Pédophilie dans l'Eglise: L'enquête sur l'affaire Barbarin se rapproche du dénouement

SCANDALE Les prochaines semaines s'annoncent décisives pour l'archevêque de Lyon et les victimes présumées de prêtres du diocèse...

Elisa Frisullo

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L'archevêque de Lyon, Philippe Barbarin assure qu'il n'a « jamais couvert d'actes de pédophilie dans l'Eglise »
L'archevêque de Lyon, Philippe Barbarin assure qu'il n'a « jamais couvert d'actes de pédophilie dans l'Eglise » — JEFF PACHOUD / AFP

De multiples rebondissements, d’innombrables paroles libérées et une ligne de défense entachée par une communication maladroite et des écarts de langage… Quatre mois après le début du scandale pédophile qui a fait vaciller l’Eglise catholique, l’affaire Barbarin, qui agite le diocèse de Lyon depuis la mise en examen du père Bernard Preynat, est proche du dénouement.

Sur le plan judiciaire, les prochaines semaines s’annoncent en effet décisives pour les responsables de l’Eglise mis en cause dans le cadre de ce scandale d’ampleur, inégalée en France. Mais également pour les victimes présumées réunies au sein de La Parole Libérée, dont la quête de vérité a fait ressurgir du passé des affaires de mœurs enterrées depuis de longues années. 20 Minutes fait le point sur ce dossier, marqué ce week-end encore par des révélations embarrassantes pour l’église lyonnaise.

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  • De nouveaux éléments embarrassants

Deux enquêtes ont été ouvertes ces derniers mois par le parquet de Lyon pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans » et « mise en danger de la vie d’autrui » après six plaintes déposées à l’encontre du cardinal Barbarin, des membres du diocèse et du Vatican par des victimes présumées de deux prêtres. Parmi eux, le père Preynat a été mis en examen fin janvier pour des agressions sexuelles présumées sur d’anciens scouts.

Dans le cadre de ces enquêtes, un témoin, victime en 2008 d’un autre curé lyonnais, le père Philippe de Morand, a été entendu mercredi dernier par la brigade de la protection de la famille. Interrogé par Mediapart, (lien payant) cet homme, âgé de 20 ans au moment des faits, confie que son père a averti le cardinal Barbarin dès le lendemain de l’agression. A l’époque, l’archevêque n’avait pas alerté la justice mais avait conseillé à la victime de porter plainte auprès du tribunal ecclésiastique et éloigné ce curé vers le diocèse de Nanterre. Sans nouvelle de la procédure canonique, déclenchée seulement en mai dernier par le cardinal, le jeune homme avait porté plainte et fait condamner ce prêtre à six mois de prison avec sursis en 2010.

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  • Le tribunal ecclésiastique perquisitionné

Suite à ce témoignage, une perquisition a été menée jeudi dans les bureaux de Nicolas de Boccard, vicaire judiciaire de l’archevêché, selon une source proche du dossier. Le 30 mars, une perquisition avait éjà été menée au sein du diocèse. Dans le cadre des enquêtes préliminaires, plusieurs proches du cardinal Barbarin ont également été auditionnés ces dernières semaines par la police. L’archevêque, accusé par des victimes présumées d’avoir protégé des prêtres en ayant eu connaissance de leurs agissements, devrait être entendu par les enquêteurs prochainement.

  • L’archevêque fixé sur son sort avant l’été ?

Selon Mediapart, les policiers doivent rendre les conclusions de leurs enquêtes au parquet de Lyon prochainement. Charge ensuite au procureur, au vu des informations qui lui auront été transmises, de classer l’affaire sans suite ou d’engager des poursuites à l’encontre du cardinal et/ou des membres du diocèse et responsables du Vatican visé par les plaintes. Il est fort probable que cette décision soit prise avant la fin du mois de juin, indique à 20 Minutes une source proche du dossier.

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  • Une issue difficile à cerner

Difficile, si ce n’est impossible, de savoir quelle sera l’issue des enquêtes préliminaires. Au cours de ces différentes déclarations sur les affaires, le cardinal Barbarin a concédé des « erreurs du diocèse dans la gestion et la nomination des prêtres » mais a toujours assuré n’avoir jamais couvert d’actes pédophiles. Reste à savoir si dans le cadre de l’enquête policière, des éléments probants sont venus confirmer ou infirmer ses propos.

Si la culpabilité du cardinal venait à être démontrée, se poserait ensuite, avant une éventuelle mise en examen, la question de la prescription des faits dont l’accusent les victimes. Dans le cadre de l’affaire Preynat, notamment, le cardinal Barbarin a dans un premier temps assuré avoir été alerté par une victime en 2014. Il avait ensuite indiqué avoir eu vent du passé du Père Preynat, en 2007-2008, soit il y a huit ans. Or, pour les faits de « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs », passibles de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, la prescription est fixée à trois ans. Les faits antérieurs ne peuvent donc pas donner lieu à de poursuites judiciaires.

Dans ce cas précis, la prescription ne vaudrait pas en revanche pour tous les membres du diocèse mis en cause par les victimes, certains ayant été mis au courant de l’affaire Preynat plus récemment, selon une source proche du dossier.