Lyon: Et si l'assassinat du petit Léo avait été manigancé par la sœur du principal suspect?

PROCES Au troisième jour d'audience du procès, la vérité commence à s'esquisser...

Caroline Girardon

— 

Illustration: Justice, loi.
Illustration: Justice, loi. — Patrick Semansky/AP/SIPA

Pourquoi Léo, 14 ans, a-t-il été égorgé le 2 mai 2013 sur les rives du Rhône à Sablons ? Troisième jour d’audience à la cour d’assises du Rhône et toujours pas de réponse précise. Pourtant, l’atroce vérité se dessine petit à petit.

>> A lire aussi : Léo, 14 ans, égorgé pour une «embrouille sentimentale»

Si Yannis V. a reconnu mardi être l’auteur des coups de cutter portés au cou de la victime, sa sœur Marine semble avoir joué un rôle prépondérant dans ce crime. Bien plus qu’elle ne voudrait le faire croire.

Inculpée pour complicité d’assassinat, cette dernière apparaît désormais comme la principale instigatrice, une affabulatrice qui aurait tout manigancé.

>> A lire aussi : Jugé pour l'assassinat de Léo, il avoue et tente de se suicider

Les divers témoins appelés mercredi à la barre, ont sacrément écorné l’image innocente que tente de se donner la jeune fille, aujourd’hui âgée de 21 ans. « Elle était étouffante », lâche l’une des anciennes petites amies du frère.

« Jalouse et possessive »

« Lui était très influençable, discret et gentil. Marine était toujours là. Quand on voulait regarder la télévision, elle venait s’asseoir sur le lit avec nous. Ils avaient une relation fusionnelle. » Et de poursuivre : « Elle était jalouse et possessive ». Au point que la demoiselle préfère écourter sa relation avec Yannis au bout de quelques semaines.

Les dires de Thomas (prénom d’emprunt) sont tout aussi accablants. Lui était surtout ami avec Antony, l’homme qui a ceinturé l’adolescent, pendant qu’il se faisait trancher la gorge. Antony, tout le monde s’accorde à le dire, était le « toutou de Marine ». Il en était même amoureux. Il savait pourtant qu’il ne se passerait rien puisque sa complice a toujours préféré les filles.

Dans le village, le trentenaire est vu comme « un attardé mental ». « Il était surtout très réservé et pas sûr de lui », rectifie Thomas. « Quand Marine l’appelait ou lui envoyait un texto, il ne prenait même pas le temps de finir son café, il filait. » Sa mère le met pourtant en garde : cette fille va finir par lui créer des ennuis. C’est effectivement elle qu’il l’appellera pour lui demander d’aider son frère à tuer le petit Léo.

« Il lui arrivait de retirer son RSA et de lui donner »

« Il s’est toujours plié à ses quatre volontés. Je l’ai même vu se lever à 4h du matin car Marine voulait le voir. Il lui arrivait aussi de retirer son RSA et de lui donner car elle lui disait qu’elle n’avait pas d’argent », confesse Thomas. Etrange lorsque l’on sait que la jeune fille percevait des mensualités de 2.000 euros sur son compte, versées par son père.

« Il est évident qu’elle avait un ascendant psychologique sur lui malgré leur différence d’âge », conclut le jeune homme. Sur Ophélie aussi, Marine aurait eu beaucoup d’influence. La jeune femme à la voix douce explique qu’elle en pinçait sérieusement pour l’accusée. Une attirance qui n’a jamais été réciproque.

« C’était une manipulatrice »

« Elle m’a beaucoup fait espérer jusqu’à ce que je comprenne qu’elle se foutait de moi. C’était une manipulatrice », lâche-t-elle sans amertume. Et de raconter la fois où elle était venue en train lui donner 20 euros afin que Marine puisse mettre de l’essence dans sa voiture. Sinon son amie n’irait pas à son anniversaire. La fois où elle lui a prêté son téléphone portable, le sien étant cassé.

Etrange confession

« Elle m’a dit un jour qu’elle s’était faite agresser par sept hommes qui lui avaient volé mon téléphone. En fait, elle l’avait revendu 400 euros sur Internet ! »

Le jour du drame, Marine fait une étrange confession à son amie. Elle lui raconte, paniquée, que son frère a égorgé d’un coup de cutter le petit Léo. Elle aurait tenté de s’interposer. En vain. Sauf qu’à l’heure du récit, l’adolescent est encore en vie. Il n’est même pas encore tombé dans le piège tendu par les accusés.

« Je ne lui ai jamais dit ça », s’insurge Marine à la barre. « Elle ment »…comme tous les autres témoins cités avant elle. « Comment aurait-elle pu inventer une chose pareille ? », relève la présidente de la cour. Et de soulever une autre question à l’intention de Yannis : « Pourquoi un homme de 24 ans aurait-il tué un garçon de 14 ans ? »

« J’ai agi sur commande de ma sœur », répond péniblement l’accusé. « Vous vouliez vous prouver que vous étiez un dur ? » « Je ne sais pas ». « Vous étiez jaloux de la complicité que Léo avait avec votre petite amie ? » « Non ». « Une dette d’argent, une histoire de drogue peut-être ? » « Je n’ai rien à dire… il n’y a pas de raison », lâche confusément le jeune homme.

Le verdict est attendu vendredi. Les trois accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.