Pédophilie: 400 victimes présumées recensées par l'association lyonnaise «La Parole libérée»

SOCIÉTÉ L'association de victimes présumées du père Preynat a reçu de multiples témoignages depuis janvier...

Elisa Frisullo

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François Devaux et Bertrand Virieux, fondateurs de La Parole Libérée. Illustration.
François Devaux et Bertrand Virieux, fondateurs de La Parole Libérée. Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes

Depuis qu’ils ont exhumé l’affaire Preynat, ce prêtre du diocèse de Lyon soupçonné de pédophilie sur d’anciens scouts mis en examen en janvier, les fondateurs de l’association LyonnaiseLa Parole Libérée, voient affluer les témoignages de victimes de toutes parts.

Ces victimes présumées du curé, soupçonné d’avoir agressé sexuellement des dizaines de jeunes garçons (des faits prescrits pour la plupart) de la fin des années 70 à 1991, ont été contactées par plus de 400 personnes en l’espace de quelques mois. « Au-delà des 70 victimes du père Preynat que nous avons recensées, nous avons reçu 207 témoignages sur Match, la plateforme que nous avons lancée il y a quelques mois pour mettre en relation les victimes d’un même prédateur. De nombreuses personnes ont également témoigné sur notre forum ou en nous envoyant des courriers », indique à 20 Minutes Bertrand Virieux, secrétaire de La Parole Libérée, confirmant ainsi une information révélée ce vendredi par FranceInfo.

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La majorité des faits dénoncés reprochée à des prêtres

Selon l’association, 90 % des témoignages concerneraient des faits reprochés à des hommes d’Église. Des paroles à prendre au sérieux, selon l’association. « Ces personnes ne témoignent pas forcément de manière anonyme. Elles donnent des détails sur les faits, les lieux, les dates et leurs agresseurs de manière précise et détaillée, ce qui confère une grande crédibilité à ce qu’elles disent », ajoute le cofondateur de l’association.

Depuis que ces Lyonnais ont libéré leur parole, différentes affaires de pédophilie présumées au sein de l’Eglise ont éclaté ces derniers mois. « Il y aune vraie dynamique. Les personnes constatant qu’il n’y a rien de honteux dans le fait d’avoir été victime se mettent également à parler. On se rend compte que la position de l’Eglise qui tend à dire que "puisqu’on n’a rien vu ou entendu, c’est qu’il ne s’est rien passé", ne tient plus », ajoute Bertrand Virieux.

Des faits anciens dénoncés

La plupart des témoignages adressés à l’association concernent des victimes âgées de plus de 50 ans. Dans la majorité des cas, donc, les faits sont prescrits. « Ils témoignent beaucoup pour expliquer que le seul moyen d’aller mieux est de libérer sa parole », précise l’association, dont plusieurs membres avaient attaqué le cardinal Barbarin pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

Les anciens scouts reprochaient à l’archevêque d’avoir, dans la lignée des cardinaux l’ayant précédé, protégé le père Preynat tout en ayant eu connaissance de son passé. Mais l’enquête visant le Primat des Gaules, entendu pendant près de dix heures dans le cadre de cette procédure, a finalement été classée sans suite cet été.

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« Ces témoignages nous confortent dans l’idée que nous devions parler. Le bilan est très positif pour nous », confie Bertrand Virieux, qui aimerait que suite à ces différentes affaires ressurgies du passé récemment, le délai de prescription concernant les viols et agressions sexuelles sur mineurs, de 20 ans aujourd’hui après la majorité de la victime, soit rallongé. « Il faut du temps pour oser parler de ce que l’on a subi. Souvent, lorsque les victimes se sentent prêtes à dénoncer les faits qu’elles ont vécus, il est trop tard pour la justice », ajoute La Parole Libérée.

Suite à cette affaire lyonnaise, quelques mesures ont été prises par la Conférence des évêques de France. Une cellule d’écoute a été activée dans chaque diocèse et une adresse mail dédiée aux victimes a été mise en place (paroledevictimes@cef.fr). Depuis le mois d’avril, 80 témoignages auraient été recueillis sur cette boîte mail, précise FranceInfo.