Violences à Séville-OL: Comment les supporters lyonnais se sont sentis «pris au piège»

FOOTBALL Environ 300 supporters de l’OL avaient effectué le déplacement mardi en Andalousie. Certains ont tenu à livrer leur témoignage après avoir subi « des coups de matraques » de la police avant le match…

Jérémy Laugier

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Les supporters lyonnais, mardi dans le stade Ramón Sánchez Pizjuán de Séville. CRISTINA QUICLER
Les supporters lyonnais, mardi dans le stade Ramón Sánchez Pizjuán de Séville. CRISTINA QUICLER — AFP

« Je n’ai pas senti de peur mais de l’incompréhension et un sentiment d’injustice. » Comme tant d’autres supporters lyonnais, Cyril est rentré marqué de son court séjour à Séville, dans la nuit de mardi à mercredi. Aucun des 300 fans présents n’a été traumatisé par la nouvelle défaite (1-0) de l’OL, mardi en Ligue des champions. Ce sont plutôt les traces de matraque dans le dos comme pour Cyril, différentes blessures ou encore des téléphones volontairement brisés, le tout par la police espagnole, qui ont terni ce revers « anecdotique ». Trois Lyonnais interpellés ont également écopé de quatre mois de prison avec sursis, un quatrième étant condamné à deux ans de prison avec sursis, d'après l'agence Europa Press.

« On s’est fait massacrer par deux fois », lance-t-il. Après une journée « très calme » essentiellement passée sur les terrasses d’une petite place andalouse surveillée par quatre voitures de la guardia civil, les supporters se sont mis en route, sous escorte, en direction du stade aux alentours de 18 heures. C’est à ce moment que le premier gros incident a éclaté, durant près de 15 minutes.

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« Aucun dialogue possible et aucun geste d’humanité »

« A la base, un cortège [ici à cheval] vous assure une protection. Mais dans une ruelle qui pouvait rappeler le Vieux-Lyon, on s’est tout d’un coup retrouvé pris au piège. Il n’y avait pas d’échappatoire. On subissait des coups de matraques devant et nous étions repoussés par d’autres policiers à l’arrière. Un type devant moi était blême après s’être fait ouvrir le crâne et il n’y avait aucun dialogue possible, juste des "calma, calma", et aucun geste d’humanité », confie Rodolphe Koller, présent dans ce « traquenard » dans le centre-ville sévillan.

C’est sur le parvis du stade Ramón Sánchez Pizjuán qu’a eu lieu « la plus grave bavure ». Environ 100 supporters de l’OL étaient alors regroupés pendant une demi-heure devant l’entrée. « Les coups étaient encore plus forts et fréquents que dans la ruelle. Nous étions tellement serrés, au centre d’une quarantaine de policiers, qu’il était difficile de les esquiver », explique Rodophe. Une tournure d’autant plus incompréhensible que les Lyonnais n’ont à aucun moment de la journée approché les supporters sévillans avant le match.

« Un climat anxiogène jusqu’à la porte d’embarquement »

« Nous étions tous un peu bourrés mais très calmes hormis les chants qui poussaient fort », assure Cyril. Un sentiment partagé par Guillaume : « La guardia civil a maintenu un climat anxiogène jusqu’à la porte d’embarquement. Au stade, il y a eu trois fouilles assez violentes et la vingtaine de Lyonnais blessés [deux ont même été hospitalisés] ont dû assister au match à l’écart, sans même être autorisés à se rendre aux toilettes ». Pour certains indépendants, l’après-match a également été très compliqué, la police locale n’assurant pas leur protection aux abords du stade.

« Quand on voit que même des membres du service de sécurité de l’OL ont pris des coups de matraques, on peut penser que depuis l’épisode du Marseillais Santos Mirasierra [lors d’Atletico Madrid-OM en décembre 2008], il y a une rengaine dans l’accueil très spécial des supporters français », regrette Guillaume. De son côté, le club lyonnais a aussi tenu ce mercredi, via un communiqué à « déplorer l'attitude de la police espagnole qui contribue à alimenter un climat de violence dans le football, faisant fi des organisations mises en place conjointement par les clubs et par l'UEFA ».