Lyon: Le calvaire d'un étudiant devant les Assises du Rhône

PROCES L’étudiant avait été laissé pour mort, passé à tabac par trois jeunes qui voulaient lui dérober son code de carte bancaire…

Caroline Girardon

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Lyon, le 24 février 2016
Illustrations de la Cour d'Assises du Rhône et de l'ancien Palais de justice de Lyon.
Lyon, le 24 février 2016 Illustrations de la Cour d'Assises du Rhône et de l'ancien Palais de justice de Lyon. —

Son corps avait été retrouvé, dénudé, baignant dans une mare de sang, à l’aube du 29 novembre 2013. Un piéton partant travailler l’avait alors découvert vers 4h30 dans le quartier des Minguettes à Vénissieux , abandonné, gisant sur le bitume. Inconscient. Son pronostic vital était à ce moment engagé.

La cour d’Assises du Rhône se penche cette semaine sur le calvaire d’un étudiant en BTS de 25 ans. Le soir du drame, le jeune homme s’était rendu à un concert au Ninkasi, à Lyon. Eméché au moment de rentrer, il s’endort dans la rame de métro et se retrouve par mégarde à la gare de Vénissieux, là où il va croiser la route de ses trois agresseurs.

« Pure sauvagerie »

Perdu, l’étudiant appelle ses parents pour leur demander de venir le chercher. Il se poste à un abribus avant que le petit groupe ne se dirige vers lui. Que s’est-il passé à ce moment-là ? Les explications à l’ouverture du procès restent confuses. Toujours est-il qu’il reçoit alors une gifle, prélude d’un « véritable acharnement ». « Une pure sauvagerie », rappelle le président de la Cour.

Il prend la fuite mais ses agresseurs le poursuivent. L’un d’entre eux sort un marteau de son sac et le frappe à la tête à quatre reprises. Le jeune homme est alors traîné dans un buisson, où l’un des protagonistes lui "fait les poches". Trouvant sa carte bancaire, ils lui réclament son code. Pour gagner du temps, l’étudiant leur fournit un mauvais numéro. Se rendant compte de la supercherie, le trio se lance à sa poursuite et le traîne dans les rues de la ville pour lui administrer à nouveau un déluge de coups. Sur la tête, sur le corps.

« Il serait mort sans l’intervention des secours »

Les complices s’acharnent, le déshabillent, lui ôtent ses sous-vêtements et brûlent son blouson. Les coups continuent de pleuvoir sur la victime, qui perdra un œil. Aujourd’hui, l’étudiant, « qui serait mort sans l’intervention des secours », n’a que des bribes de souvenirs très flous de son passage à tabac.

A la barre, les trois accusés, jugés pour tentatives de meurtre, font profil bas, reconnaissant les faits qui leur sont reprochés. Les cheveux courts, lunettes sur le nez, Hichem, vêtu chemise blanche, confesse son mal-être d’une voix posée. « J’avais besoin d’aide à cette époque, je ne voulais pas me l’avouer. En buvant, ma violence ressortait. »

Accro à l’alcool depuis le décès de son père alors qu’il était adolescent, le garçon avait pourtant fini par décrocher pour reprendre ses études. Deux mois avant le drame, il s’était inscrit à l’université Lyon 2 en licence éco-gestion, spécialisée dans la création d’entreprise.

Alcool et cannabis

Ses proches décrivent « une personne attentionnée, généreuse », « un fils gentil et serviable », un taiseux « jamais violent » néanmoins « à fleur de peau » depuis un violent accident de scooter en 2010.

A ses côtés, Younès est présenté comme un « enfant surdoué ». Un gamin qui n’a jamais trouvé sa place, en échec durant toute sa scolarité, mais dont les « capacités intellectuelles supérieures aux autres » étaient indéniables. Un jeune en perdition qui signe ses copies « Mesrine » au lycée, prenant le soin de rajouter « Tout bon élève doit avoir sur lui un pistolet et des grenades ». Mis à la porte de son établissement, le gamin, « habité par l’ennui », erre la nuit, boit et multiplie les condamnations. Six inscrites à son casier.

« Pas le profil traditionnel »

Eddy, dont le casier judiciaire est le moins fourni, a été placé dans une maison d’Enfants à Caractère Social pendant une partie de son adolescence. Gros fumeur de cannabis, « enfant livré à lui-même » selon les services sociaux, il avait su redresser la tête, enchaînant les missions intérim. Décrit comme « minutieux » et « travailleur » par ses employeurs, le jeune homme avait semble-t-il, retrouvé la motivation.

« Ces jeunes n’ont pas le profil traditionnel de la plupart des délinquants. Ils ont des trajectoires aux antipodes de ce qu’on leur reproche. On a vraiment du mal à expliquer ce qui s’est passé ce soir-là », lâche Philippe Scrève, avocat de l’un d’entre eux. Et d’ajouter : « C’est sûrement l’effet du phénomène de groupe entraînant une émulsion malsaine, le résultat d’une alcoolisation à outrance. C’est vrai que c’est très difficile à expliquer. »

Le verdict est attendu vendredi 17 juin.