Lyon: Employé modèle le jour, prédateur sexuel la nuit, la double personnalité du «violeur du 8ème»

JUSTICE L’ancien chauffeur de bus, qui est poursuivi pour le viol ou tentative de viol de six jeunes femmes à Lyon, est jugé jusqu’à vendredi devant les assises du Rhône…

Caroline Girardon

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Lyon, le 24 février 2016
Illustrations de la Cour d'Assies du Rhône et de l'ancien Palais de justice de Lyon.
Lyon, le 24 février 2016 Illustrations de la Cour d'Assies du Rhône et de l'ancien Palais de justice de Lyon. —

A la barre, Kamel Abas n’explique toujours pas ce qui s’est passé. Chemisette blanche, lunettes sur le nez, cheveux coupés court, l’homme âgé de 39 ans, évite soigneusement de regarder ses victimes.

Surnommé « le violeur du 8e », l’ancien chauffeur de bus des TCL, les Transports en commun lyonnais, comparaît jusqu’à vendredi devant les assises du Rhône. Il est poursuivi pour avoir violé ou tenté de violer six jeunes femmes entre octobre 2012 et janvier 2014 dans le 8ème arrondissement de Lyon.

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Sans oublier une amie d’enfance qu’il a drogué lors d’une soirée au casino en lui versant de la MDMA dans son verre.

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« Je reconnais tous les faits sans exception. Je voudrais m’excuser auprès des victimes et de leurs familles qui ont souffert par ma faute. Je regrette sincèrement », lâche l’accusé lors du premier jour d’audience, consacré à sa personnalité.

A la barre, Kamel Abas décrit sa vie, lui l’aîné d’une fratrie de cinq enfants qui habitait encore chez sa mère. Dans la famille on ne parle pas. Même de la condamnation de Wallid, le second, incarcéré pour des viols. « Un sujet tabou ». On ne parle pas non plus du père, emporté par un cancer en 1995 ; un homme alcoolique, violent avec sa femme et ses enfants.

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Tout le monde sait que Kamel est accro aux jeux, au cannabis et à l’alcool. On le voit le soir, boire seul dans sa voiture en bas de l’immeuble. On sait qu’il se jette sur les bouteilles une fois qu’il a fini son service. On le devine en train de faire des allers-retours dans la rue ou dans l’appartement sans but précis, comme un fou. Mais ça non plus, on n’en parle pas.

« Il était le seul à faire l’unanimité »

Cité comme témoin, son ancien chef de service dresse pourtant de lui un portrait élogieux. « Il donnait entièrement satisfaction. Il était toujours prêt à rendre service. On n’avait rien à lui reprocher. Il était toujours très propre sur lui. Il venait bien avant l’heure et se portait volontaire pour effectuer les services de nuit qui desservaient les banlieues. »

« En 20 ans de carrière, je n’ai jamais vu une personne attirer autant de sympathie. Il y a 354 conducteurs au dépôt. Il était le seul à faire l’unanimité, et notamment parmi ses collègues féminines », poursuit l’homme, abasourdi au moment de l’arrestation de son protégé.

« C’était incroyable de se dire qu’il pouvait arriver au boulot à 4h, frais et dispos, alors qu’il avait peut-être fait ça quelques heures plus tôt (…) Franchement, il sortait du lot. Je le voyais comme une personne équilibrée avec une bonne hygiène de vie », conclut son ancien supérieur hiérarchique.

L’une de ses anciennes petites amies, appelée à témoigner, avoue avoir été attirée immédiatement par ce garçon « très courtois ». Elle l’avait rencontré dans un bus qu’il conduisait.

« On s’est vu pendant quatre mois sans avoir de relation sexuelle. Je le trouvais gentil et charmant », confie-t-elle. « Dans l’intimité, il était galant et très attentionné. C’était un ange. Il était tout sauf violent et n’avait pas de déviance », explique la jeune femme, encore sous le choc d’avoir découvert les agissements de son ex.

Un homme aux deux visages

Une description qui contraste avec l’extrême sauvagerie dont l’accusé a fait preuve envers ses victimes « Il n’était pas demandeur de rapports sexuels et préférait dormir sur le canapé… Je comprends mieux », lâche-t-elle difficilement.

« Un jour je lui ai demandé de m’acheter une bombe lacrymogène car j’avais entendu parler du violeur en série. Je ne savais pas que c’était lui », explique-t-elle, émue. Et de raconter la fois, où il a sorti de sa poche par erreur, une cagoule. « J’ai vu qu’il était gêné mais je n’ai pas fait de lien ».

« C’est bien fait pour elles »

Seule une phrase lâchée un soir sur le balcon l’a cependant heurtée. « Il regardait des filles rentrer tard le soir et disait qu’à cette heure-là, il ne fallait pas s’étonner qu’elles se fassent agresser ou violer. Et que c’était bien fait pour elles ». Pour la première fois, sa carapace venait de se fissurer, révélant un peu de sa « part d’ombre ».

Les victimes témoigneront de leurs calvaires mardi.