Grenoble: Tout comprendre à la fronde dirigée contre l'écologiste Eric Piolle

GROGNE Le plan d’économies du maire EELV a entraîné une vague d’opposition…

Elisa Frisullo

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Eric Piolle, maire de Grenoble.
Eric Piolle, maire de Grenoble. — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

La tempête couve à Grenoble, en Isère, où le plan « de sauvegarde des services publics » suscite actuellement une grogne sans précédent contre le maire écologiste Eric Piolle. Lundi soir, le conseil municipal de la ville, censé entériner une série de mesures visant à faire 14 millions d’euros d’économies, a dû être annulé et reporté au 18 juillet prochain, après l’irruption de deux cents manifestants venus crier leur indignation et leur opposition. 20 Minutes vous explique ce qui a conduit à la fronde dans cette ville dirigée depuis deux ans par un fervent défenseur de la démocratie participative.

  • Que prévoit le plan de sauvegarde ?

Le plan de sauvegarde des services publics a été décidé par Eric Piolle pour faire face à la baisse des dotations de l’Etat, d’un montant de 17 millions d’euros entre 2013 et 2017 et « écarter l’épée de Damoclès de la mise sous tutelle de la ville par l’Etat », selon la mairie. Pour atteindre les 14 millions d’euros d’économie souhaités sur les deux prochaines années, le maire écologiste prévoit une centaine de mesures. Parmi elles, la baisse du nombre d’assistantes sociales, la fermeture de trois bibliothèques, l’augmentation du prix d’entrée dans les piscines, l’évolution de la tarification du périscolaire et le non-remplacement d’une centaine de départs à la retraite dans les rangs des 4.000 agents municipaux.

  • Qui sont les opposants ?

Parmi les opposants qui ont envahi le conseil municipal figuraient des syndicalistes, des personnels municipaux, des militants du Collectif Nuit Debout, des associations et collectifs de riverains et des habitants. Lundi, trois pétitions ont été remises à Eric Piolle par des collectifs d’usagers concernant la fermeture des bibliothèques Alliance, Prémol et Hauquelin et par les agents municipaux.

L’opposition municipale n’a pas non plus manqué de fustiger le plan de sauvegarde d’Eric Piolle. Pour l’occasion, le chef de file de l’opposition de droite (LR-UDI) et Jérôme Safar, président du groupe socialiste au conseil municipal et candidat malheureux aux Municipales 2014, se sont unis pour adresser le 7 juillet une lettre ouverte au maire de la ville.

  • Qu’est ce qui cristallise les tensions ?

La fermeture des bibliothèques, dont deux sont situées dans des quartiers populaires, suscite beaucoup de colère et d’incompréhension. Dans leur pétition demandant le maintien de la bibliothèque jeunesse Hauquelin, les usagers soulignent l’importance d’une telle structure. « L’accès au livre et à la lecture, de tous les enfants de tous nos quartiers, doit être une priorité absolue en ces temps troublés par le communautarisme et les idées extrêmes », indique le collectif Hauquelin, convaincus que « les économies générées seront modestes » en cas de fermeture.

Au-delà des mesures annoncées, la manière de faire d’Eric Piolle est épinglée par les opposants. Fervent défenseur de la démocratie participative, ce dernier a établi ce plan d’action pendant six mois « avec les élus de la majorité et les services de l’administration », mais sans concertation.

Aux côtés du collectif Hauquelin pour faire entendre la voix des riverains et usagers, l’association du quartier sensible Village Olympique Vigny Musset, mobilisée contre la fermeture « dès cet été et sans concertation » de la bibliothèque Prémol, a demandé à la mairie de surseoir à sa décision. Et d’engager le dialogue pour trouver « des solutions alternatives » à la casse du service public.

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L’opposition municipale s’est également émue de l’absence de concertation et du flou entourant ce plan d’économie. Dans leur lettre, Mathieu Chamussy et Jérôme Safar ont demandé à Eric Piolle de publier sans délai « la liste exhaustive des 102 mesures de ce plan avec, pour chacune d’entre elles les recettes ou les économies attendues et le calendrier de sa mise en œuvre ». « Ce plan étant en totale contradiction avec de nombreux engagements que vous avez pris devant les Grenoblois lors du débat électoral, il vous appartient de mettre en œuvre une procédure de consultation de la population pour vérifier son assentiment ou constater son désaccord et en tirer les conséquences », écrivent-ils.

  • Que compte faire Eric Piolle face à la grogne ?

Difficile de savoir comment le maire écologiste va se sortir de cette passe difficile. En juin, en dévoilant les grandes lignes de son plan, le maire avait rappelé l’importance de construire les services publics de demain. « Il ne s’agit pas de faire moins, il s’agit de faire mieux et surtout différemment. Tenir le cap, c’est faire des choix et nous les assumons », assurait-il. Une position qui ne semble pas avoir évolué malgré la grogne de ces dernières semaines et le conseil municipal agité.

Mardi, le maire, interrogé par France 2, a martelé la nécessité de faire « un effort très important » pour éviter la mise sous tutelle de l’Etat. « Notre promesse, c’est d’assurer l’avenir et assurer l’avenir ce n’est pas nier la réalité d’aujourd’hui », a déclaré l’édile qui a reconvoqué le conseil municipal le 18 juillet à 18 heures.