« L'histoire des usines est une saga »

Recueilli par Carole Bianchi - ©2007 20 minutes

— 

Philippe Videlier

Historien et chercheur au CNRS.

Vous venez de faire paraître Usines, qui retrace l'histoire industrielle de Villeurbanne. Pourquoi cette ville a attiré autant d'unités de fabrication ?

Villeurbanne a été pendant plus d'un siècle le coeur productif de l'agglomération pour des raisons économiques et géographiques. Les terrains étaient à des prix plus bas qu'à Lyon. Et la rivière la Rize attirait les industriels, notamment les tanneurs, comme Gillet en 1889, qui cherchaient de l'eau propre pour leur activité.

Avez-vous réussi à toutes les dénombrer ?

Il y en a un très grand nombre. Les plus célèbres sont celles de la fin du siècle, comme Bally pour les chaussures, Bayard pour le textile. Elles sont restées dans les mémoires et certains de leurs produits se retrouvent aujourd'hui aux enchères sur Internet comme les petites voitures Norev, très recherchées par les collectionneurs.

Qu'est-ce qui vous a fait avancer pendant ces deux ans de recherches et d'écriture ?

Retracer le passé des usines, c'est évoquer les paysages, la production, mais aussi et surtout, les femmes et les hommes qui ont construit Villeurbanne. Avec l'industrialisation, des gens sont venus d'un peu partout, d'Italie, d'Espagne, d'Algérie, de Russie, d'Arménie, dans ce qui n'était au départ qu'un gros village. Ce sont autant de destinées qui vous interpellent.

L'histoire des usines, c'est finalement la naissance de l'identité de Villeurbanne...

Tout à fait. Et ce qui est passionnant, c'est la pluralité et la richesse de ces destins. L'histoire des usines est une espèce de saga sur laquelle on enquête. C'est comme faire vivre un annuaire.

Quelle a été votre base de documentation ?

Les archives françaises sont très riches pour les deux siècles derniers. Il existe un grand nombre d'enquêtes sur les taxes, sur l'état de la population, et des rapports de la surveillance de l'opinion publique et des grèves. Pour l'histoire plus récente, les souvenirs de ceux qui ont vécu cette industrialisation ont été d'une très grande aide.

Qu'est-ce qui vous a marqué ?

En faisant resurgir l'Histoire, on découvre des choses qu'on ne savait pas forcément. Comme la place des femmes dans l'industrialisation. On pense généralement que cela date des années 1960. Or dès le XIXe, les femmes ont joué un rôle dans la vie sociale et économique de Villeurbanne grâce au textile, en tant qu'ouvrières.

A quel public est destiné cet ouvrage ?

Cette publication s'adresse d'abord aux habitants de l'agglomération lyonnaise, qui ont directement traversé cette histoire, et à ceux qui l'ont connue par un proche. Il vise également à transmettre cette histoire aux nouvelles générations, car ce passé n'existe pas pour elles. Cela prépare à l'ouverture, en janvier 2008, du Centre de mémoire et des sociétés de Villeurbanne, destiné à faire revivre le passé.