nos photos de vacances ou nos plats avalés. « Sur Instagram, Chaplin, Einstein ou Jésus, c’est les seules choses qui m’intéresseraient, mais ce que vous mangez je m’en fous », lance-t-il, en s’agaçant aussi de la « familiarité », comme le tutoiement imposé trop vite, qui conduit au « non-respect de l’autre et ouvre à une permission incroyable ».

Il s’emporte lorsqu’il évoque les gens « qui veulent rester dans le coup », « faire comme tout le monde » quitte à renier leurs convictions, ou encore ceux qui ne vont jamais voter. « C’est un droit qu’on a acquis avec les larmes et le sang et tu ne l’utilises pas, tu es un âne », s’exclame-t-il sous les applaudissements de la foule. Au final, ce qu’il aime Vincent Lindon, c’est justement ça. Rencontrer, échanger, s’engueuler, discuter des heures après un repas « autour d’une dernière cigarette qui s’éternise ». « Je n’aime qu’une seule chose au monde, les gens », glisse-t-il.



« Tu ne prends rien à la légère »

Dans son métier aussi, les rapports humains priment. « J’aime tout ce qu’il y a avant "moteur" (l’écriture, la rencontre avec les gens…) et après "coupez". Jouer est un plaisir trop court, cela ne m’intéresse pas. Je préfère l’endurance », ajoute ce passionné, qui évoque les relations avec les metteurs en scène comme il raconterait une histoire d’amour. « Quand je fais un film, je n’ai envie de parler qu’à lui pendant deux mois. La plus belle relation au monde, quand cela se passe bien, c’est celle d’un metteur en scène avec son acteur. C’est indescriptible », ajoute le comédien, qui reconnaît détester l’image que lui renvoient certains réalisateurs.



« Je fais peur car je m’intéresse, je questionne les gens. Je ne veux pas forcément avoir raison, mais je les renvoie en permanence à des questionnements », souligne celui a été sacré meilleur acteur aux Césars 2016. « Tu ne prends rien à la légère », intervient Thierry Frémaux. Pointilleux, engagé, humble, entier, drôle, sombre parfois… Pendant deux heures, Vincent Lindon s’est livré en ne jouant que son propre rôle.

« Tu es à la fois un homme dans la tradition de Jean Gabin et quelqu’un avec une fragilité et une innocence d’enfant », résume le réalisateur Philippe Le Guay, présent dans la salle où Vincent Lindon, ovationné, semblait ne plus vouloir quitter le public. Il aura l’occasion de le retrouver en novembre lors d’une autre masterclass promise par Thierry Fremaux à 

D’ici là, il sera présent  à 20 heures pour présenter Hôtel du Nord à l’UGC Ciné Cité Confluence, Thérèse Raquin, vendredi, au Pathé Bellecour et Le jour se lève, samedi au Ciné Toboggan de Décines.