La glace du Mont-Blanc conservée... en Antarctique !

INSOLITE Les chercheurs entendent ainsi étudier l'évolution du glacier sur une centaine d'années et ce que cela traduit de l'environnement...

C.G. avec AFP
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Vue du Mont-Blanc. KONRAD K./SIPA
Vue du Mont-Blanc. KONRAD K./SIPA — SIPA

Stocker des échantillons de glaciers en Antarctique : l’idée peut paraître saugrenue. C’est pourtant l’objectif d’une équipe de chercheurs qui va se rendre au mois août sur le Mont-Blanc afin d’y prélever de la glace menacée par le réchauffement climatique.

« Ce n’est pas pour le plaisir de garder quelques glaçons. La glace est un puits d’information », explique Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LLGE) à Grenoble.



Au total, une douzaine de glaciologues français, italiens et russes vont passer plusieurs jours à 4.300 mètres d’altitude pour forer trois carottes de glace de 140 mètres de long.

Conserver la mémoire de la glace

Ces « échantillons » de plusieurs tonnes seront conditionnés dans des caisses isolantes puis une des carottes sera analysée au laboratoire de Grenoble afin de constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques.

Les deux autres, en revanche, devraient rejoindre la base franco-italienne Concordia, en Antarctique, à l’horizon 2019 ou 2020. L’objectif : conserver pour des siècles la « mémoire de la glace », une « matière première » extrêmement précieuse pour les scientifiques.

En se formant sous l’effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent en effet de petites bulles d’air et des impuretés, témoins de l’atmosphère d’il y a plusieurs dizaines ou milliers d’années.

C’est ainsi que les glaciologues ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre. Sur les glaciers du Mont-Blanc, les chercheurs peuvent étudier l’évolution de la pollution ou de l’activité industrielle au niveau européen sur une centaine d’années.

« Congélateur naturel »

Les glaciers évoluent – fondent – tellement rapidement, à tel point que ceux qui culminent à moins de 3.500 mètres devraient disparaître avant la fin du siècle dans les Alpes. Dans les Andes, le glacier de Chacaltaya (Bolivie), qui culminait à 5.300 mètres, a disparu dès 2009.

Dans les dix ans qui viennent, les glaciologues espèrent donc effectuer une vingtaine de carottages sur des sites répartis sur tous les continents. L’ensemble des carottes seront conservées dans une cave de neige à Concordia, « un congélateur naturel à -50°C », à l’abri des pannes électriques ou des attentats.