Fin de vie: Un octogénaire rejugé pour avoir aidé sa femme à mourir

JUSTICE Jean Mercier avait été condamné en octobre 2015 à un an de prison avec sursis pour non-assistance à personne en danger…

Caroline Girardon

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Jean Mercier, accompagné de sa fille, le 13 janvier 2015.
Jean Mercier, accompagné de sa fille, le 13 janvier 2015. — Philippe Desmazes / AFP

A la veille de son procès en appel, le vieil homme se dit toujours aussi « déterminé » et « combatif ». Jean Mercier, 88 ans, comparaît ce jeudi devant la cour d’appel de Lyon. Il y a un an, l’octogénaire avait été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir aidé son épouse à mourir en 2011.

Le suicide assisté, une affaire privée?

« Pourquoi me donner du sursis ? Parce que je suis vieux », s’était-il alors interrogé devant les journalistes. « Si je suis coupable, ça doit être de la prison ferme ».

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« Dans son jugement, le tribunal a reconnu la notion de suicide assisté qui pour elle, entraîne la notion de non-assistance à personne en danger », explique Mickaël Boulay, son avocat.

« Or la cour européenne estime que le suicide assisté est une composante de la vie privée des gens. Ils ont le droit d’en bénéficier. De fait, on ne peut pas poursuivre leur entourage pour non-assistance à personne en danger », poursuit l’avocat qui plaidera la relaxe.

« On ne peut pas le condamner de façon bienveillante »

« Soit on considère qu’il est coupable et qu’il a manqué de compassion envers son épouse, qu’il a fait preuve d’égoïsme. Et dans ce cas, on ne lui fait pas de faveur. Soit on le relaxe. Mais on ne peut pas le condamner de façon bienveillante, en lui signifiant qu’on a compris son geste », estime Mickaël Boulay.

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Le 10 novembre 2011, Jean Mercier voit que sa femme ne va pas bien. Encore moins bien que les autres jours. Cela fait trois ans qu’elle souffre de douleurs chroniques liées à l’arthrose. Il lui glisse alors dans la main vingt-huit somnifères avant de lui tendre un verre dans lequel étaient mélangés un demi-flacon de morphine et du jus de pamplemousse.

Malade et dépressive depuis 30 ans, Josiane parlait régulièrement de la mort. « A cette époque, on s’était fait la promesse de s’aider mutuellement à partir si l’un n’était plus en état », témoignait à la barre l’octogénaire, ajoutant qu’il n’avait « aucun regret ». « Si c’était à refaire, il le referait », insiste son avocat.

Manifestation de soutien

Depuis l’audience d’octobre 2015, le Parlement a adopté une nouvelle loi accordant de nouveaux droits aux personnes en fin de vie. La loi dite Claeys-Leonetti place en effet le malade « au cœur de la décision ».

Le procès doit débuter à 13h30 ce jeudi devant la cour d’appel en présence du prévenu, habitant de l’Hérault, qui souffre d’un cancer de la prostate et de la maladie de Parkinson.

L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) prévoit de manifester dès 13h devant le palais de justice en soutien au prévenu qui aurait dû, selon elle, être relaxé.