Villeurbanne: Au collège Les Iris, des profs défendent une réforme «contre les inégalités»

RENTRÉE SCOLAIRE Dans ce collège d'éducation prioritaire, les enseignants ont travaillé dur pour se préparer à la réforme...

Elisa Frisullo

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Villeurbanne, le 31 août 2016. Les enseignants du collège des Iris, à Villeurbanne près de Lyon, ont effectrué leur pré rentrée ce mercredi. Une rentrée marquée par la mise en oeuvre de la réforme du collège.
Villeurbanne, le 31 août 2016. Les enseignants du collège des Iris, à Villeurbanne près de Lyon, ont effectrué leur pré rentrée ce mercredi. Une rentrée marquée par la mise en oeuvre de la réforme du collège. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

En ce mercredi, veille de rentrée des classes, les enseignants s’affairent, discutent, s’organisent au collège Les Iris à Villeurbanne (Rhône) pour être fin prêts à accueillir les 700 élèves de l’établissement. Dans ce collège d’éducation prioritaire, les vacances ont pour beaucoup été plus studieuses qu’à l’accoutumée, en raison de la réforme de la ministre de l’Education nationale, bien connue dans cette commune voisine de Lyon où Najat Vallaud Belkacem ambitionne de se présenter aux élections législatives.

Une notoriété qui n’a en rien atténué l’an passé la mobilisation de certains professeurs contre la réforme. « Il y avait en général 30 % d’enseignants grévistes », note la proviseur Isabelle Rethy, qui, pour désamorcer les tensions et apaiser les craintes, a organisé plusieurs réunions avec les personnels et les parents et fait voter les professeurs sur la mise en œuvre des nouvelles mesures.

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Des enseignements plus équitables

« Aujourd’hui, il n’y a plus de frein, plus de débat, ce qui ne veut pas dire que les enseignants opposés à la réforme ne le sont plus... », ajoute la proviseur. Il faut dire qu’ici les principales objections ont été balayées après la suppression de certaines mesures abandonnées par le ministère dans la mouture finale de la réforme.

« Il a un temps été question de supprimer les classes bilangues et les langues anciennes. Beaucoup ont craint que cela n’éloigne de notre établissement d’éducation prioritaire les meilleurs élèves. Mais les bilangues (anglais allemand dès la 6e) ont été maintenues et nous avons choisi de proposer dès la 5e le latin grec (également conservé) à tous nos élèves. Ils choisiront ensuite de poursuivre ou non en 4e », ajoute la proviseure, ravie de pouvoir proposer à chacun des dispositifs réservés jusqu’alors à quelques-uns.

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« On ne pouvait pas rester avec ce système qui augmentait les inégalités. Nous avons avec cette réforme l’opportunité de remettre en selle les élèves qui restaient au bord de la route, sans renoncer aux exigences en matière d’acquisition des compétences ».

Un investissement important des enseignants

Un point de vue partagé par Isabelle Muller, 51 ans, professeur d’anglais. « Jusqu’alors les enseignements pluridisciplinaires (EPI), par exemple, profitaient seulement à certains élèves. Désormais tous vont y avoir droit, c’est beaucoup plus démocratique et équitable », explique l’enseignante qui doit travailler cette année avec les professeurs d’allemand, d’espagnol, de danse et de musique dans le cadre d’un EPI « civilisations étrangères » sur le thème de l’Australie. Autre mesure phare de la réforme, l’accompagnement personnalisé (travail en petits groupes sur les heures de classe), souvent réservé aux élèves en échec ou difficulté, sera également proposé dans toutes les classes.

De nouvelles mesures qui, sur le terrain, ont demandé un véritable investissement aux enseignants, invités à faire évoluer leurs pratiques pédagogiques. « Cela nous a demandés du temps. Les étés marqués par des changements de programme sont plus chargés, ce qui a pu mettre certains collègues en difficulté. Beaucoup dans notre métier, ne supportent pas d’être parfaits et se mettent une pression énorme. Au final, le tout c’est que l’élève dispose d’un enseignement de qualité. Et ce sera le cas », indique Christophe Le Bouter, professeur de Sciences et Vie de la Terre, optimiste mais conscient des changements induits par la réforme encore critiquée par de nombreux professeurs et syndicats.

De nouvelles démarches pédagogiques

« Ce qui est nouveau pour nous, c’est que nous ne devons plus réfléchir juste sur notre programme. Les objectifs ne sont plus annuels. Nous devons être dans une démarche et des objectifs sur trois ans. Nous avons dû déterminer les compétences que nos élèves devront acquérir tout au long du 4e cycle (5e, 4e, 3e) », ajoute cet enseignant de 43 ans. Autre mini-révolution pour certains professeurs, l’arrivée des EPI va avoir pour conséquence de décloisonner le travail de chacun.

« Le travail en équipe était jusqu’alors très variable d’un établissement à un autre d’un enseignant à un autre. Les EPI nous contraignent à prendre plus de temps pour travailler ensemble, à discuter, faire des compromis », confie-t-il.

Pour être au mieux préparés, les 53 enseignants des Iris ont suivi l’an passé une formation de 8 heures proposée par le rectorat. Une base indispensable même si chacun, dans ce collège, semble bien conscient qu’avant d’être parfaitement maîtrisée et digérée, la réforme nécessitera du temps, des ajustements et des tâtonnements.